Alexis Godais (Buzzaka): « Nous travaillons sur une fabrique de sites permettant de créer à la volée des mini-sites Web »

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Alexis Godais, Co-fondateur de l’agence interactive Buzzaka, répond aux questions du CLIC France. Au coeur du sujet : comment les institutions culturelles peuvent-ellees rationaliser et innover en fonction de leurs moyens et ressources ?

  • Quand est née la société Buzzaka ?

La société Buzzaka est née fin 2006.

  • De quel origine / univers sont les fondateurs ? Quel est votre lien avec la cartoonerie ?

La société a été fondée par trois associés dont je fais partie (ainsi que Bérénice Louis et Julien Mession). Nous sommes trois camarades d’Ecole d’Ingénieurs. En 2002, un an après notre sortie d’Ecole, nous créons le site laCartoonerie.com sur nos temps libres. C’est un site de création et de partage de dessins animés. Nous le développons le soir et le week-end. Très vite cela devient tous les soirs et tous les week-ends. En 2006, plus de 10.000 membres se sont inscrits sur le site. Nous choisissons de quitter nos jobs, nous créons notre société pour exploiter laCartoonerie.com. Nous trouvons des investisseurs, nous nous faisons remarquer comme start-up innovante. C’est un succès. Nous atteignons les 400.000 membres inscrits, la presse parle de nous régulièrement. Mais les revenus ne sont pas au rendez-vous. Il est difficile de monétiser une audience de pré-adolescents en France ! Nous nous recentrons alors sur le métier d’agence, en gardant la même équipe, en changeant juste le nom de la société. Buzzaka est née. Nous sommes en 2009.

  • Quelle est votre spécificité par rapports aux autres agences interactives ? Pourquoi un tel accent sur les « industries culturelles et éducatives » ?

Les industries culturelles et éducatives font partie de l’ADN de Buzzaka, avec notamment l’épisode « la Cartoonerie ». C’est donc naturellement que l’agence s’est développée dans ce secteur. Et c’est une chance, car les problématiques numériques y sont belles et enthousiasmantes. Pour ne rien gâcher, c’est aussi un secteur dont l’équipe est particulièrement passionnée à titre personnel.

Notre spécificité, c’est la conception et la mise en place de dispositifs numériques innovants. Nous utilisons la méthode Agile Scrum. L’équipe Buzzaka se compose de chefs de projet, consultants, directeurs artistiques, graphistes, développeurs.

  • Avez-vous démarré l’activité de Buzzaka dans le monde culturel ? Quelle a été votre première référence dans le monde culturel ?

Notre première référence dans le monde culturel est la Cité des sciences et de l’industrie, avec qui nous avions noué des relations de partenariat à l’époque de la Cartoonerie. Une fois devenus une agence interactive, nous leur avons tout naturellement proposé nos services. C’était il y a plus de 3 ans maintenant.

  • Vos clients sont à la fois dans le monde média, industrie et culture. Hormis les budgets, quelles sont les différences d’approche ou de méthode entre les projets culturels et les autres ?

Nous avons effectivement des clients dans d’autres secteurs, notamment l’industrie. Ce sont des clients qui ont des problématiques numériques souvent très proches de celles d’une institution muséale par exemple. C’est pour nous un bon moyen de mutualiser des besoins et d’apporter les bonnes réponses techniques.

Prenez par exemple la notion de « fabrique de sites Internet ». Les industriels cherchent un moyen peu onéreux pour lancer des mini-sites Internet pour leurs délégations commerciales à l’étranger, quand les musées cherchent un moyen peu onéreux pour lancer des mini-sites pour des expositions temporaires. Deux univers différents, mais peut-être une réponse technique identique.

  • Vos deux principaux clients dans le domaine culturel sont la cité des Sciences et la maison de l’histoire de France. Pouvez-vous nous présenter les différents projets réalisés pour ces deux établissements.

Via nos projets pour la Maison de l’histoire de France et la Cité des sciences et de l’industrie, nous avons eu la chance de couvrir un périmètre conséquent des enjeux numériques actuels d’un lieu culturel.

Pour la Cité, nous avons par exemple réalisé :

– Un portail de partage d’open data sur le changement climatique (ClimObs.fr), enrichies de ressources multimédia. Un travail très poussé sur l’accessibilité (RGAA niveau AA) a été mené. Un back-office très simple permet de contribuer le contenu, et notamment de générer de nouveaux graphiques à la volée.
– Des applications Facebook de transformation faciale pour des expositions temporaires (legumizator et alienizator)
– Des modules métiers dédiés aux enseignants, leur permettant d’utiliser les ressources numériques de la Cité en classe dans des eTD et de préparer un parcours de visite simplement en agençant les activités disponibles le jour prévu pour la visite (avec la possibilité de l’imprimer).

– Un serious game avec la DUI pour les primo-débutants en nouvelles technologies. C’est un vrai jeu de quête. On est dans la peau de Globert , un extra-terrestre, qui se retrouve sur la planète 01, peuplée de « geeks », pour retrouver sa dulcinée qui a été enlevée. En une heure de jeu, le joueur découvre les principales notions des NTIC (du double clic à la notion d’anti-virus en passant par l’utilisation d’un traitement de texte) conformément au référentiel Passeport Internet et Multimédia.

  • Pour l’exposition « la France en relief » de la maison de l’histoire de France, vous avez réalisé le site évènementiel de l’exposition au Grand Palais, qui était également un dispositif immersif avec Google Maps et Google Earth. Comment est né ce projet ? Quel en a été son budget ? Les difficultés de production ? Les mêmes contenus ont-ils été produits pour la version web et pour le dispositif in situ ?

Ce projet est une entreprise de la Maison de l’histoire de France. Nous avons répondu à un appel d’offres et la qualité de notre proposition a su convaincre, visiblement. Les principales difficultés techniques ont été d’exploiter à 100% les capacités des services Web de Google Maps et Earth, et de rendre le flux massif de données et d’images consultable sur un PC avec une connexion Internet standard. Car tous les plans ont été numérisés en 3D (par Google) et restitués sur le site Web de l’exposition ! Pendant l’exposition, Google proposait la consultation des mêmes plans numérisés sur grand écran, mais avec une toute autre puissance de calcul qu’un PC. Cette exposition a rencontré un vif succès auprès du grand public. De manière totalement fortuite, j’en entends encore le plus grand bien autour de moi !

  • Quelles sont vos principales innovations en matière de création internet (donner des exemples avec liens) ? Quelles sont selon vous les faiblesses des sites web culturels en France ? Avez-vous des exemples de sites web culturels particulièrement innovants à l’étranger ? Avez-vous vu d’autres innovations web qui pourraient être déclinées dans le secteur de la culture ?

Chez Buzzaka, nous menons un travail intense de veille. Ce que nous constatons, c’est qu’il y a foison de nouvelles idées et d’innovations. Classique sur le Web. Par exemple, on note l’apparition de sites très sympas de collecte de photos historiques géolocalisées (cf. historypin.com). Cela donne envie d’avoir ce type de dispositif pour son propre compte !

Mais les budgets sont souvent très contraints. Comment innover avec un budget restreint ? Notre conviction est qu’il faut rationnaliser l’existant pour créer de la marge de manœuvre sur des innovations. A quoi bon dédier un vrai budget pour le lancement de chaque site d’exposition temporaire ? Pourquoi ne pas rationnaliser ce besoin, et dédier du budget aux réseaux sociaux ? Nous pensons en effet qu’il est possible de mutualiser certains besoins. Outre le lancement de sites d’expositions temporaires, on peut citer le stockage centralisé des ressources numériques au sein d’un Digital Asset Manager.

Buzzaka conseille et accompagne ses clients sur ces deux aspects : rationalisation et innovation. Nous assumons sans complexe cette double casquette.

  • Avez-vous déjà décliné vos contenus web sur des plateformes mobiles ou développé des contenus spécifiques mobiles dans la sphère culturelle ? Quelles sont les principales contraintes en la matière (technologie, multisupport, écriture, budget …) ?

Nous nous posons la question du multi-supports en amont de chacun de nos projets. Aujourd’hui on ne peut plus concevoir un dispositif sans se demander l’expérience que nous souhaitons proposer à un mobinaute. Concernant les portails, nous créons généralement une version spécifique pour les smartphones (en web app), avec un contenu simplifié. Concernant les serious games développés en Flash, nous les portons parfois sur iPad (comme c’est le cas pour ceux développés pour France TV), parfois non.

Cela dépend du type de contenu à porter, et beaucoup du budget disponible.

  • Selon vous les lieux culturels doivent ils développer des applications mobiles multisupports ou des sites web mobiles, notamment en HTML 5 ?

La question n’est pas « dois-je faire une application ou une web app ? », mais plutôt « qui seront les utilisateurs de mon application ? », « quels usages vont-ils en avoir ? » et bien sûr « quel est mon budget maximum ? ».

Une « vraie » application a l’avantage de figurer dans les stores (type Appstore) et d’exploiter les fonctionnalités avancées des smartphones (ex : l’accéléromètre). En lançant son application, on peut également justifier d’une certaine modernité. Mais attention aux effets de mode : dans la ruée vers l’or du « Far Web » il faut savoir toujours garder en tête ses propres objectifs.

Mais lancer une application coûte cher. La dupliquer pour les autres smartphones (Androïd etc.) multiplie les coûts. Nous n’avons donc pas de parti pris. A chaque projet nous revenons aux questions de base et élaborons une stratégie propre.

  • Vous êtes spécialisés dans les contenus éducatifs et jeunesse. Ne pensez-vous pas que le discours des lieux culturels à l’égard de cette cible reste très institutionnel voire ennuyeux ? Les lieux culturels ne devraient-ils pas utiliser l’univers du jeu vidéo, de la bd voire du divertissement pour attirer cette cible ? Avez-vous réalisé des projets allant dans ce sens ?

Il y a de plus en plus de projets très amusants à destination des jeunes, et du public qui n’a pas l’habitude de fréquenter les lieux culturels en général. C’est une bonne chose ! Mais on dénombre encore assez peu de projets de serious games lancés par des lieux culturels.

Or il est possible aujourd’hui de lancer des serious games de qualité à destination des jeunes. Nous sommes convaincus que les univers issus de la culture geek (jeu vidéo, manga, BD, animation) sont de très bons moyens d’habiller un message et un contenu sérieux pour le transmettre au jeune public. Les serious games que nous avons développés font tous appel à des références geeks.

  • Vous avez produit pour France 5 le serious game « construis ta cité médiévale ». Quel en a été le budget ? Avez-vous des réalisations ou des projets de serious game dans le monde culturel ? Croyez-vous dans le potentiel du serious game culturel ?

Nous croyons au serious game comme média de réconciliation entre des contenus et connaissances scientifiques et un public qui peut en avoir peur a priori. Nous avons par exemple réalisé le serious game « Planète 01 » (pour la Cité des sciences) avec pour objectif de dédramatiser les nouvelles technologies auprès d’une cible élargie de personnes exclues du numérique.

Les gens s’intéressent de plus en plus à la culture. Je trouve extraordinaire la percée des podcasts radios traitants de l’histoire de France (2000 ans d’histoire puis la Marche de l’Histoire sur France Inter, Au cœur de l’histoire sur Europe 1). Voyez également le succès en librairie du livre Métronome de Lorànt Deutsch. Il faut profiter du numérique pour accompagner intelligemment la soif grandissante de culture du grand public, et notamment des jeunes.

  • Buzzaka a développé une compétence en accessibilité (référentiels RGAA, WCAG). Quelles sont vos prestations en la matière ? Est-ce toujours lié à votre activité de création de contenus web ou cela peut-il être un accompagnement séparé ? Quel jugement portez-vous sur le caractère accessible des sites web culturels français ? (Comment) Peut-on améliorer l’accessibilité avec les outils mobiles ?

L’équipe Buzzaka a suivi plusieurs formations en accessibilité et se tient au courant des dernières évolutions. Nous évoquons le sujet de l’accessibilité en amont de tous nos projets. Selon les contraintes et souhaits de nos clients, nous fixons le niveau d’exigence. Il nous arrive parfois de mener une mission spécifique d’optimisation d’accessibilité pour des clients, mais c’est plutôt rare que ce type de projet soit isolé du reste, tant ce sujet est au cœur des dispositifs.

  • Comment les lieux culturels peuvent-ils mieux utiliser les réseaux sociaux ? Avez-vous développé des projets culturels utilisant Facebook ou les autres réseaux sociaux ? (alienozator, legumizator) ? avez-vous d’autres projets ? Quel potentiel y voyez-vous ?

Nous avons développé des petites applications Facebook pour la Cité des sciences et de l’industrie, en accompagnement du lancement d’expositions temporaires. Cela a rencontré un certain succès.

La question n’est plus de croire ou non dans les réseaux sociaux. Ils correspondent à des usages. Ils sont un nouveau média au cœur d’Internet. Autant les utiliser comme tels ! Mais les réseaux sociaux doivent faire partie d’une stratégie globale. Les mécaniques d’acquisition et de fidélisation sont complexes, coûteuses et doivent être maniées avec vigilance. A quoi sert de lancer une application Facebook coûteuse qui n’apporte que quelques fans supplémentaires ?

Notre recommandation est de faire des choix et de s’y tenir. Il me semble préférable soit de miser sur les réseaux sociaux en lançant de vraies applications innovantes avec une vraie logique d’acquisition (prescription, bouche à oreille etc.), soit de se focaliser sur d’autres leviers.

  • Quelles perspectives voyez-vous pour Buzzaka avec le développement des outils d’administration tel que wordpress ?

Nous avons développé des portails sur la base de plusieurs Content Management Systems (CMS). Notre préférence va à WordPress car il est open source et gratuit, il est développé par une large communauté et son back-office est très simple d’utilisation. Il est né comme plateforme de blog grand public et cela en fait un outil très sain.

Nous avons développé une couche de modules complémentaires à WordPress, qui s’appelle Buzzapress. Nous capitalisons chaque développement réalisé pour nos clients et en faisons bénéficier nos autres clients. Cette couche comporte par exemple des modules d’optimisation de l’accessibilité et du référencement. Nous travaillons actuellement sur l’optimisation de la gestion des ressources numériques et sur une « fabrique de sites » permettant de créer à la volée des mini-sites Web.

  • Avez-vous un lieu culturel en France ou à l’étranger dont vous rêveriez d’être l’agence interactive ? Pourquoi ?

Tous ! Plus sérieusement, les projets sur lesquels l’équipe Buzzaka est la meilleure sont les projets d’innovation avec un vrai enjeu d’ingénierie. Les lieux culturels pour lesquels nous rêvons de travailler sont des lieux qui souhaitent rationnaliser leur existant et se consacrer à de l’innovation, tester de nouvelles choses.

BUZZAKA INFOS PRATIQUES

Date de création de la société : 06/12/2006
Nombre de collaborateurs : 13

Activités principales :
• Portails de médiation numérique
• Modules de valorisation de données et de ressources sous forme de graphiques, cartographies et chronologies
• Modules métiers à destination des enseignants
• Applications ludiques et virales (réseaux sociaux)
• Framework d’industrialisation : « fabrique de sites », « fabrique d’applications mobile »
Pour tous nos projets, nous incluons les dimensions : accessibilité, référencement, contribution, « maintenabilité », sécurité

Références principales récentes (culture et patrimoine) :
• Maison de l’histoire de France (maison-histoire.fr, lafranceenrelief.fr)
• Cité des sciences et de l’industrie (climobs.fr, Espace Educ, parcours de visite enseignant, Planète 01)
• France TV (module défilé de mode pour mon-ludo.fr, Cité médiévale pour la Curiosphère)
• Danone (ecosysteme.danone.com)
• Terreal (terrealcouverture.com, terrealinternational.com, terrealfacade.com)

Site web : www.Buzzaka.com
Page facebook : http://www.facebook.com/pages/Buzzaka/374384925908982
Twitter : @agence_buzzaka
Adresse : 80, rue des Haies – 75020 PARIS (25, rue Drouot – 75009 PARIS à partie du 1er juillet 2012)
Contact mail : alexis.godais@buzzaka.com
Contact téléphone : 01.55.25.75.81

Interview réalisée le 17 mai 2012 par Pierre Yves Lochon

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