Après le livre, l’éléctroménager ou les vêtements, le géant américain du e-commerce annonce son arrivée sur un nouveau marché, celui de l’Art ! Le 6 août 2013, une place de marché de l’art a fait son apparition sur la version Américaine du site à l’adresse www.amazon.com/art. Mais s’agit-il vraiment d’art ?

Au sein de cette nouvelle catégorie, Amazon annonce le référencement de plus de 40.000 « œuvres » de 4 500 artistes différents, provenant de 150 galeries et collectionneurs des États-Unis, de Grande-Bretagne, des Pays-Bas et du Canada. Elles sont classées en cinq catégories: dessins, médias divers, peintures, photographies et lithographies.

Et comme Amazon est son meilleur attaché de presse, Amazon Art s’annonce comme l’une des plus grosses collections d’oeuvres d’art.

Le moteur de recherche permet de filtrer le catalogue d’Amazon Art selon plusieurs critères comme le sujet de l’oeuvre, la couleur, la taille, le prix voire la galerie.

Innovation principale de la plateforme: avant d’acheter une oeuvre, l’internaute peut simuler son accrochage dans son appartement.

Avec Amazon Art, « Amazon souhaite donner aux galeries et aux artistes qu’elles représentent le moyen d’élargir leur public et d’atteindre les millions de clients de la célèbre plateforme d’e-commerce », comme a pu le préciser Peter Faricy, vice-président d’Amazon en charge des plates-formes commerciales.

«Il s’agit d’étendre notre audience tout en leur donnant accès à des œuvres abordables et en édition limitée d’artistes de renom», précise Osman Khan, de Paddle8, une galerie new-yorkaise partenaire de l’opération.

Art ou commerce ?

En naviguant sur Amazon Art, l’internaute peut retrouver des œuvres de de Chagall, de Picasso, de Salvator Dali ou encore d’Andy Warhol et Damien Hirst. Au niveau des prix, la fourchette est large avec des prix démarrant à moins de 10 dollars et pouvant atteindre 35 000 dollars pour un exemplaire  du célèbre tableau Campbells’ Soup Cans, de Warhol voire plusieurs millions de dollars comme pour le tableau « Willi Gillis » de Norman Rockwell à 4.8 millions de dollars ou « Hamburger Michel » de Warhol à 1.4 millions de dollars !

D’après Amazon, plus de 500 œuvres sont disponibles à des prix inférieurs à 100 dollars (75 euros). Il faut même compter seulement 10 dollars (7,5 euros) pour acquérir un billet de 1 $ sérigraphié par Ryan Humphrey, artiste contemporain américain. Ce sont d’ailleurs les œuvres évaluées à moins de 10.000 euros, un segment qui représente 81% des ventes aux enchères mondiales, qui sont le plus susceptibles d’être échangées en ligne, selon une étude d’Hiscox publiée en juin 2013.

Peut-on alors vraiment assimiler Amazon Art à une galerie d’art ?

Comme l’écrit dans son éditorial 6 septembre le rédacteur en Chef du Journal des Arts: « la plupart des 40 000 œuvres offertes à la vente sont soit des multiples anodins, soit des peintures que l’on imagine fabriquées à la chaîne ». Et  Jean-Christophe Castelain d’ajouter: « Il y a dans cette banalisation de l’art sur Amazon, toute la force et la faiblesse de sa nouvelle boutique… En revanche par la puissance de sa marque rassurante et la qualité de son interface, le géant américain peut inciter des internautes à s’offrir une belle imagez et pourquoi pas déclencher plus tard un désir de collectionneur dont profiteront les marchands d’art. »

Un sentiment partagé par Rebecca Wilson, curator en chef de Saatchi online, un site qui met en relation directement les artistes émergents et les acheteurs qui estime que « les ventes en ligne rendent l’art plus accessible à plus de collectionneurs dans le monde et que ces ventes dématérialisées apportent un flot de nouveaux collectionneurs aux galeries présentes sur la toile. »

Une nouvelle diversification dans la culture

L’incursion d’Amazon dans ce nouveau secteur n’est pas anodine. D’ici 2017, les ventes d’art en ligne devraient bondir de quelque 140%, estime l’assureur spécialisé Hiscox, passant de 870 millions de dollars en 2012 à 2,1 milliards. Si cela reste une proportion modeste d’un marché total de l’art estimé à 56 milliards de dollars aujourd’hui, cette révolution transforme le monde des galeries et des maisons de ventes, et ne pouvait laisser indifférent le géant américain.

En 1999 Amazon s’était associé à Christie’s pour une plateforme d’enchères en ligne, un projet qui a été abandonné. Plus récemment, la seconde maison de vente dans le Monde a lancé sa propre plateforme permettant aux acheteurs de suivre les enchères en ligne et d’enchérir. Cela lui a permis de faire passer la part des ventes en ligne de 15% en 2007 à 25% à la fin 2012.

Selon Artprice, qui se revendique numéro un mondial des données sur le marché de l’art, « Amazon Art est bien la preuve que la migration définitive du marché de l’art sur internet est en train de se réaliser aux dépens de l’ancienne économie ».

Avec Amazon Art, le leader mondial du e-commerce poursuit sa diversification dans la culture. Né avec la distribution de livres puis de musique ou d’autres produits culturels, Amazon a depuis le début de l’année, lancé un service d’autoédition de romans amateurs et amélioré son lecteur de musique intégré.

Sources: Amazon, webzeen.fr, Le Parisien, le Figaro

Date de première publication: 07/09/2013