Après Cannes, le film en réalité virtuelle «chair et sable» sera présenté dans des musées du monde

« Carne y arena », le film en réalité virtuelle du cinéaste mexicain Alejandro Inarittu, propulse le public dans le désert mexicain, au milieu d’un groupe de migrants. Après sa présentation à Cannes en mai 2017, ce film unique sera projeté dans plusieurs musées du Monde.

(c) Emmanuel Lubezki
(c) Emmanuel Lubezki

Ce film fut l’un des ovnis de l’édition 2017 du Festival de Cannes. « Carne y arena » («chair et sable») est d’ailleurs la première installation en réalité virtuelle à être présentée lors du plus grand festival de cinéma du monde. Ce court de 6 minutes 30 ne fait pas partie des 18 films en compétition pour la palme d’or mais il figure dans la sélection officielle.

« La réalité virtuelle est déjà un art », a expliqué Thierry Frémaux, le délégué général du festival.

Imaginée et conçue par le réalisateur mexicain Alejandro Inarittu (auteurs des films «Babel», «Birdman», «The Revenant») et mis en lumière par Emmanuel Lubezki (directeur de la photographie des films «Birdman», «The Revenant» et « Gravity »), cette installation promet de plonger le spectateur dans la tête de migrants qui tentent de franchir la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis.

Alejandro Inarritu explique ainsi sa démarche : « Nous avons créé un espace alternatif où vous-même en tant que visiteur pourrez marcher avec les migrants (et même être dans leur tête !) au milieu d’un paysage sans limite. Au cours des quatre dernières années où ce projet a grandi dans mon esprit, j’ai eu le privilège de rencontrer et d’interroger de nombreux réfugiés mexicains et centraméricains. Leurs histoires de vie m’ont hanté, alors j’ai invité certains d’entre eux à collaborer avec moi dans le projet. Mon intention était d’expérimenter la technologie VR pour explorer la condition humaine dans une tentative de briser la dictature du cadre, dans lequel les choses sont simplement observées, et supprimer l’espace pour permettre au visiteur d’avoir une expérience directe de la marche chez les immigrants ».

Germano Celant, surintendant artistique et scientifique de la Fondazione Prada a précisé: « avec« CARNE y ARENA », Iñárritu transforme l’échange entre la vision et l’expérience en un processus d’osmose dans lequel la dualité entre le corps organique et le corps artificiel est dissoute. Une fusion d’identités se réalise. Une unité psychophysique dans laquelle, en franchissant le seuil du virtuel, l’humain s’égare dans l’imaginaire et vice versa. C’est une révolution dans la communication dans laquelle la vision se transforme en sentiment et en engagement physique avec le cinéma: une transition de l’écran au regard de l’être humain, avec une immersion totale des sens ».

Le film installation a été produit par le studio américain Legendary Entertainment (racheté en 2016 par le chinois Wanda) et la Fondazione Prada.

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Durant Cannes 2017, l’expérience était réservée à quelques festivaliers, journalistes ou professionnels du cinéma. A partir du juin 2017, l’expérience sera proposée aux visiteurs de plusieurs musées du monde.

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Immersion dans un hangar

Le film «Carne y arena» a été présenté à Mandelieu, à une quinzaine de minutes de la Croisette, c’est dans un hangar jouxtant un aérodrome.

Les spectateurs sélectionnés sont entrés dans une petite pièce, où une inscription sur le mur incite à enlever ses chaussures et à attendre qu’une alarme autorise l’ouverture de la porte. Une fois celle-ci franchie, le spectateur entre dans un immense espace clos tapissé de sable et de gravier, face à trois hommes qui demandent d’approcher. Ils mettent un sac à dos sur les épaules du spectateur, lui expliquent qu’on peut marcher partout dans l’espace et qu’ils tireront sur le sac si on s’approche trop des murs. Puis, ils ajustent le casque de réalité virtuelle sur le visage.

Et l’expérience a pû commencer … avec  l’impression stupéfiante d’être projeté dans le désert au milieu de migrants fatigués qui tentent d’avancer. Une fois le casque enlevé, le spectateur peut lire l’histoire de chacun des protagonistes du film (de vrais migrants ou de vrais policiers), qui apparaissent sur des écrans devant leurs visages filmés en gros plan.

Reportage AP:

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Selon les personnes l’ayant vécu, l’expérience ne dure que quelques minutes (6 min30), mais elle est d’une « intensité incroyable ».

Thierry Frémaux, délégué général du festival: « Cet exercice de réalité virtuelle est par ailleurs est un merveilleux film. On sort de là tremblant et impressionné ».

David Sexton, chroniqueur du Evening Standard: « L’effet 3D est étonnant. Cependant, la résolution visuelle n’est toujours pas atteinte: les visages sont génériques, les yeux ne vivent pas. Vous vous sentez alternativement comme si vous étiez entouré de fantômes et parfois que c’est vous qui êtes un fantôme dans une scène réelle. Il est étrange et totalement enveloppant. Il faut encore choisir de croire, de s’engager à l’illusion; C’est comme un étrange hybride de théâtre en direct et d’un jeu vidéo. De plus, c’est une expérience émotionnelle (et politique), intransigeante. Cette installation pionnière et révolutionnaire est ce à quoi se rappellera ce Cannes pour cet aperçu de l’avenir ».

Jason Farago, chroniqueur cinéma du NY Times: « Le film est politiquement urgent et techniquement accompli. Ses débuts ici dans un hangar d’avion, loin de la Croisette glamour, est un avant-goût de son affichage dans les institutions artistiques. Les musées fourniront probablement un meilleur contexte pour cette puissante installation VR que le monde du cinéma. Le projet de réalité virtuelle de M. Iñárritu a une sévérité et une résolution semblables à ceux de ses films précédents, notamment « The Revenant » et « Babel », qui a remporté le prix du meilleur réalisateur ici 2006. Mais « Carne y Arena » n’est pas un film, et il réussit en reconnaissant que la réalité virtuelle est un moyen complètement différent, posant différents défis théoriques et narratifs. Le support est presque un hybride de jeu vidéo et de théâtre en direct, et pour exceller, il faut penser autant comme un philosophe que comme un technicien. Dans « Carne y Arena », les paysages traditionnellement photographiés constituent la toile de fond pour les interprètes numériques. Les progrès de la technologie – avec le sable sous vos pieds – font que l’expérience transporte vraiment, et à mesure que la poussière monte du sol, vous oubliez rapidement que la Riviera est juste à l’extérieur. Une des raisons pour lesquelles l’expérience de la migration et de l’impuissance se sent si puissante dans « Carne y Arena » est parce que vous l’expérientez seul. De cette façon, la VR est complètement différente des projections Imax, ou du cinéma regardé à travers des lunettes 3-D. Lorsque vous portez un casque de réalité virtuelle, vous devenez l’acteur principal, mais vous êtes aussi, en quelque sorte, le directeur de la photographie. »

Joe Utichi, chroniqueur cinéma du site Deadline: « Ce n’est pas un film, pas un jeu vidéo, mais plutôt quelque chose d’unique. Contrairement à l’expérimentation antérieure de la VR, Iñárritu et Lubezki ont rompu le terrain pour légitimer la VR comme moyen propre, et ils promettent un avenir passionnant. »

Après Cannes, les musée du Monde

Après Cannes, «Carne y arena» sera présenté à la Fondation Prada de Milan du 7 juin 2017 au 15 janvier 2018. L’installation sera également proposée par le Musée d’art contemporain de Los Angeles LACMA en juillet 2017 et au musée Tlatelolco de Mexico.

Reportage de France 24 « Cannes sous influence numérique » (19/05/2017):

SOURCES: deadline.com, nytimes.com

Date de première publication: 28/05/2017

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