Camp de concentration et bombe atomique, quand le numérique permet de raconter l’irracontable

Une application développée à Barcelone dans le cadre d’un projet de recherche européen baptisé CEEDS permet de plonger les visiteurs d’un ancien camp de concentration en Allemagne dans le décor et le contexte de l‘époque, tandis qu’au Japon, des outils numériques tentent de faire comprendre l’ampleur de la destruction atomique dans la ville de Nagasaki. Dans les 2 cas, les outils numériques permettent de raconter l’irracontable et de mieux sensibiliser les jeunes publics à ces deux tragédies du XXème siècle.

La réalité augmentée pour représenter un camp entièrement détruit

Sur le site de l’ancien camp de concentration de Bergen-Belsen, semblable aujourd’hui à n’importe quelle forêt allemande, environ 70.000 personnes – des prisonniers de guerre et des juifs – ont perdu la vie pendant la Seconde guerre mondiale. “Le mémorial est aujourd’hui un espace vide: il n’y a plus de baraquements, plus aucune trace du camp, explique l’historienne Stephanie Billib. Mais quand on voit cette reconstitution sur l‘écran et qu’on se déplace, c’est une aide précieuse pour se faire une idée du lieu”.

En effet, pour mieux comprendre ce qui s’est passé sur place, les visiteurs ont des tablettes à leur disposition: l’application qu’elles renferment leur permet de visualiser la structure d’origine de ce camp nazi totalement détruit après la guerre.

Reportage Euronews

 “Tout ce qui s’est produit ici, c’est horrible, souligne Benedict Plath-Steinbach, l’un des élèves visitant l’ancien camp. Grâce à l’application, on peut tout voir : partout, on voit des fosses communes, on voit aussi le cimetière pour enfants, le crématorium où les gens étaient brûlés… C’est horrible et effrayant, j’ai appris beaucoup de choses aujourd’hui,” conclut-il. Son professeur Jan Frühmark explique: “Il est clair qu’avec cette application, les élèves sont beaucoup plus impliqués que face à une présentation classique.”

Le virtuel pour stimuler la mémoire et renforcer la qualité de l’expérience

L’application a été développée par des scientifiques espagnols installés à Barcelone dans le cadre du projet de recherche européen CEEDS. Ils travaillent sur la réalité augmentée, mais aussi sur l’analyse des données massives (ou Big Data) et des réactions physiologiques et sensorielles.

Dans le cas de Bergen-Belsen, leur outil replace l’utilisateur dans le contexte de l‘époque avec une dimension interactive. “Nous avons construit une représentation éducative pour apprendre l’Histoire, précise Paul Verschure, psychologue de l’Université Pompeu Fabra de Barcelone. Et celle-ci est totalement fondée sur la participation : donc l’espace ne sert pas seulement à ancrer l’Histoire, c’est aussi un média qui nous permet de stimuler vraiment la mémoire et de renforcer la qualité de l’expérience, ajoute-t-il. C’est ce qu’on doit réussir à faire parce qu’il nous faudra être capable de raconter ce qui s’est passé aux générations futures et de concevoir pour eux, des expériences qui reposent sur l’information historique,” affirme-t-il.

La plateforme mêle cartes, modèles 3D géolocalisés, vues en réalités virtuelle et augmentée, éléments de contexte et documents d‘époque. Le tout concocté par des spécialistes de l’informatique, mais aussi des artistes.

La prochaine étape, déclare Sytse Wierenga, expert en médias interactifs au sein de la même université, c’est de faire en sorte que cette plate-forme intègre le programme éducatif du mémorial, d’en faire l’un des outils pour enseigner l’Histoire : elle ne remplace rien, mais constitue un moyen supplémentaire de représenter le passé.

Les scientifiques cherchent à présent à rendre leur système plus personnalisable afin qu’il s’adapte à chaque visiteur du camp. Stephanie Billib explique d’ailleurs que déjà, “on peut choisir de manière spécifique ce qu’on veut voir, ce qui nous intéresse.

Le musée de la bombe atomique de Nagasaki utilise le numérique pour raconter la catastrophe

Le musée de la bombe atomique de Nagasaki a ré-ouvert intégralement le 14 mars 2016 après un chantier d’un an pour étendre et rénover le musée à l’occasion du 70ème anniversaire du bombardement. Les travaux comprenaient un volet numérique qui s’est attaché à expliquer la destruction provoquée par l’attaque atomique d’août 1945.

FireShot Screen Capture #128 - 'Nagasaki A-bomb museum goes digital to convey horror of attack - AJW by The Asahi Shimbun' - ajw_asahi_com_article_beh

« Le rôle rempli par le musée dans le futur va prendre de l’importance au fur et à mesure que les survivants disparaîtront » a déclaré Tomihisa Taue, maire de Nagasaki

FireShot Screen Capture #129 - 'Nagasaki A-bomb museum goes digital to convey horror of attack - AJW by The Asahi Shimbun' - ajw_asahi_com_article_behDes vidéoprojections sur un diorama de la ville démontrent de façon visuelle l’onde de choc et la chaleur de l’explosion de Fat Man, la bombe américaine au plutonium. Ce diorama illustre également le déploiement du champignon atomique et la propagation de la tempête de feu parmi les quartiers de la ville.

Des écrans répartis au long du parcours de l’exposition permanente diffusent des films d’archives militaires américains, mais aussi des photographies de la ville après la frappe et 241 dessins numérisés en haute qualité d’ « Hibakusha » comme les japonais nomment les survivants des frappes.

Le musée, ouvert en 1996, est visité chaque année par 700 000 personnes.

SOURCE: Euronews, The Asahi Shimbun

Date de première publication: 30/03/2016

Clic-separateur(A LIRE SUR LE SITE DU CLIC) (3)

 . Grâce à la numérisation et impression 3D, des artistes « restituent » à l’Egypte le buste de Néfertiti

La compagnie aérienne ANA créé le premier musée virtuel d’art moderne japonais

La Bank of America verse plus de 1 M$ à 13 musées pour soutenir la restauration de 105 œuvres d’art

La BNF bénéficie du mécénat de Dai Nippon Printing pour numériser en 3D 55 globes anciens

DOSSIER / Tour de France des nouveaux dispositifs numériques muséaux et patrimoniaux (14/03/2016)

Laisser un commentaire