I.d.Gourcuff (Château de Fontainebleau) et B.d.s.Moreira (Histovery): « L’idée est de proposer une visite augmentée du musée chinois »

Le Château de Fontainebleau met à disposition depuis le 14 novembre 2015 un guide multimédia de visite sur tablette, l’HistoPad. Le même jour, le Château a réouvert son Musée chinois, fermé suite à un important vol d’oeuvres d’art le 1er mars 2015. L’HistoPad propose de visualiser ces oeuvres volées, à leur place dans le musée comme dans leur lieu d’origine, en Chine, grâce à la réalité augmentée et à la géolocalisation.

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L’application agit en temps réel avec une géolocalisation dans les 19 salles proposées. Ainsi, devant la grande vitrine, brisée par les cambrioleurs, il suffit de cliquer sur une icône pour faire apparaître la couronne de Siam visible à 360 degrés. Mieux, le Stupa, un grand reliquaire en bois doré et émeraude, volé dans le palais d’été de Pékin en 1860, vous projettera dans l’enceinte même de ce palais, reconstitué sur l’écran. Des jeux sont également proposés au fil de la visite.

Cet outil de médiation a été coproduit par le Château de Fontainebleau et la société Histovery, qui a reçu le Grand Prix AVICOM 2015 pour la meilleure innovation de l’année au service du patrimoine pour son application au Domaine de Chambord.

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Isabelle de Gourcuff, Responsable de la communication du Château de Fontainebleau, et Bruno de Sa Moreira, Fondateur d’Histovery, ont accepté de répondre aux questions du Clic France.

Avec cette application, quel genre d’expérience voulez-vous proposer ? 

Isabelle de Gourcuff. L’idée est de proposer une «  visite augmentée » du musée chinois, en permettant aux visiteurs venus du monde entier de pouvoir mieux comprendre l’intérêt et la valeur exceptionnelle de la collection présentée au public.

C’est pourquoi l’HistoPad du musée chinois s’adresse à tous les publics : depuis son lancement le 14 novembre dernier nous en avons déjà la preuve vivante avec les réactions positives des publics jeunes et moins jeunes, français et étrangers, érudits ou amateurs, qui apprécient beaucoup ce guide complémentaire à la visite pour sa facilité d’usage, la quantité d’information jugée suffisante, accessible et de qualité, et l’expérience enrichie qu’il propose lors de la visite du musée. C’est un véritable plébiscite de la part des usagers.

Comment avez-vous choisi la technologie HistoPad ? Pourquoi avoir choisir cette technologie ? 

Isabelle de Gourcuff. Nous avons été séduits par l’approche HistoPad pour son inventivité et sa créativité, doublée d’une très grande maîtrise technologique au service du contenu. En ce qui concerne le musée Chinois c’est une coproduction qui a pu être réalisée dans des délais extrêmement courts, grâce à l’efficacité de la collaboration mise en place avec notre partenaire.

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Quels sont les principaux changements de l’histoPad par rapport à la version utilisée au Château de Chambord ?

Bruno de Sa Moreira. L’HistoPad du musée Chinois est très différent de celui de Chambord : à Chambord il s’agissait de faire redécouvrir les lieux à l’époque de François 1er, et donc de reconstituer virtuellement des intérieurs tels qu’ils pouvaient être à la Renaissance, avec toute la difficulté scientifique d’une telle entreprise. D’où l’important travail de recherches et de discussions avec les experts pour recréer en 3D des intérieurs disparus.

A l’inverse, le musée Chinois est une « period room » intacte, un magnifique témoignage de l’art de vivre du Second Empire, en plus d’une collection extraordinaire d’objets de très grand intérêt rapportés d’Asie. Nous avons donc mis au point un HistoPad pour doter tout le musée de « cartels virtuels » disponibles en 12 langues, de façon à laisser intact les lieux, et, via l’HistoPad, de « faire parler les collections » présentées au public dans cet écrin, créé dès le XIXe siècle de par la volonté de l’impératrice Eugénie.

Etant donné la très grande densité d’objets bien réels dans le musée, nous avons choisi d’utiliser avec parcimonie les reconstitutions virtuelles et la 3D, en particulier pour remettre en contexte certaines œuvres dans l’Ancien Palais d’été de Pékin, et donner ainsi une idée de ce site extraordinaire aujourd’hui disparu, ou pour faire revenir dans le musée plusieurs objet malheureusement dérobés.

Enfin, grâce à la collaboration avec la Conservation du château, et en particulier les échanges très productifs avec Vincent Droguet, Conservateur en Chef du Patrimoine, la rigueur scientifique et la précision des contenus sont toujours au rendez-vous et caractérisent notre travail, quelque soit le contexte.

Fontainebleau : avec l’HistoPad visitez le… par leparisien

En mars 2015, une quinzaine d’oeuvres ont été volées au Musée chinois du Château; certaines d’entre elles ont été reconstituées dans l’application: s’agissait-il d’une demande à la base de l’application ou bien cette fonctionnalité s’est-elle « greffée » après le vol sur la conception de l’application ?

Isabelle de Gourcuff. Il s’agissait d’une idée apportée par Histovery et développée ensemble, que l’on n’a pas jugée nécessaire pour la totalité des objets volés, mais surtout pour certains qui ont un intérêt muséographique majeur.

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Quel volume total de contenus ?

Bruno de Sa Moreira. Une centaine d’objets font l’objet d’un traitement interactif. A l’écran, ils bénéficient d’un cartel virtuel (en 12 langues) et peuvent être soit manipulés (3D), soit mieux observés, car certains objets sont parfois mis à distance, cachés par d’autres derrière une vitrine, ou moins éclairés. Le visiteur peut dorénavant avec l’HistoPad les observer à la loupe grâce à des photos en haute définition dans lesquelles il peut zoomer. Le parcours inclut des jeux d’observation et des interactions sonores qui incitent les jeunes visiteurs à regarder de plus près les collections exposées.

Le parcours a été organisé pour une durée moyenne de visite de 40 minutes, mais un visiteur passionné peut s’y attarder plus d’1h15 facilement !

L’application est actuellement disponible à la location sur une cinquantaine de tablettes (3€); avez-vous prévu de la rendre disponible en téléchargement ? 

Isabelle de Gourcuff. Pour le moment l’application est trop « lourde » pour envisager de la distribuer par téléchargement, étant donnée la qualité des reproductions photographiques et de la 3D incluses dans la visite augmentée que propose l’HistoPad.

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Quel est le budget de l’application ? Quels financement avez-vous reçu ?

Isabelle de Gourcuff. Il s’agit d’une coproduction entre le château et Histovery, chacun contribuant en industrie et en numéraire à sa part de coproduction.

Quels seront les prochains lieux dotés d’un histoPad ?

Bruno de Sa Moreira. Le musée Grévin à Paris.

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Avez-vous déjà prévu de faire évoluer l’HistoPad ? Si oui, à quelles dates et avec quels contenus ?

Bruno de Sa Moreira. Absolument, une grande force de l’HistoPad est son évolutivité grâce aux mises à jour que nous pouvons faire à distance sur la flotte des machines installées à Fontainebleau. Cela permet à tout moment des corrections ou des ajustements, à la différence des cartels et des dispositifs scénographiques classiques qui ne peuvent pas être modifiés sans coûts additionnels.

Nous avons d’ores et déjà prévu une mise à jour prochaine qui inclura une version pour les malvoyants et des contenus supplémentaires pour pouvoir visiter des éléments du Cabinet de l’Empereur en plus du musée Chinois.

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PHOTOS: Histovery et Château de Fontainebleau

SOURCES: Château de Fontainebleau, Historvery, Le Parisien

Propos recueillis par mail le 25/11/2015

Date de première publication: 26/11/2015

Le Château de Fontainebleau et la société Histovery sont membre et membre associé du CLIC France

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