Covid-19 / A Schiltigheim (Strasbourg), Zurich, Oakland (Californie), 3 musées consacrés à la culture numérique ont déjà fermé leurs portes

A l’occasion de la journée internationale des musées de lundi 18 mai 2020, l’UNESCO et l’ICOM faisaient le point sur la situation des musées et lieux culturels face à l’épidémie de coronavirus. Selon eux, 13% des musées contraints à la fermeture pourraient ne plus jamais ouvrir leurs portes. Il n’a pas fallu attendre longtemps pour enregistrer les premières fermetures. A Schiltigheim (Strasbourg), Zurich, Oakland (Californie), 3 musées ont déjà fermé leurs portes. Paradoxe: ces 3 premières victimes du covid-19 étaient consacrés à la culture numérique, si forte aujourd’hui. 

  • Strasbourg : Game over pour le premier musée dédié aux jeux vidéo

Le premier musée permanent du jeu vidéo, le Pixel Museum, n’a pas survécu à la crise du Covid-19 ! Situé à Schiltigheim près de Strasbourg, le tout premier musée permanent du genre en France a fermé ses portes après trois années de « réussite en termes de fréquentation et de plébiscite du public » selon son directeur (et grand collectionneur) Jérôme Hatton.

L’annonce a été faite le 22 juin 2020. Son directeur évoque « un différend avec le propriétaire du bâtiment » abritant cette collection privée, la Ville de Schiltigheim. Le musée a été « plombé notamment par un loyer trop élevé », plus de 8.000 euros par mois pour une surface de 1.000 m². La direction pointe également le manque de soutien de collectivités. Un argument réfuté par la collectivité qui rappelle que « la Ville a exonéré de loyer pendant les 24 premiers mois le Pixel Museum, afin de les soutenir dans leur démarrage. Soit près de 200.000€ d’apport« . En décembre 2018, le conseil municipal a accordé une subvention culturelle conséquente de 30.000 euros au musée.

En trois ans, le musée a accueilli plus de 75.000 visiteurs, organisé plus de 60 événements et trois emplois permanents avaient été créés.

« Le loyer inapproprié, l’absence de soutien de collectivités, une configuration ne permettant pas de se développer et l’impossibilité d’accueillir le public dans des conditions de sécurité sanitaire, entraînent une fermeture définitive », déplore dans un communiqué Jérôme Hatton.

Depuis son ouverture, « le musée du jeu vidéo, des loisirs connectés et de l’art vidéoludique » présentait plus de 40 ans d’histoire du « 10e art ». A travers les différentes salles thématiques, les visiteurs pouvaient observer plus de 20 000 objets et jouer à des jeux vidéo. (Lire article du CLIC France: Pixel Museum, le premier musée permanent consacré au jeu vidéo en France a ouvert ses portes en février 2017)

Passionné de jeu depuis plus de vingt ans, Jérôme Hatton et son équipe espèrent que « l’aventure ne se termine pas ainsi » et recherchent actuellement des solutions alternatives, afin de « pouvoir partager ce patrimoine à nouveau rapidement avec le public. »

  • Le premier musée d’art numérique d’Europe ferme définitivement à la fin juillet 2020

Gravement touché par la pandémie de coronavirus, le premier musée physique européen dédié aux arts numériques, le Musée d’art numérique de Zurich, a annoncé -le 30 juin 2020- qu’il fermerait définitivement fin juillet.

« C’est le cœur lourd que le Musée d’art numérique annonce aujourd’hui sa fermeture fin juillet 2020 », a écrit un représentant de la MuDA dans un communiqué. « Soumis à des coûts de location élevés, qui représentaient un tiers de ses dépenses annuelles, le projet à but non lucratif est contraint à une fin prématurée ».

Contrairement à la plupart des autres musées du pays, le MuDA ne comptait pas sur des fonds publics pour fonctionner, mais se finançait uniquement sur les entrées payantes et les dons privés. Pour la première fois en 2019, la ville de Zurich a octroyé une subvention couvrant 3% du budget du musée, mais pour un an seulement.

Sans aucun revenu pendant sa haute saison et peu de visites depuis la réouverture des musées en mai, après sa fermeture pour cause de covid en mars, les coûts de location de MuDA ont rapidement fait fondre ses réserves.

Le bâtiment du Muda, le Herdern Hochhaus à Zurich, vu du ciel
« Un chapitre se termine, mais notre passion pour l’art numérique prévaut », ont écrit les fondateurs de MuDA Caroline Hirt et Christian Etter dans un communiqué. « Nous sommes extrêmement fiers de ce que nous avons accompli et remercions toutes les personnes qui ont cru en ce projet et nous ont soutenus de différentes manières au cours des cinq dernières années ».
Le pavillon robotique ETH ✕ MuDA a été construit dans l’ancien jardin botanique de Zurich. À l’intérieur, les enfants ont appris l’informatique

Le Musée d’art numérique était avait été fondé après une campagne de financement participatif réussie, recueillant exactement 111 111 $ sur Kickstarter.

Les sommes collectées dans le monde entier avaient permis de financer la rénovation du rez-de-chaussée du Herdern Hochhaus, le premier gratte-ciel de Zurich, et pour accueillir en permanence le premier musée physique européen dédié à l’art numérique.

5 années d’innovation

Le MuDA a été inauguré en beauté au début du printemps 2016.
Lors de l’inauguration en février 2016, le duo d’artistes suisses Gysin-Vanetti a reprogrammé l’affichage des horaires de la gare principale de Zurich
Dans les années qui ont suivi, le MuDA s’est efforcé de réaliser sa vision et d’expérimenter de nouvelles pratiques. Dix expositions pionnières ont présenté des œuvres d’art uniques animées par des battements de cœur numériques, conçues par des artistes nationaux et internationaux, allant de Zach Lieberman à Vera Molnar.

Pour « associer inspiration et autonomisation », le MuDA a élaboré un vaste programme éducatif et proposé de nombreux ateliers gratuits et abordables combinant technologies numériques et créativité aux enfants, aux professionnels et aux retraités. Parallèlement à ses collaborations avec les écoles élémentaires, les universités et l’ETH, les outils numériques ont également été explorés dans le cadre de discussions sur les relations complexes mais fascinantes entre les données, les algorithmes et la société.

Une action largement reconnue par l’UNESCO, Nemo, le Réseau des organisations muséales européennes ou le British Council, qui a salué « l’impulsion d’un changement global du monde de l’art en faveur d’une approche plus ouverte de la technologie ».

Malgré une recherche approfondie d’un autre lieu, les initiateurs n’ont malheureusement pas trouvé d’alternative appropriée et à long terme. « En l’absence de possibilité de prolonger le contrat de location pour une période qui permettrait le remboursement d’un prêt pour combler le trou causé par les mesures d’urgence de la pandémie, et avec les coûts de location restants à couvrir », le MuDA n’a pas eu d’autres options que la fermeture définitive.
Les deux fondateurs, Caroline Hirt et Christian Etter, écrivent : « Il est navrant de devoir prendre une décision aussi à court terme après toutes ces années à construire ce projet, à partir de zéro. Cela semble encore plus difficile après avoir passé la période de confinement à l’éducation de plus de 400 enfants enthousiastes en ligne sur l’art, le codage et l’ingénierie pendant que les écoles étaient fermées. La technologie numérique a un impact majeur sur notre société, et nous sommes convaincus qu’un espace physique public comme le MuDA peut jouer un rôle essentiel pour faire face à ces changements de manière diversifiée et créative, en s’engageant activement avec des personnes de tous horizons. »
189D3 de la dernière exposition du Muda, consacrée à l’artiste de Shanghai Raven Kwok
  • Le Museum of Art and Digital Entertainment (The MADE) a fermé ses portes en Californie
Le Museum of Art and Digital Entertainment (The MADE), un musée proposant aux joueurs de découvrir une collection de plus de 40 000 jeux et systèmes de jeu a annoncé le 28 août 2020, sa fermeture, au moins provisoire.
Le musée est forcé de quitter Oakland, une ville californienne située dans la baie de San Francisco, où il avait élu domicile en 2015.

« En mars, nous avons fermé nos portes en raison de la crise du COVID-19. Cela a été difficile, car nous sommes un musée qui est principalement financé par les admissions et les adhésions. Cependant, nous n’avons pas pu parvenir à un accord avec nos propriétaires et nous devrons quitter le 3400 Broadway. Notre collection de plus de 40.000 jeux et systèmes sera stockée, saine et sauve, jusqu’à ce que nous puissions collecter les fonds nécessaires pour créer le musée du jeu vidéo de nos rêves » ont annoncé les créateurs du The MADE via leur page officielle Facebook

Actuellement, le musée relatant l’histoire du jeu vidéo cherche à trouver un nouvel emplacement, mais face à des coûts trop élevés, l’équipe du musée a décidé de demander de l’aide aux joueurs en proposant à ces derniers de réaliser des dons.

« Nous ne pouvons pas réaliser ces rêves sans votre soutien. C’est pourquoi nous faisons quelque chose que nous ne faisons pas habituellement : demander de l’argent. Nous comprenons qu’il s’agit d’une période financière difficile pour tout le monde, mais tout montant que vous pouvez donner contribue grandement à maintenir The MADE en vie ». The MADE via le site officiel

Les dons sont recueillis directement sur le site web du musée.

SOURCES: Pixel Museum, 20minutes.fr, france3-regions.francetvinfo.fr, MuDA, themade.org, jeuxvideo.com

PHOTOS: Pixel Museum, MuDA, themade.org

Date de première publication: 30/08/2020

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