Un réseau social dédié à l’art contemporain, c’est le tout nouveau concept présenté par un duo d’ingénieurs belge et néerlandais aux experts de la Silicon Valley.

Le 10 septembre se tenait le TechCrunch Disrupt à San Francisco, un salon dédié aux innovations technologiques et réunissant experts et investisseurs. A cette occasion fut présentée une nouvelle application dédiée à l’art : Curiator.

Conçue par le belge Moenen Erbuer et le Néerlandais Tobias Boonstoppel, tous deux experts d’internet et des nouvelles technologies, Curiator est une plateforme communautaire permettant aux artistes de présenter leurs œuvres, aux internautes de se constituer un musée virtuel tel un « curator » ou commissaire d’exposition et de le partager, ou encore de suivre les choix opérés par d’autres utilisateurs.

C’est une première version du site avant l’adjonction d’une plateforme commerciale de vente d’œuvres d’art.

L’art sur l’internet en retard ?

«Le monde l’art sur internet est arrêté en 1995», alors même que c’est l’un des premiers secteurs à avoir profité de la croissance d’internet, tel est l’état des lieux que dresse Moenen Erbuer à propos de l’appropriation du média internet par les professionnels du secteur artistique.

Rompant avec « les sites lourds à charger, défectueux sur le plan technique et présentant des œuvres de qualité médiocre », Moenen Erbuer et Tobias Boonstoppel prétendent projeter le monde de l’art dans l’ère du XXIème siècle avec Curiator.

Tous deux s’appuient sur leur expertise technique et leur connaissance des usages des internautes pour proposer « un site intuitif, attractif et intelligent ambitionnant de guider les internautes dans l’affirmation de leurs goûts artistiques et dans l’évaluation de la valeur des œuvres ».

Tobias Boonstoppel est ainsi un ancien ingénieur de Google tandis que Moenen Erbuer est reconnu pour ses compétences en design numérique qu’il met en œuvre ici pour créer des interfaces très visuelles et simples d’utilisation.

Curiator : un guide pour  affirmer ses goûts artistiques… et à terme acheter !

Première étape à l’ouverture d’un compte sur Curiator: l’utilisateur sélectionne, parmi un panel d’œuvres, celles qu’il apprécie le plus. Ces données sont enregistrées et exploitées par la suite par le site pour recommander à l’internaute, sur le même principe que les sites de e-commerce, un choix d’œuvres pouvant potentiellement lui plaire.

Une fois le musée virtuel constitué, les usagers peuvent le partager à leurs réseaux via un simple déplacement de la vignette de l’œuvre sur l’icône du réseau social désiré (facebook, twitter, google + ou pinterest) et découvrir les choix des autres utilisateurs, précieuses indications pour apprécier la côte d’une œuvre d’art.

Car c’est bien cette difficulté pour un amateur de déterminer la qualité et la valeur d’une œuvre qui a  largement inspiré le concept de cette plateforme communautaire.

«Beaucoup de gens se sont fait un peu d’argent en commençant à acheter de l’art mais c’est intimidant de se rendre dans les galeries, les foires ou les maisons de vente aux enchères. Vous voyez quelque chose que vous aimez mais vous ne savez pas si le prix est juste, ou même si l’œuvre est de bonne qualité. Si vous n’êtes pas vraiment un expert, il n’est pas évident d’être sûr de ses propres choix.», selon Moenen Erbuer et Tobias Boonstoppel qui reviennent aux sources du projet Curiator.

Les deux comparses s’étaient déjà fait remarquer avec une application reposant sur le principe du partage, tout en le détournant. Avec didyouwatchporn.com, l’historique de votre navigateur était passé au crible à la recherche de contenu pornographique, un historique que vous pouviez ensuite envoyer à vos amis via un lien personnalisé. Mais à l’ouverture de ce lien, c’est un aperçu de leurs propres visites sur des sites pornographiques qui s’ouvrait !

Des débuts encourageants…mais une concurrence à affronter

Si pour l’instant Curiator n’offre pas encore la possibilité d’acheter des œuvres d’art, sa version initiale totalise 10 000 œuvres provenant de 3 7000 artistes et plus d’utilisateurs que prévu contribuant activement à l’enrichissement du catalogue d’œuvres d’art.

Le taux de rétention, soit le principal indicateur de la performance d’un site qui mesure le pourcentage de visites de plus d’une page, est, lui, de 17%, un résultat globalement satisfaisant pour un site nouvellement créé.

Mais contrairement à l’image qu’ont donné Moenen Erbuer et Tobias Boonstoppel d’un monde de l’art peu innovant sur internet, Curiator doit faire face à la concurrence d’autres applications lancées auparavant tels Pinterest, site de partage de photos et de liens ou Artsy.

Créé en 2012, Artsy est considéré comme le principal concurrent de Curiator. Décliné depuis septembre 2013 en application Smartphone et iPhone, Artsy donne accès à un large catalogue d’œuvres d’art exposées dans les musées, les galeries et les collections privées et permet de suivre leur valeur sur le marché de l’art. Il est également possible de partager ses œuvres favorites mais non de suivre l’actualité d’autres utilisateurs.

Ce sont sur ces fonctionnalités sociales de partage et de suivi que Curiator compte se démarquer.

Il n’est pas envisagé de rendre payant le site ou d’y poster des publicités. Le modèle financier du site reposera à terme sur les ventes abritées par le site, ce qui n’est pas sans poser des problématiques d’authenticité et de provenance qu’il restera à régler.

Rendez-vous sur curiator.com pour expérimenter ce tout nouveau site !

Présentation vidéo du site Curiator (en anglais)

Rédaction : Laura Dubosc

Sources : L’Echo, Datanews, Social News Daily, TechCrunch Disrupt, Forbes

Date de première publication: 13/10/2013