L’exposition d’Hans Haacke au New Museum s’est fait pirater par des « hackers militants »

Deux pirates, un artiste et un étudiant diplômé de la New School, ont interféré avec les résultats du sondage organisé auprès des visiteurs de l’exposition Hans Haacke, au New Museum de New York. Objectif: protester contre la « complaisance du musée à l’égard du capitalisme ».

Quelques jours avant sa fermeture le 26 janvier 2020, la rétrospective « All Connected » au New Museum de Hans Haacke a été piratée. Un sondage numérique auprès des visiteurs du cinquième étage de l’exposition a été hacké et modifié pour présenter des résultats « satiriques altérés ».

Cette opération de détournement a été conçue et réalisée par deux militants basés à New York afin de critiquer la « complaisance du musée à l’égard du capitalisme ».

Les sondages auprès des visiteurs sont une pratique courante dans le travail de Hans Haacke. Depuis plus de 50 ans, l’artiste conceptuel pionnier interroge son public sur leurs points de vue sur les questions politiques et sociales brûlantes.

Cette pratique s’est poursuivie avec le « New Museum Visitors Poll » (2019), créé pour son exposition actuelle All Connected  au New Museum de New York.

Lutter contre le capitalisme

Mais les visiteurs qui ont regardé les résultats de l’enquête ont pu découvrir des résultats curieux, en particulier en réponse à une certaine question sur l’inégalité des revenus.

La question du sondage demandait aux visiteurs de donner leur point de vue sur une constatation extraite du rapport sur la richesse mondiale 2013 du Credit Suisse , selon lequel « la moitié inférieure de la population mondiale possède collectivement moins de 1% de la richesse mondiale, tandis que les 10% les plus riches des adultes possèdent 87% des toutes les richesses, et les 1% les plus riches représentent près de la moitié de tous les actifs dans le monde. » Quelle est votre opinion à ce sujet? Les répondants étaient invités à sélectionner l’une des trois réponses: «Une telle inégalité doit être corrigée», «L’accumulation de richesse ne devrait pas être perturbée» et «Je ne sais pas».

Les 2 pirates ont transformé les résultats de cette question et augmenté le nombre de réponses 2 d’environ 14 000 à plus de 70 000 afin de faire passer la réponse «l’accumulation de richesse devrait ne pas être gêné » de 8% à 85%. Avant leur intervention, l’opinion du public sur l’inégalité des richesses était cohérente avec les premiers sondages de Haacke sur la question (81% étaient favorables à la réduction de l’écart de richesse).

Les pirates ont expliqué leur action dans un mail : « la réponse modifiée exprime mieux la position politique des musées américains comme le New Museum », évoquant plusieurs faits d’actualité récent tel que des problèmes syndicaux au New Museum et la décision du fabricant de gaz lacrymogène William B. Kanders de démissionner du conseil d’administration du Whitney Museum.

Les résultats pour la plupart des autres questions du sondage ont été modifiées de manière aléatoire.

Les 2 pirates ne croient pas que leur action dégrade le travail de Haacke.

« Nous considérons notre travail comme une extension et une conversation avec Haacke, un artiste et penseur qui a été une source d’inspiration pour nous deux. »

L’espace de vote dans l’exposition Hans Haacke au cinquième étage du New Museum
Un piratage confirmé par le musée

Le New Museum a confirmé le piratage dans un mail qui précisait: « Nous sommes conscients qu’un serveur externe hébergeant le système de sondage des visiteurs de l’exposition Hans Haacke a été piraté au cours du week-end, créant des irrégularités persistantes dans la communication des résultats du sondage. Nous travaillons actuellement pour corriger et résoudre le problème. »

Dans un mail aux sites web Hyperallergic et Art.net, Grayson Earle, artiste et professeur auxiliaire à la Parsons School of Design de New York, et son collaborateur «M», un étudiant diplômé de la New School for Social Research qui souhaite rester anonyme, se sont identifiés comme les les pirates. Ni Earle ni «M» n’ont de liens professionnels avec le Nouveau Musée.

« Nous avons piraté les résultats de l’enquête afin de remettre en question l’efficacité de la critique institutionnelle sanctionnée », a déclaré Grayson Earle. « Mais plus important encore, nous souhaitons faire pression sur des musées comme le New pour qu’ils reconnaissent et corrigent leur complaisance persistante envers le capitalisme. »

À la suite de l’article d’Hyperallergic, le New Museum a ajusté les résultats du sondage pour les rapprocher des résultats d’origine en supprimant les réponses gonflées. Mais les pirates ont annoncé qu’ils avaient continué à modifier les résultats des réponses.

Le binôme pirate a affirmé : « Si le musée voulait être cohérent et prendre au sérieux la volonté de son public en ce qui concerne cette question, il accepterait de rencontrer et négocier avec ses collaborateurs, pour réduire les disparités de revenus entre les cadres et les employés de bas niveau, et veillé à ce que leur budget annuel soit conforme aux types de valeurs progressistes qu’ils mettent en avant. »

Il faut préciser qu’après de longues discussions avec la direction du New Museum, l’UAW 2110, qui représente les salariés du musée, a annoncé en octobre 2019 qu’il avait accepté un nouveau contrat de cinq ans qui se traduira par une augmentation des salaires, des congés payés supplémentaires et une baisse des coûts des soins de santé.

Les musées vulnérables ? 

Ce n’est pas la première attaque informatique contre un musée américain. En mai 2019, des pirates informatiques avaient visé le Asian Art Museum de San Francisco lors d’une attaque rançon. Le musée a pu riposter, faisant appel aux experts en sécurité informatique de la ville pour reprendre le contrôle de son réseau informatique. Mais l’incident a soulevé des inquiétudes quant à la vulnérabilité des institutions culturelles en matière de cybersécurité.

SOURCES: hyperallergic.com, news.artnet.com

PHOTOS: New Museum, Grayson Earle

Date de première publication: 28/01/2020

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