En février 2017, le MET de New-York a mis à la disposition de tous un fonds numérisé de 375 000 œuvres. Saisissant cette opportunité, le réseau des médiathèques de l’agglomération Hérault-méditerranée reproduit ces images d’œuvres pour les exposer dans ses espaces, du 15 mai au 15 septembre 2017. Une très belle initiative associant médiathèque et art, expliquée par Christian Rubiella, Directeur du réseau des médiathèques de l’agglomération Hérault-méditerranée, dans l’interview ci-dessous.

© Réseau Intercommunal  des Médiathèques

© Réseau Intercommunal des Médiathèques

Le MET s’invite dans le sud de la France

Le 7 février 2017, le Metropolitan Museum a annoncé que toutes les images des œuvres d’art de sa collection tombées dans le domaine public, soit 375 000 images, étaient dorénavant en accès libre pour toute utilisation. Le musée a précisé qu’il avait choisi une politique d’accès ouvert (Open Accessafin de permettre la libre utilisation sans restriction de toutes les images d’œuvres d’art du domaine public, en utilisant la licence Creative Commons Zero, CC0. (Lire l’article « Le Met diffuse en accès libre 375 000 reproductions des œuvres de sa collection tombées dans le domaine public » sur le site du CLIC France).

Du 15 mai au 15 septembre 2017, le réseau des médiathèques de l’agglomération Hérault-méditerranée a décidé de proposer aux usagers l’exposition Met’ In/Out, composée des reproductions d’œuvres du MET tombées dans le domaine public, accrochées dans le réseau des médiathèques de l’agglomération Hérault-Méditerranée. Le réseau de lecture publique s’appuie sur le service et la documentation de la médiathèque intercommunale de Pézenas, à laquelle sont rattachées les médiathèques des communes d’Adissan, d’Aumes, de Caux, de Cazouls-d’Hérault, de Lézignan-la-Cèbe, de Montagnac, de Nizas, de Pomérols, de Pinet et de Saint-Thibéry.

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L’exposition « MET’ IN/OUT »

Tirant parti de l’initiative du MET, le réseau propose une exposition soixante cinq œuvres parmi toutes celles disponibles, afin de construire une exposition cohérente, installée sur quatre médiathèques pendant quatre mois. Doté d’un photocopieur de très bonne qualité, les images du site web du Met ont pu être reproduite en qualité très satisfaisante sur des papiers épais et accrochées dans les médiathèques, ainsi transformées en galerie d’art.

Le public est invité à admirer les œuvres, comme dans toute exposition, mais également à repartir avec les œuvres de son choix. Il a la possibilité de venir avec son papier -du papier épais, genre papier aquarelle- et repartir gratuitement avec l’œuvre imprimée, ou d’acheter la reproduction déjà imprimée à 30 centimes d’euro ou encore de charger toute l’exposition sur clef USB à l’accueil des médiathèques.

Toujours dans cette logique de rendre les œuvres d’art le plus accessibles possibles pour le public, il est également possible de retrouver les œuvres exposées dans les médiathèques sur internet. L’internaute peut découvrir les oeuvres grâce à une timeline.

Capture d'écran du site internet © réseau intercommunalm des Médiathèques

Capture d’écran du site internet du réseau intercommunalm des Médiathèques

Une initiative accessible à tous

Ce projet qui s’inscrit globalement dans une démarche d’accès aux savoirs, est extrêmement intéressante à plusieurs niveaux :

. son budget nul en dehors des coups d’impression

. sa rapide mise en place,

. ses possibilités infinies de médiation et d’échanges avec le public : l’exposition permet de s’interroger sur la notion de domaine public et de s’approprier d’une nouvelle manière les œuvres d’art en les emportant chez soi,

. son renouvellement : cette opération peut facilement être reconduite soit en proposant de nouvelles œuvres provenant du fonds du MET, soit en se tournant vers d’autres institutions telles La National Gallery of Art de Washington ou encore le Rijksmuseum à Amsterdam proposent des parties de leurs collections numérisées et accessibles.

10 Questions à… CHRISTIAN RUBIELLA – Directeur du réseau des médiathèques de l’agglomération Hérault-méditerranée

RUBIELLA. Pourquoi avoir lancé ce projet?

Lorsque le MET a proposé en téléchargement 375 000 œuvres issues du domaine public de ses fonds, nous avons immédiatement pensé qu’il y avait là une double opportunité. D’une part, offrir aux habitants du territoire une exposition de qualité, leur donnant à voir des œuvres de l’un des plus beaux musées – puisque le MET avait eu la bonne idée de proposer ces œuvres en haute définition -, mais aussi faire la promotion du domaine public, en créant un dispositif de médiation visant à faire prendre conscience de tout ce qui est accessible, et de comment ça l’est. J’avais idée du fait que, finalement, une assez faible proportion du public avait connaissance des possibilités offertes par le domaine public. A l’occasion de cette exposition, nous avons pu prendre la mesure du travail que nous pouvons faire dans ce sens.

 . Pourquoi et comment s’inscrit-elle dans vos démarches en faveur du domaine public ?

J’ai été nommé à la direction du réseau des médiathèques de l’agglomération l’an dernier et depuis, nous avons, avec l’équipe, mis en place plusieurs projets qui ont pour but de promouvoir les communs. Cela peut aller d’une grainothèque, au prêt (avec un encouragement à la copie) d’œuvres sélectionnées sous licence Creative Commons, en passant par des expositions d’œuvres sous CC. Avec cette exposition MET IN/OUT, nous commençons un travail sur le domaine public. Mais ce qui nous semble primordial est la médiation autour domaine public en tant que tel. Faire prendre conscience à notre public qu’il doit s’approprier les œuvres, qu’il est en droit de demander des copies, d’en faire ce qu’il souhaite.

 . Quel est le budget de ce projet ? 

Nous avions déjà les cadres utilisés, donc, le budget total est uniquement celui de la reproduction des images des œuvres exposées, soit 65 €.

. Qui a choisi les œuvres et comment ont-elles été sélectionnées ?

Le choix est un travail d’équipe à partir d’une contrainte : nous devions rester le plus fidèles possible à la colorimétrie des œuvres. Par conséquent le choix de dessins au trait, parfois rehaussés d’un lavis par exemple, s’imposait de lui-même. Une première sélection a d’abord été faite par l’équipe en charge des animations, formée aux Beaux-Arts, puis une deuxième, à partir de celle-ci, par l’ensemble de l’équipe. Comme la médiation est très essentielle pour ce type d’exposition je pense qu’il est important que ceux qui vont jouer le rôle de médiateurs aiment les œuvres autour desquelles ils vont développer un discours plus large.

crédit photo : Laurent Romero

crédit photo : Laurent Romero

. Les œuvres exposées dans les quatre lieux sont les mêmes ? 

Non, l’exposition durant trois mois, nous faisons tourner les œuvres sur les différentes médiathèques. Cela permet aux visiteurs de ne pas consulter les œuvres disponibles uniquement sur catalogue ou sur les écrans qui diffusent un diaporama de l’exposition. Le rendu des reproductions est vraiment excellent et le rapport physique reste malgré tout important. Même s’il ne s’agit « que » de reproductions de bonne qualité.

. Quelles sont les premières réactions des visiteurs vis-à-vis de l’exposition ?

Dès l’accrochage nous avons été surpris de l’intérêt très fort du public pour cette exposition.. Et surtout, ce qui me parait vraiment intéressant, c’est que l’une des questions qui revient le plus souvent concerne la légalité du dispositif. Je ne pensais pas qu’il y avait un tel travail d’acculturation à faire vis-à-vis de nos usagers en ce qui concerne le DP. Beaucoup de personnes s’amusent du fait que nous disions que nous leur « rendons » des œuvres qui sont déjà à eux. C’est pourtant exactement de ça dont il s’agit. Et en un peu plus d’un mois d’exposition, nous en avons rendu un peu plus de 200 au public.

. Souhaitez-vous reconduire le même principe d’exposition ?

Il est certain que le succès de MET IN/OUT nous a encouragé à proposer d’autres expositions sur ce principe. D’autres musées prestigieux ont mis à disposition des œuvres du domaine public dans des conditions proches. C’est le cas par exemple de La National Gallery of Art de Washington et du Rijksmuseum à Amsterdam. Au début 2018 nous allons ainsi proposer une exposition d’estampes japonaises issues des collections numérisées et mises à disposition par la Library of Congress. (Lire l’article du CLIC France:La Bibliothèque du Congrès des Etats-Unis offre plus de 25 millions de documents téléchargeables gratuitement). Bien entendu, nous encouragerons au partage, et à l’appropriation.

crédit photo : Laurent Romero

crédit photo : Laurent Romero

. N’aimeriez vous pas le faire avec des œuvres des musées et collections de France ?

Si, bien entendu mais c’est très complexe. En France il y a un réel retard –car je suis persuadé qu’il s’agit d’une vision des choses qui est appelée à changer- en ce qui concerne ce genre de possibilités offertes au public.

Lorsqu’on regarde ce qui existe, par exemple le site art.rmngp.fr, on voit le chemin qu’il reste à parcourir. Les collections numérisées sont disponibles dans une résolution inacceptable en 2017 et la proposition qui est faite d’acheter les photos est très éloignée de ce qu’à mon sens le service public doit proposer en termes d’accès à la culture. Et je ne parle même pas de certains musées qui pratiquent allègrement le copyfraud. C’est à se demander si le domaine public a le même sens pour tout le monde.

. Avez-vous des contacts avec d’autres médiathèques pour étendre l’initiative? 

Suite à des articles parus, d’autres médiathèques nous ont en effet contacté pour discuter du dispositif. Comme celui-ci est extrêmement simple à mettre en place, je ne doute pas que d’autres expositions de ce genre verront le jour. J’espère qu’il y en aura le plus possible !

. Quels sont vos autres projets innovants / numériques pour vos médiathèques ? 

J’aime les projets qui nécessitent peu d’investissements financiers en ce domaine. Je n’envisage pas d’achat de matériel coûteux pour le réseau mais nous imaginons plutôt des démarches d’échange autour du numérique, avec le public. « Remixer » des œuvres du domaine public ou des œuvres publiées sous une licence de droit d’auteur le permettant ; publier du contenu au lieu d’avoir recours à des prestataires, le tout en prenant garde à ce que les projets aient toujours du fond. Par exemple, en ce moment nous mettons en place des blogs d’usagers au sujet de leurs lectures. Nous allons les aider à devenir à leur tour des booktubers. Si ça fonctionne nous étendrons ça à la musique, au cinéma, …etc.

crédit photo : Laurent Romero

crédit photo : Laurent Romero

Sources : Réseau Intercommunal des Médiathèques, Bibliobsession

Mise en ligne : 07/07/2017

Interview par mail le 5/07/2017

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