Avec son exposition sur les estampes japonaises, le réseau des médiathèques Hérault-méditerranée promeut à nouveau le libre accès aux collections d’art

Après le succès de l’exposition « Met In/out », le réseau des médiathèques de l’agglomération Hérault-méditerranée reconduit l’expérience avec une nouvelle thématique, les estampes japonaise, issues de la collection de la Librairie du Congrès américain. Du 18 mai au 21 septembre 2018, l’exposition « Ukiyo, images d’un monde flottant » fait entrer l’art dans les espaces de lecture et continue de sensibiliser le public à la logique du libre accès aux collections. Son initiateur, Christian Rubiella, Directeur du réseau, répond aux questions du CLIC France. 

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Du 15 mai au 15 septembre 2017, le réseau des médiathèques de la Communauté d’Agglomération Hérault Méditerranée avait décidé de proposer aux usagers l’exposition Met’ In/Out, composée des reproductions d’œuvres du MET tombées dans le domaine public, « accrochées » dans le réseau des médiathèques de l’agglomération Hérault-Méditerranée. (Lire l’article du CLIC France: Avec l’expo « MET’ IN/OUT », les œuvres du musée de NY s’accrochent dans les médiathèques de l’agglo Hérault-méditerranée)

Le réseau de lecture publique s’est appuyé sur le service et la documentation de la médiathèque intercommunale de Pézenas, à laquelle sont rattachées les médiathèques des communes d’Adissan, d’Aumes, de Caux, de Cazouls-d’Hérault, de Lézignan-la-Cèbe, de Montagnac, de Nizas, de Pomérols, de Pinet et de Saint-Thibéry.

Le succès de l’exposition « MET’ IN/OUT »

Tirant parti de l’initiative Open Content du MET, le réseau a proposé une exposition soixante cinq œuvres parmi toutes celles disponibles, afin de construire une exposition cohérente, installée sur quatre médiathèques pendant quatre mois. Doté d’un photocopieur de très bonne qualité, les images du site web du Met ont pu être reproduite en qualité très satisfaisante sur des papiers épais et accrochées dans les médiathèques, ainsi transformées en galerie d’art.

crédit photo : Laurent Romero
crédit photo : Laurent Romero

Le public était invité à admirer les œuvres, comme dans toute exposition, mais également à repartir avec les œuvres de son choix. Il avait la possibilité de venir avec son papier -du papier épais, genre papier aquarelle- et repartir gratuitement avec l’œuvre imprimée, ou d’acheter la reproduction déjà imprimée à 30 centimes d’euro ou encore de charger toute l’exposition sur clef USB à l’accueil des médiathèques.

« Cette exposition a remporté un gros succès sur notre réseau de médiathèques et nos usagers étaient très enthousiastes à l’idée de repartir avec les oeuvres.  Nous voulions donc continuer de faire la promotion du Domaine Public et des licences Creative Commons comme nous nous y employons à travers diverses actions » explique Christian Rubiella, Directeur du réseau des médiathèques de l’agglomération Hérault-méditerranée.

Une seconde édition consacrée au Japon

Accrochage de l’exposition Estampes Japonaises à la Médiathèque Edmond Charlot

Pour son exposition 2018, le réseau des médiathèques de l’agglomération Hérault-méditerranée a choisi d’accrocher des reproductions d’estampes japonaises issues des collections de la Library of Congress. (Lire l’article du CLIC France: La Bibliothèque du Congrès des Etats-Unis offre plus de 25 millions de documents téléchargeables gratuitement)

Comme l’an dernier, en prolongement de l’exposition, les visiteurs peuvent repartir avec les reproductions à prix coûtant en HD de leur oeuvre préférée. Il est possible de repartir avec les reproductions en A3 pour 30 centimes mais aussi avec une clé afin d’avoir toute l’exposition en HD, comme c’était possible lors de la précédente exposition.

L’exposition a été inaugurée le vendredi 18 mai 2018, pour être ouverte pendant la nuit des musées 2018.

Un dispositif inédit de médiation

En 2018, l’exposition continue de poser un regard singulier sur le Domaine Public et les licences Creative Commons mais y ajoute une réflexion et un effort particulier sur la médiation.

« Cette année, nous nous sommes posé en plus la question de la médiation directe via les cartels. En effet, après avoir lu une publication sur le lecture des cartels par le public et avoir échangé avec des collègues travaillant dans les musées, j’ai pensé qu’il y avait un travail à faire pour « forcer » la lecture » précise Christian Rubiella. « Le fait que mes collègues m’expliquaient que les cartels étaient bien souvent à peine parcourus, et souvent trop pas lus du tout, m’a amené à essayer de trouver une solution afin de mieux mettre en lien l’oeuvre et le visiteur. Nous allons donc appliquer une règle de graphisme qui consiste à créer un « accident de lecture » fort afin d’inciter le public à lire les cartels ».

Le dispositif de médiation est donc particulièrement innovant: les cartels seront au nombre de deux par oeuvre. Une placée en hauteur, et l’autre à hauteur d’enfant. L’information sera différente et donc partielle sur chacun des cartels.

Celui à destination des adultes comportera des informations classiques Artiste/Oeuvre/Date et celui pour les enfants donnera une information anecdotique ou amusante (comme une activité que l’on peut distinguer au second plan, ou encore un point commun avec une autre estampe de l’exposition).

Mais surtout : les deux cartels seront totalement illisibles, dans un premier temps en tous cas. Afin de les lire, il faudra se munir d’une gélatine rouge pour les adultes et d’une bleue pour les enfants, puis de l’apposer directement sur le cartel qui fera apparaître alors le texte en noir.

Ainsi, les enfants apporteront une information supplémentaire aux parents. Les parents pourront approfondir si l’enfant le désire. Et pour compléter le dispositif, un questionnaire est prévu pour accompagner l’expo.

Comme le résume Christian Rubiella: « Le pari est qu’en rendant les cartels illisibles, ils seront plus lus… »

11 QUESTIONS A …. Christian Rubiella, Directeur du réseau des médiathèques de l’agglomération Hérault-méditerranée.

Quel bilan avez-vous tiré de la première expérience Met In/out ?

L’un des critères d’évaluation que j’ai retenu est le nombre de copies des œuvres du Met exposées qui nous ont été commandées par le public.

Nous sommes un petit réseau de médiathèques et il me semblait qu’à partir du moment où 200 copies seraient réalisées, nous pourrions être contents du travail de médiation.

Or, au terme de la durée de l’exposition de l’an dernier, nous avons finalement atteint 600 reproductions redistribuées.

Je dois avouer que j’ai été surpris de l’engouement du public mais aussi de l’intérêt que le concept de l’expo soulevait parmi les collègues qui travaillent dans le champs culturel au sens large.

Il ne faut pas oublier que nous ne travaillons pas en musée, et que nos visiteurs, qu’ils soient abonnés ou pas, ne viennent pas, pour la majeure partie, afin de visiter une exposition. Repartir avec une œuvre classique sous le bras n’est pas une intention initiale lorsqu’on se rend dans une médiathèque.

Quelles étaient les réactions de vos visiteurs ?

Les réactions étaient enthousiastes, mais ce qui était le plus saillant était l’interrogation réellement très fréquente : «mais vous avez le droit de faire ça? ! L’idée de copie est presque invariablement associée à une action illégale !

J’ai l’impression que les débats depuis quelques années autour du droit d’auteur, de la copie illégale avec des avertissements martelés de toutes parts ont surtout fini par mettre en tête du public une crainte plutôt qu’une information sur ses droits.

Je conçois très bien qu’on explique pourquoi certaines formes de copie atteignent les auteurs et leur font du mal. Mais il me semble primordial de bien exposer l’idée de droit d’auteur dans son ensemble, d’expliquer ce qu’est le domaine public, d’expliquer ce que sont les licences creative commons, afin que le public ait un rapport sain à l’œuvre et ne l’envisage pas uniquement sous un aspect pécuniaire.

L’envie de culture n’est pas liée à la taille du porte monnaie !

Proposer au public des œuvres qu’ils peuvent s’approprier directement, dont ils peuvent se nourrir même sans avoir un budget culture conséquent me semble au moins aussi important qu’envoyer des courriers Hadopi et placarder des avertissements dans tous les sens en prenant souvent le droit d’auteur comme prétexte à quelque chose que l’on veut vendre.

Comment avez-vous fait évoluer le concept en 2018 ?

Le concept de base est le même. Proposer une sélection d’œuvres libres de droit au public, et lui permettre de repartir avec une copie de bonne qualité.

Avec mon équipe, nous avons donc choisi les images d’estampes japonaises mises à disposition par la Library of Congress et avons fait une sélection parmi cette collection.

Aucun autre critère que ce qui plaisait aux membres de l’équipe n’était retenu. Simplement parce que ce genre d’exposition n’a pas de prétention scientifique: c’est un travail de médiation. Et qu’on est un médiateur plus efficace lorsqu’on parle de ce qui nous plaît.

Mais vous avez mis l’accent sur la médiation ? 

Oui. Dans cette problématique de médiation, de rapprocher les œuvres et le public -qui est centrale en médiathèques-, je me suis interrogé sur le jonglage cartel/oeuvre/visiteur.

L’idée était de répondre à deux approches apparemment contradictoires d’une visite.

. D’un côté, enrichir le parcours en y incluant un élément de lien social, en essayant d’augmenter l’interaction avec le public

. et de l’autre, laisser le visiteur qui n’aime pas qu’on lui impose des informations, libre de circuler et rêver devant les œuvres, et être touché sans le biais que constitue parfois le nom de l’artiste ou la mention de la période ou encore de l’école.

L’idée est donc de recréer ce qui s’appelle en graphisme un «accident de lecture». Pour faire bref, forcer la lecture en rendant le cartel difficile à lire.

Comment fonctionne concrètement ce cartel d’un nouveau type ? 

Je me suis inspiré de jeux dans lesquels des messages étaient codés grâce à une petite manipulation graphique. Les cartels ne sont pas lisibles à l’oeil nu, mais deviennent tout à fait lisibles en y apposant une gélatine de couleur. En faisant cela on ne répondait qu’à l’une de mes attentes.

Mais en divisant l’information en deux, une partie à destination des adultes et l’autre à destination des enfants, le dispositif répond à ce que je recherche : les enfants se munissent donc d’une gélatine bleue, et les adultes d’une rouge. En partageant leurs informations, ils échangent sur l’œuvre et en ont une vision enrichie par l’autre. Ce sont les enfants qui apprennent à leurs parents les anecdotes amusantes ou curieuses qu’ils ont pu apprendre, alors que les adultes ont l’information traditionnelle des cartels à disposition.

Nous y avons ajouté un questionnaire pour les enfants. Si ils répondent à une vingtaine de questions, ils repartent avec une copie d’œuvre de leur choix.

Quant aux adultes, comme l’an dernier, deux possibilités sont offertes: repartir avec une reproduction en HD à prix coûtant (30 centimes) ou bien repartir avec l’exposition et le dispositif d’accompagnement sur clé USB.

Comment s’est passé la journée de vernissage ? 

Le jour du vernissage, le parcours de visite est devenu un jeu de piste et le succès auprès des familles était immédiat. Les enfants remplissaient quasiment tous leur questionnaires, accompagnés des parents qui du coup, passaient beaucoup plus de temps avec chaque estampe. Nous avons en deux heures reproduit plus de 70 œuvres avec lesquelles les visiteurs sont repartis.

Nous espérons raisonnablement faire mieux que l’an dernier, sur la durée, donc. Et ceux qui aiment juste admirer sans que quoi que ce soit ne leur soit imposé ont pu avoir un rapport direct aux estampes, sans biais. Libre à eux ensuite de se munir d’une gélatine rouge (ou bleue) pour approfondir.

Après le Met, vous utilisez les images de la Library of Congress. est ce un choix de recourir à des fonds non français ?

Clairement pas. J’aurais adoré pouvoir proposer à notre public un parcours dans les médiathèques du réseau reproduisant une partie de l’aile Denon du Louvre. Malheureusement, c’est absolument impossible et le choix de la RMN qui n’enrichit pas les communs est directement en cause.

Restreindre l’accessibilité numérique aux œuvres du domaine public: quel dommage d’être en contradiction complète sur ce plan avec ses missions de transmission culturelle !

Le choix d’autres musées étrangers est le bon si l’on veut aller dans le sens de la culture pour tous, et c’est donc grâce à eux que nous proposons des expositions de ce type.

Françoise Nyssen déclarait récemment «l’offre culturelle, (elle) existe: pourquoi serait-elle confinée à certains lieux et pas accessible partout et pour tous?».

Là, avec ce que nous faisons, nous répondons directement à ce souhait.

N’est ce pas l’objectif du plan itinérance ?

Je doute fort que le «grand plan sur l’itinérance» soit une solution appropriée si l’on veut réellement répondre à cette interrogation. Faire voyager la Joconde, en la proposant à des lieux très particuliers -lire : qui remplissent un cahier des charges évidemment épais comme un annuaire- est l’option choisie. Ce ne sera certainement pas une option qui répondra au «partout et pour tous».

Et si l’on me parle de «l’émotion devant un original» -argument récurent- mon avis est tout simple. De quelle émotion parle-t-on lorsqu’on admire une œuvre pendant quelques secondes au milieu de visiteurs qui se bousculent pour avoir la chance d’apercevoir un instant une œuvre originale hyper sécurisée ? Je n’aborde même pas la question du coût et du risque de ce genre d’opération qui sont, même sans connaître le dossier, énormes.

Que doivent donc faire les musées français ?

En restant sur la simple question de l’accès à la culture et de la médiation, je pense qu’il est urgent que les musées français se saisissent des possibilités offertes par le numérique. Faire circuler un original divise le public qui y a accès (pendant qu’elle sera ailleurs, la Joconde ne sera pas au Louvre, évidemment). Libérer les œuvres le multiplie. Faire circuler un original fait exploser les budgets des institutions publiques, multiplier les œuvres en numérique et en haute définition permet un accès gratuit pour un coût proche du zéro: proposer ce genre d’exposition coûte moins de 100€.

En 2018, l’exposition est diffusée dans combien de lieux ?

Le réseau des médiathèques de l’agglomération Hérault-méditerranée est composé de 11 médiathèques, dont certaines de très petite taille. Nous avons pour le moment déployé l’exposition sur 4 de ces médiathèques (les plus grandes pour commencer), puis elle tournera, afin que tous y aient accès sur le territoire. Une sorte de «petit plan sur l’itinérance».

Avez-vous réussi à décliner le concept dans d’autres régions de France ?

Disons que j’encourage le plus possible mes collègues à reproduire le dispositif, dans son ensemble ou pour partie. L’an dernier, j’ai eu la chance de pouvoir, grâce à Silvère Mercier, formateur pour les élèves conservateurs de l’INET de Strasbourg d’expliquer l’action au cours d’une session de formation, et divers sites ou blogs en lien avec la culture avaient relayé MET IN/OUT.

J’espère qu’avec un dispositif plus riche comme celui que nous proposons cette année, les usagers de beaucoup de médiathèques vont pouvoir profiter des œuvres que nous proposent les musées qui font le bon choix de libérer leurs œuvres !

En tous les cas j’espère que cette idée sera copiée et améliorée par d’autres bibliothécaires !

Il faut signaler que la RMN-GP avait organisé une exposition intitulée « Images d’un monde flottant (ukiyo-e) » du 28 septembre 2004 au 30 janvier 2015 au Grand Palais. (Lire l’entretien avec la commissaire de l’exposition sur le site media.artabsolument.com).

Sources : Réseau Intercommunal des Médiathèques

Mise en ligne : 23/05/2018

Interview par mail le 18/05/2018

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