Gisèle Guiffard (Cité de la Mer) : « le nouvel espace Titanic est un équilibre entre pédagogie, attractivité et respect de la vérité ».

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Gisèle Guiffard, Responsable de la Communication et Médias, répond aux questions du CLIC France et présente la Cité de la Mer de Cherbourg et ses dispositifs numériques. L’institution a récemment ouvert un nouvel espace, in-situ et en ligne, consacré au Titanic. 2 500 m2 avec une place majeure réservée aux technologies numériques.

  • Quand est née la Cité de la Mer ? et quel est son positionnement ?

La Cité de la Mer est un équipement touristique, culturel, pédagogique et scientifique dédié à l’océan profond et à sa conquête.Située en partie dans l’ancienne Gare Maritime Transatlantique, prestigieux bâtiment Art déco, La Cité de la Mer a ouvert ses portes au public en avril 2002, assurant ainsi une seconde vie à cet édifice majestueux.

 Son ambition est de faire découvrir au plus grand nombre la fantastique aventure de l’Homme à la conquête des grands fonds, des origines à demain. Cette découverte de l’aventure humaine sous la mer se fait en plusieurs temps qui sont développés plus loin.

En parallèle de ce parcours thématique, d’une durée d’environ 5 h, le visiteur peut, au sein de la Nef d’Accueil, parfaire ses connaissances à la Médiathèque, acheter des souvenirs dans la Boutique ou encore se restaurer au Quai des Mers ou au Snack le Ruban Bleu.

A côté de cette activité de tourisme grand public, La Cité de la Mer développe une activité de tourisme d’affaires renforcée en 2008 par la création d’un centre de Congrès au sein de l’ancienne Gare Maritime Transatlantique. En effet, La Cité de la Mer propose de nombreux espaces locatifs à destination des entreprises, associations, collectivités : de la simple salle de réunion à l’auditorium (350 places) du Centre de Congrès, en passant par les 5 500 m² qu’offre La Grande Halle (au sein de l’ancien Hall des Trains), les espaces proposés, dans le prestigieux bâtiment Art déco qu’est la Gare Maritime Transatlantique, permettent d’envisager tout type d’événements (Foires, Salons, Colloques, Congrès, Séminaires…).

  • Quel est son statut ? Quelles sont vos principales ressources de financement ?

La Cité de la Mer est gérée par une société d’économie mixte locale créée en mai 2000. Les investissements structurants sont réalisés par la Communauté urbaine de Cherbourg, qui est le principal actionnaire de la SEML. Une convention de délégation de service public lie la SEML à la Communauté urbaine de Cherbourg.

L’idée de créer un musée consacré au monde sous-marin est née de la conjugaison de l’opportunité de mise à disposition par la Marine Nationale du sous-marin Le Redoutable (construit à Cherbourg dans les années 1960) et de la nécessité de préserver un des fleurons du patrimoine maritime et historique de Cherbourg : la Gare Maritime Transatlantique. C’est le 31 mars 1995 que le conseil de Communauté urbaine a pris acte de sa nouvelle compétence portant sur la «création et la gestion d’un musée naval dans les bâtiments de la gare maritime». Cette étape juridique essentielle a marqué la relance d’un projet initié par la Communauté urbaine dès 1989 mais qui n’avait pu alors réunir l’ensemble des conditions qui pouvaient présider à sa faisabilité.

La création d’un musée naval de dimension internationale visait à répondre à des ambitions multiples et complémentaires :
–         créer un équipement culturel et touristique structurant capable de drainer des flux touristiques,
–         préserver et valoriser le patrimoine exceptionnel de la gare maritime,
–         constituer un lieu d’identité pour la population locale,
–      faire de cet équipement un support de développement économique pour le Cotentin, inscrire La Cité de la Mer dans de multiples réseaux (nationaux et internationaux)   pour créer des synergies en particulier scientifiques.

  •  Quelles sont les principales activités / attractions de la Cité (hors Titanic) ?

Des mythes et légendes aux techniques de plongée actuelles, les visiteurs découvrent comment l’homme a su appréhender le monde sous-marin et s’inspirer des espèces animales pour accéder aux profondeurs… Grâce à une exposition interactive et ludique, le visiteur découvre cette aventure passionnante :

Dans la Nef d’accueil, une collection unique d’engins emblématiques de la plongée dans les grandes profondeurs : Alvin (américain), Mir (russe), Shinkaï (japonais)… A travers les photos, vidéos et témoignages, le visiteur découvrira toute l’aventure internationale de l’homme sous la mer. Aux côtés de l’Archimède, du Nautile ou encore de Cyana, les engins investissent le hall de la Gare Maritime Transatlantique, dans toute sa hauteur !

Le Pôle Sous-marin, consacré à l’aventure technologique et humaine autour de ces engins qui explorent les grandes profondeurs. Du Nautilus de Jules Verne à la station abyssale d’Henri-Germain Delauze en passant par le Nautile d’Ifremer. Le moment fort de la visite : la découverte du Redoutable, le plus grand sous-marin visitable au monde ! Des espaces de vie aux parties techniques, tout le quotidien des sous-mariniers y est décrit grâce à un audio-guide, suivez le commandant !

Le Pôle Océan : petits et grands s’émerveilleront devant l’Aquarium Abyssal le plus profond d’Europe ! Plus de 1000 poissons tropicaux plus colorés les uns que les autres évoluent dans une faille abyssale de 10,70 mètres de profondeur. Lors de sa visite, le visiteur découvrira également 16 autres bassins thématiques dont le bassin tactile.

« On a marché sous la mer » : Une aventure virtuelle à vivre en famille aux côtés du Capitaine Glass où les visiteurs sont les héros de leur propre aventure. Communication en plongée, confrontation au monde sombre des abysses, perte de l’équilibre… les visiteurs seront préparés avant d’embarquer pour un voyage sous la mer à la découverte d’oasis sous-marines et de créatures prodigieuses.

  • Combien de visiteurs réels en 2010 et 2011 ? combien de visiteurs web (visites, visiteurs, pages vues) en 2010 et 2011 ?

Visitorat : 195 000 visiteurs par an pour les années 2010 et 2011

Pour le web :
En 2010 : Visites: 118 625 / Visiteurs uniques: 94 441 / Pages vues: 717 311
En 2011 : Visites: 137 050 / Visiteurs uniques: 107 434 / Pages vues: 921 460

  • En 2011, vous avez lancé un audioguide avec commentaire subjectifs par deux personnages. Pourquoi ce choix ? qui a produit les contenus ? est ce une concession pour l’exploitation du matériel ? L’audioguide est vendu 3 euros, quel est son taux de prise ?

En février 2010 nous avons ouvert un nouveau parcours permanent – la Grande Galerie de Engins et des Hommes – dont l’objectif premier était de mettre en valeur et en situation des engins habités internationaux, rares équipements au monde capables de faire reculer l’accès des abysses à l’homme, en amenant à comprendre la technique mais surtout à ressentir l’émotion et l’aventure humaine qui leur sont associées.

Compte tenu de la taille parfois très imposante de ces engins (le bathyscaphe Archimède mesure  22 mètres le long pour 9 mètres de haut), ce nouveau parcours est intégré à la grande Nef d’Accueil de La Cité de la Mer, ancien hall des trains de la Gare Maritime Transatlantique de Cherbourg, lieu patrimonial aux dimensions hors normes (9 000 m², 20 mètres sous faîtière) et aux multiples fonctions (billetterie, restaurant, boutique, médiathèque, lieu d’exposition et de manifestation diverses). L’intérêt de l’audioguide ici était de mettre en lien de manière « intime » les visiteurs avec les engins, leurs inventeurs et les hommes qui ont plongé à leur bord au travers d’interviews et de témoignages exclusifs.

Les contenus de l’audioguide ont été fournis par La Cité de la Mer et produits par la société Comédiart. Le commentaire joué par deux comédiens permet de créer une dynamique au travers d’un jeu de question-réponse. Les audioguides ont été achetés et livrés en avril 2011. Les taux de panne étant relativement faibles, la maintenance s’effectue au cas par cas avec la société Comédiart. En période de forte affluence des publics (de juin à août), nous louons des audioguides supplémentaires qui permettent de compléter le parc d’audioguides dont nous sommes propriétaires.

Ce produit loué 3 € TTC l’unité (2 € TTC à partir de la location conjointe d’un deuxième audioguide) enregistre un taux de prise de 5%.

  • En dehors de l’expo titanic, avez-vous des dispositifs numériques in situ (bornes, table multitouch ) ? si oui avec quels contenus ?

Oui, l’ensemble du parcours de visite est équipé depuis l’ouverture en 2002 de bornes tactiles. Les simulateurs de pilotage de sous-marin en 3D temps rée  ont été par exemple réactualisés en 2007.

En 2008, nous avons ouvert un nouveau parcours ludique « On  a marché sous la Mer » basé sur la captation sous forme de chromakey avec insertion des visiteurs en temps réel.

  • Avez-vous des projets de développement en ligne (3D, réalité virtuelle ..) ?

Non, pas dans l’immédiat.

  • Avez-vous des projets en matière de mobilité  (application iphone / ipad, tablettes ….) ? 

La Cité de la Mer dispose déjà de sa propre application pour Iphone, androïds / Ipad. Gratuite, elle propose une présentation de ses espaces d’expositions (texte, photos et vidéos), des infos pratiques pour préparer sa vite (horaires, tarifs, plan de visite) et les actualités liées à La Cité de la Mer mais aussi au monde maritime en général. L’application propose aussi un jeu inédit créé par La Cité de la Mer : « Deep Helium Voice » qui permet aux utilisateurs de déformer leur voix, comme s’il subissait les effets des profondeurs en plongée (l’effet Donald Duck). Les données indiquées ont été validées par des professionnels de la Comex, en collaboration avec la médiathèque de La Cité de la Mer.

  • Le 10 avril 2012, 100 ans après l’escale du Titanic à Cherbourg, vous avez inauguré «Titanic, Retour à Cherbourg ». En quoi consiste ce nouvel espace d’exposition permanente de 2500 m2. Qu’y trouvera-t-on ?

Pendant plus d’une heure de découverte, les visiteurs se plongent dans l’histoire de l’émigration européenne vers le Nouveau Monde, dans la magnifique Salle des Bagages… Ils accèdent ensuite à l’espace consacré au Titanic en descendant le long de la coque reconstituée puis empruntent les coursives et vont à la rencontre des passagers et de l’équipage. Grâce à des techniques cinématographiques surprenantes comme le théâtre optique et des témoignages authentiques, petits et grands revivent la traversée Cherbourg – Queenstown – Atlantique Nord jusqu’au naufrage.

  • Quelle est la place des technologies numériques dans ce nouvel espace qui démarre par les murs dynamiques du « parcours d’émigrants » et de la salle des bagages. En quoi cela consiste t il ? la technologie vient elle compenser l’absence de collection ?

Les technologies numériques ne sont pas omniprésentes dans cet espace. Elles font part égales avec des technologies plus anciennes comme par exemple celle du théâtre optique, technique muséographique brevetée à la fin du 19e siècle et qui bénéficie ici des dernières avancées techniques. Les technologies numériques sont utilisées ici à bon escient et sont au service du contenu et des visiteurs. Ce sont les objectifs scénographiques et muséographiques du projet qui nous ont amenés à choisir certaines technologies numériques et non l’inverse.

  • Quel rôle joue la technologie kinect ?

La technologie Kinect est utilisée dans la Salle des Bagages, espace de 1 100 m² de style Art déco construit dans les années 1930. Son rôle est double : la mise en place d’un dispositif muséographique léger qui permet de naviguer dans le contenu sans dénaturer les lieux et faire bénéficier les visiteurs d’une interface homme machine simple et intuitive ayant fait ses preuves (Xbox).

  • Dans l’espace titanic, vous avez opté pour une scénographie immersive. Pouvez vous nous décrire ce voyage et en quoi les technologies permettent de le rendre encore plus réel ?

La scénographie immersive de l’espace Titanic est un tout : c’est une scénographie suggestive qui passe par la mise en place de décors réels et de reconstituions venus des techniques théâtrales, une ambiance sonore spatialisée associée à des modélisations en images de synthèse. L’objectif – au travers de la combinaison de l’ensemble de ces dispositifs – est de récréer l’ambiance à bord du Titanic : dédales de coursives comme sur un vrai paquebot, une vue panoramique de l’horizon depuis le pont des embarcations, les ambiances sonores différentes en fonctions des classes, depuis les espaces feutrés de 1re classe jusqu’au centre de tri postal situé sur le pont des 3e classes,… Les films de fiction, basés sur des faits historiques apportent un regard intime – mais sans voyeurisme – sur les conditions de vie des passagers présents à bord de ce paquebot mythique entre le 10 avril 1912, date de l’escale à Cherbourg – et la nuit du naufrage, 5 jours plus tard.

  • Avec le dispositif Horizon, projetés sur un écran de 24 mètres de long, le visiteur va revivre la tragédie minute par minute. C’est un outil unique ? décrivez le nous ?

Avec une vision de l’horizon à 180°, les visiteurs se retrouvent sur le pont du Titanic et peuvent jouir du panorama entre le 10 avril 1912 18h35 – heure d’escale du Titanic à Cherbourg – et le 15 avril 2h20, heure à laquelle le paquebot disparait définitivement dans les flots glacés de l’Atlantique Nord. Ces 5 jours de traversée sont compressés sur time line de 30 minutes. Tout au long de ces 5 jours qui s’égrènent et du paysage qui défile, des témoignages de passagers viennent agrémenter l’horizon, au fil des minutes les messages de glace font leur apparition, puis les fusées de détresse et enfin les SOS…

La projection de 24 mètres de long est basée sur un système Watchout pour gérer le recouvrement et la diffusion avec 4 vidéoprojecteurs 8000 Lumens.

Des déclinaisons de ce film en image de synthèse sont installées dans toutes les coursives reconstituées du paquebot, permettant d’avoir une vision à bâbord, à tribord et depuis l’arrière du bateau, rythmant toute l’exposition sur cette base line de 30 minutes, depuis l’escale à Cherbourg jusqu’au moment naufrage. Le visiteur peut ainsi savoir à chaque instant de sa visite à quelle date et à quel moment de la traversée il se trouve. L’ensemble des dispositifs de l’exposition – sound design, jeux de lumière, films, commentaires sonores… suivent d’ailleurs ce rythme et basculent du mode « traversée » au mode « naufrage » en passant bien évidement par le moment très intense de la collision avec l’iceberg.

  • Comment peut on concilier pédagogie, attractivité et respect de la vérité ?

C’est en effet une équation complexe que nous nous efforçons de résoudre pour toutes nos expositions mais c’est une exigence capitale, gage de notre crédibilité et de notre attractivité, quels que soient les publics.

Elle est le fruit d’un échange constant et permanent entre toutes les équipes, dialogue qui a été particulièrement fructueux, nous semble t-il, pour ce nouveau parcours. Le sujet était pourtant difficile et délicat, à la fois sur le plan historique et technique car le Titanic a généré et génère toujours de nombreux écrits contradictoires – voire affabulatoires – dont il a fallu s’extraire ; et sur le plan humain où l’émotion dans l’exposition devrait transparaitre sans toutefois tomber dans le voyeurisme et le mauvais goût. Des sujets multiples et variés sont traités dans l’exposition : navigation maritime, dispositifs de sécurité, architecture et décoration intérieure, classes sociales, émigration, … mais tout ce contenu disparait presque ! Son intégration est discrète car elle est déployée dans des dispositifs muséographiques et scénographiques adaptés : c’est toute la force de ce projet où le visiteur peut en effet apprendre beaucoup de choses sans s’en rendre compte. L’équilibre entre pédagogie, attractivité et respect de la vérité est donc réussi !

  • Le parcours de la scénographe Clémence Farrell, notamment dans le cinéma, explique le rôle majeur joué par l’image et l’audiovisuel dans ce nouvel espace ?

Clémence Farrell a su conjuguer toutes ses expériences et ses compétences pour ce projet : scénographie, aménagements d’espaces, spectacle vivant, décor et design de films. Elle a en effet une grande maîtrise de l’image et du dessin et collabore souvent avec des artistes plasticiens, des metteurs en scène, des musiciens et ou designers.

  • Comment avez-vous développé ces nouveaux outils technologiques ? Des partenariats avec des industriels ou des développeurs ? Des demandes ou commandes du scénographe ?

Aux côtés de la scénographe qui a fixé les axes et principes artistiques, les équipes du projet ont pu proposer des technologies et des solutions répondant aux contraintes de contenus, d’exploitation et d’esthétique dans le cadre administratif des marchés publics.

  • L’espace Titanic se prolonge par un livre événement. C’est la première fois que la Cité devient éditeur ? Pourquoi ne pas avoir fait une application ipad ou un ealbum ?

Même si La Cité de la Mer a édité plusieurs ouvrages depuis 2003, elle n’est pas ici l’éditeur mais a collaboré à la réédition du livre « Titanic, l’histoire, le mystère, la tragédie ». En effet, une vingtaine de page ont été rajoutées pour détailler toute l’escale cherbourgeoise en intégrant un témoignage inédit : celui d’un élève de l’école normale, habitant Equeurdreville-Hainneville (commune située à l’Ouest de Cherbourg), qui a pu, le 10 avril 1912 monter à bord du Titanic lors de son passage. Il en a écrit un magnifique récit qui figure dans ce livre, un témoignage retrouvé il y a seulement quelques mois, dans les archives familiales.

  • Le nouvel espace Titanic a aussi son site web spécifique, www.cherbourg-titanic.com. Qu’y trouve t on ?

Sur ce site, l’internaute peut tout découvrir sur :
–        L’histoire du port de Cherbourg et de ses gares maritimes : pourquoi le Titanic a-t-il fait escale à Cherbourg ?
–        L’émigration, le départ vers les Amériques de millions d’émigrants, depuis Cherbourg
–       Le Titanic : le bateau, l’équipage, l’escale cherbourgeoises (les passagers embarqués, le déroulement de l’escale, les transbordeurs…)
–        Cherbourg et La Cité de la Mer
–        L’exposition « Titanic, retour à Cherbourg »

Les données s’appuient sur les recherches, menées par les équipes de La Cité de la Mer et de l’Association Française du Titanic. Chaque article présente dans la mesure du possible des photos et vidéos associées. Le but de ce site est de proposer des données vérifiées sur Cherbourg, son histoire maritime et la fameuse escale du Titanic ; il donne envie à l’internaute de venir voir notre exposition et Cherbourg ; ou au contraire permet d’aller plus loin dans la découverte de ces nombreux thèmes…

Interview réalisée par Pierre Yves Lochon (mai 2012)

A lire sur le site du CLIC France : 

11.04.2012 – 100 ans après, le Titanic refait surface dans les anglais, irlandais et français

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