La Galerie numérique est un projet, initié en 2013, qui se décline sur différents lieux patrimoniaux et sur le web. Ce projet vise à renforcer l’attractivité des lieux patrimoniaux par une offre originale et à créer une identité partagée par ces lieux à l’échelle du territoire. Le CLIC France a posé quelques questions à Anne Pasquet, animatrice de l’architecture et du patrimoine de la ville d’Autun, et l’une des initiatrices de ce projet.

Anne Pasquet

Comment est né ce projet ? 

Le projet de Galerie Numérique® est né dans le Morvan, sous l’égide du Parc Naturel Régional en 2010, qui a porté la première étude de définition. Les onze sites patrimoniaux concernés avaient un objectif simple, mettre en valeur chacun des sites par une offre culturelle originale faisant appel au numérique et créer une identité commune valorisant l’image du territoire.

A cette occasion, onze fiches-projets ont été préparées et chiffrées, ainsi que les prémices de la vitrine commune à concrétiser dans un second temps.

En 2013, les premiers portraits de Galerie Numérique® sont dévoilés au public (musée Rolin d’Autun, musée de Bibracte), les ouvertures se sont succédées jusqu’à aujourd’hui (musée de la Résistance et maison des Hommes et des Paysages à Saint-Brisson en 2014, musée des nourrices et des enfants de l’Assistance publique et Mémorial de Dun les Places en 2016) et d’autres sont encore en préparation (musée Pompon à Saulieu, musée du costume et musée du septennat à Château-Chinon…). En 2014, l’abbaye de Cluny rejoint le réseau. En effet, le site avait mis en place des dispositifs au sein des parcours de visite depuis déjà quelques années.

Quel est l’objectif de cette démarche collective ?

En 2015, le collectif de sites décide de se doter d’une identité commune avec la création d’un site internet vitrine, la création d’une identité graphique et le dépôt de la marque Galerie Numérique®. Au-delà de la présentation des sites et de leurs dispositifs respectifs, le site internet contribue à mettre en valeur l’ensemble des ressources du territoire et notamment humaines (gestionnaires de sites, chercheurs, entrepreneurs…), avec comme fil conducteur le numérique au service de la connaissance et de la mise en valeur des patrimoines.

Qui finance les dispositifs in situ ?

A la suite de l’étude préalable, chaque site s’est emparé de son projet en devenant le porteur unique pour sa réalisation. Le financement de chaque dispositif est le reflet du travail mené dans chacune des équipes opérationnelles. Les financements émanent donc de très nombreux partenaires : Europe, Etat (notamment le Ministère de la Culture te de la Communication), la Région, les départements, les communautés de communes, les sites eux-mêmes.

Qui a financé le site web vitrine ?

Le financement du site web résulte de la participation de chacun des partenaires et d’appels à projet auxquels les sites patrimoniaux ont répondu de manière collégiale (Région, département de Saône et Loire).

site internet

Quelles sont les principales tendances des dispositifs in situ déjà déployés ? Existe-t-il de grandes différences d’approche pour faire entrer les outils numériques dans les différents musées partenaires ?

La principale tendance qui a motivé la réalisation de ces dispositifs est le respect de la singularité de chacun des lieux et des patrimoines qui sont mis en valeur. En effet, le collectif rassemble des lieux aussi bien urbains que ruraux, des musées, des centres d’interprétation et propose une découverte de patrimoines bâtis, de sites archéologiques, de lieux de mémoire…

L’approche est à chaque fois individualisée offrant ainsi aux publics des expériences de visite adaptées et toujours renouvelées. Des expériences qui souhaitent préserver l’émotion du visiteur devant l’œuvre et son interprétation numérique. Le collectif essaie d’aborder ces technologies en gardant à l’esprit de se préserver du risque de banalisation de la visite.

L’envie de ‘classer’ les dispositifs est tentante et périlleuse.

Les réalisations mettent à disposition des publics des objets patrimoniaux qui ne pourraient pas être diffusés sous une autre forme, soit par leur fragilité (archives), leur nombre important (documentation archéologique), soit parce qu’ils sont détruits ou difficiles d’accès.

Sur site, les formes varient en fonction du lieu.

A Bibracte, le visiteur devient l’acteur se son propre chantier d’exploration. Il chemine sur un plan des vestiges intégré au sol du musée, chacun peut avoir accès aux données collectées par les archéologues depuis 150 ans.

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A la maison des Hommes et des Paysages de Saint-Brisson, le visiteur est plongé dans le paysage du Morvan, par un écran immersif semi-circulaire qui projette les vues actuelles. La sélection fait apparaitre des zones, qui racontent par des images d’archives des scènes de la vie locale, un regard poétique sur la vie des hommes et des femmes du Morvan.

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L’évocation de la vie locale se traduit au musée des Nourrices et des enfants de l’Assistance publique à Alligny en Morvan, par un montage d’archives sonores et visuelles, invitant le visiteur au milieu d’un repas de famille.

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L’association d’images actuelles, d’archives sonores et visuelles trouve d’autres formes au musée de la Résistance de Saint-Brisson et au Mémorial de Dun les Places. Non interactifs, les dispositifs plongent le visiteur dans l’histoire des lieux. A Dun les Places, les habitants du village racontent leurs souvenirs 60 ans après, et les trois journées qui font de Dun un village martyr. Au musée de la Résistance, la vie quotidienne des maquis est mise en perspective avec le contexte national. De la petite à la grande histoire, hommes et femmes se racontent leur vie de maquisards.

Musée de la Résistance à Saint-Brisson

Le patrimoine monumental de l’époque romane est un des traits communs entre Autun et Cluny, qui orientent les dispositifs sur la compréhension et l’interprétation de ces œuvres, deux plongées au cœur d’édifices. Très largement détruite, le film en relief permet une déambulation dans la grande église, la Maïor Ecclesia. A Autun, on s’intéresse au tympan du Jugement dernier, on décrypte cette page ‘illustrée’, son histoire, son iconographie…

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L’objectif de ce projet est de renforcer l’attractivité des lieux patrimoniaux. L’objectif vous semble-t-il atteint ?

L’attractivité et la visibilité des lieux patrimoniaux se sont trouvées confortés sous cette bannière commune. C’est, par ailleurs, une clé d’entrée permettant de mettre en place une promotion touristique, une image, valorisante pour l’ensemble du territoire.

Quelle sera la suite du projet ?

Suite à la présentation du projet Galerie Numérique® à l’ensemble des acteurs régionaux, élus, services de l’Etat, acteurs du patrimoine et du tourisme…, il nous a paru indispensable de mener une concertation sur le périmètre de la Région, afin de recenser les besoins, les projets finalisés, en cours et en gestation sur le territoire. Les résultats de cette enquête, aideront le collectif à penser les suites du projet sur le long terme.

Etudiez-vous l’impact des outils développés ?

Actuellement chaque site évalue ses dispositifs de manière ‘individuelle’, même nous avons essayé de garder un fil conducteur commun. Il est possible d’avancer que les impacts sont très positifs pour les sites. Quantitativement, nous percevons une hausse sensible des visiteurs attirés par le dispositif. Qualitativement, l’expérience numérique augmente sensiblement la durée de séjour sur les sites et les retours vers les œuvres originales sont quasi-systématiques. L’éclairage apporté par le dispositif numérique aide à regarder les sites avec un œil plus ‘averti’.

Suite à la première étape, envisagez-vous de développer ensemble de nouveaux outils in situ mutualisés ?

Les réflexions autour des usages des outils numériques au service des patrimoines font toujours partie de nos préoccupations communes.

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Quels sont les projets numériques programmés en 2017 sur les différents sites de la région ?

Je ne peux pas parler pour chacun mais je sais que Cluny actualise les bornes en réalité augmentée qui jalonnent le parcours de visite de l’abbaye.

De notre côté, à Autun, nous allons lancer un nouveau programme pour 2017, avec l’aménagement d’un espace de découverte du territoire, baptisé Destination Autun, situé dans l’environnement immédiat de la cathédrale Saint-Lazare. Ce lieu, qui ouvrira en juin prochain, met en valeur les patrimoines et a une ouverture touristique. Deux outils sont en cours de développement : une maquette qui évoquera l’évolution urbaine d’Autun, de la ville antique à aujourd’hui, et un programmateur de parcours touristiques. Chaque visiteur pourra ainsi sélectionner ses points d’intérêt, avoir des informations culturelles, pratiques et générer son parcours de visite, qui pourra être enregistré sur un support mobile (téléphone, tablette). Le réseau de sites Galerie Numérique® trouvera naturellement sa place au sein de ce dispositif.

Propos recueillis par mail le 24/01/2017

Photos : (c) Galerie Numérique®

 La ville d’Autun est membre du CLIC France

Date de première publication: 27/01/2017

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