Lancement du site Images d’Art, environnement numérique de l’exposition Picasso et des autres expositions d’automne, coopération numérique avec le Palais des Beaux Arts de Lille, co-productions d’expositions, futurs événements…Roei Amit, directeur du numérique à la Réunion des Musées Nationaux – Grand Palais revient pour le Clic sur la rentrée chargée de la RMN-GP.

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. Le site Images d’art a été lancé le 14 octobre. Quel premier bilan pouvez-vous en tirer ?

La plateforme a été lancée le 14 octobre 2015 par la Ministre de la Culture et de la Communication depuis la médiathèque d’Universcience, avec une classe d’enfants ayant pu tester le site en avant-première – ils en étaient ravis. Ce lancement a également eu lieu conjointement depuis cinq musées : Dijon, Rennes, Abbeville, Creil et Auch, en régions et en outremer – Mémorial ACTe à Pointe à Pitre.

Les retours de nos partenaires musées, nationaux et territoriaux, sont enthousiastes.

La presse a fait de nombreuses annonces, et un passage sur France Inter le matin, puis sur France 2 (Télématin) le lendemain, nous ont valu un bon démarrage de l’audience du site. Près de 90.000 « pages » ont été vues lors de la première journée. La première semaine a rassemblé plus de 42.000 visiteurs qui ont vu plus de 323.000 pages, représentant une moyenne de pages par visiteur très encourageante, avec un temps de visite de 4mn30. Ceci est très long comparé à d’autres sites – pour comparaison grandpalais.fr est autour de 3mn – et s’approche du site professionnel photo.rmn.fr qui est de 5mn40, même si les usages sont très différents ; plus de 3.000 personnes ont déjà créé leur compte.

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. Le lancement du site a suscité des points de vue critiques, notamment sur les conditions restrictives de son utilisation, la taille des images proposées et le nombre d’œuvres mises en ligne inférieur à l’offre du portail. Que répondez-vous à ces observations ?

Les retombées presse dans leur large majorité sont très positives, même si deux types de critiques se font jour :

- Les premières, portées par la Tribune des arts, développent une position conservatrice, assez élitiste, en réfutant l’usage grand public et en privilégiant l’usage spécialisé des amateurs avertis. Les différents types d’usages et interfaces ne sont en rien contradictoires, mais bien complémentaires: images d’art est une plateforme qui vise le grand public dans une démarche de découverte, et pas forcément dans une recherche précisément définie à l’avance.

- Le second type de critiques est porté par des blogs du type medium.com/@symac, relayé par les partisans de l’Open Data, qui déplorent le manque de définition des images et les conditions d’utilisation trop restrictives.

Sur notre blog, nous rappelons que les internautes peuvent réutiliser les images de la manière qui leur plaira, pour toute utilisation non commerciale. Les images en haute définition sont disponibles à la vente sur le site photo de la RMN car le modèle économique voulu par les pouvoirs publics nous impose de financer une partie de nos missions de numérisation, conservation et diffusion par les recettes commerciales. La définition proposée aujourd’hui sur le site Images d’Art est de bonne qualité web ; elle pourrait aussi évoluer dans le futur selon les évolutions techniques et celles des usages.

« Nos actions sur les réseaux sociaux ont franchi une nouvelle étape avec un appel à la création poétique autour de dix œuvres de Fragonard en collaboration avec le site créatif We Love Words« 

La rentrée de la RMN-GP s’est faite sur les chapeaux de roues avec les expos Fragonard, Vigée le Brun, Joie de Vivre (à Lille) et Picasso. Des expositions ambitieuses et aux dispositifs numériques riches et innovants. Parmi ces outils, quels sont ceux qui vous ont le plus séduit ou qui fonctionnent le mieux avec le public ?

Nous développons des outils numériques à 360° pour attirer les publics et s’engager avec eux avant, pendant, et après leur visite avec des dispositifs à géométrie variable pour chaque exposition répondant aux besoins et souhaits exprimés par nos partenaires.

Nos actions sur les réseaux sociaux ont franchi une nouvelle étape avec un appel à la création poétique autour de dix œuvres de Fragonard en collaboration avec le site créatif We Love Words. Un eBook sera édité en décembre avec les poèmes choisis ; près de 200 contributions poétiques ont déjà été enregistrées.

Sur un autre registre, notre jeu « Picasso pas Picasso » qui vous aide à reconnaître les œuvres du 20ème siècle tout en testant votre niveau de Picasso Mania, connaît un succès important depuis 2 semaines ; il est conçu pour des usages nomades et ludiques tout en apportant sa part de pédagogie et de viralité.

Pouvez-vous faire un premier bilan du Mooc Picasso ? Avez-vous d’autres Mooc en projet ?

Le Mooc a débuté le lundi 12 octobre 2015 et va durer tout le temps de l’exposition, jusqu’à la fin février ; Dès la première semaine, plus de 11.000 personnes s’étaient déjà inscrites, dont plus de la moitié très actives et accumulant des badges. Le nouveau profil de « Mooceur ultra-rapide » a vu le jour et une quarantaine de personnes a déjà pu valider l’ensemble du parcours. Mais il ne faut pas trop se précipiter, l’animation du Mooc va accompagner les apprenants jusqu’à la fin du mois de février.

Nous aurons également plusieurs soirées de rencontres à l’auditorium du Grand Palais en janvier et février autour de ce sujet (18 janvier 2016 : Débat : « l’art peut-il se dématérialiser ? » dans le cycle les lundis du Grand Palais et 17 février 2016 : Table ronde « l’avenir des MOOC culturels » animée par Christine Vaufrey).

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Les retours sont très positifs, à la fois sur la qualité du contenu et sur l’animation. Nous avons pu ajouter des analyses d’œuvres et enrichir avec des images comparatives, ainsi qu’il nous avait été demandé lors du précédent Mooc. Nous réitérons les tâches créatives des apprenants car elles étaient beaucoup appréciées. La participation telle que reflétée par le fil Twitter #MoocPicasso est très soutenue (près de 12K tweets à date). C’est un partenariat très réussi et donc renouvelé avec Orange.

La Rmn-GP poursuivra son engagement dans ce domaine pour étoffer ses dispositifs pédagogiques, comme par exemple la refonte complète du site Histoire par l’Image, prévue pour début 2016.

« Dans tous les cas d’exploitation, nous collaborons avec l’ADAGP avec laquelle nous avons par ailleurs signé à l’occasion du lancement du site images-art.fr un contrat inédit »

L’expo Picasso est particulièrement riche en outils et productions numériques (lunettes Google, Mooc, applications adultes et jeunesse, mur d’images, installation vidéo-montage Star Système, etc.). Comment avez-vous développé tous ces outils dans le respect des droits des auteurs et des œuvres, le plus souvent hors domaine publique ou sous « contrôle » des successions des artistes ? Les ayant droit ou leur représentant jouent ils le jeu de l’expérimentation numérique ?

Chaque production, qu’elle soit in-situ ou en ligne, donne lieu à une analyse et une gestion des droits approfondies. Pour cette exposition, nous avons l’accompagnement bienveillant de la Picasso Administration, qui siège notamment au conseil scientifique du Mooc. Par ailleurs, Diana Widmaier-Picasso, l’une des co-commissaires de l’exposition, a produit le mur d’images avec les interviews des artistes contemporains. Dans tous les cas d’exploitation, nous collaborons avec l’ADAGP avec laquelle nous avons par ailleurs signé à l’occasion du lancement du site images-art.fr un contrat inédit pour la publication des images sur le web et leur partage sur les réseaux sociaux.

Après l’expo Velasquez, vous proposez à nouveau une expérience de visite de l’expo Picasso avec lunettes Google. Quel bilan avez-vous tiré de l’expérience Vélasquez ? quel est le retour des visiteurs ? Quels changements avez-vous apporté pour l’expo Picasso ?

L’expérience Lunettes connectées a attiré près de mille personnes la saison dernière et nous avons décidé avec notre partenaire Acoustiguide de la prolonger pour aller plus loin et élargir notre échantillon d’étude de ce nouvel outil de médiation portée.

Grâce au système d’exploitation de la start-up franco-américaine GuidiGo, nous avons pu profiter de cette nouvelle expérience et implémenter certaines améliorations, surtout concernant l’écriture multimédia des commentaires et leur format – pour mieux accompagner l’œil du visiteur – et l’ergonomie fonctionnelle, notamment pour mieux reconnaître les œuvres. Certaines caractéristiques dépendent du modèle actuel des lunettes qui est encore un prototype sur lequel nous n’avons pas la main (durée de batterie et un certain réchauffement de l’appareil notamment).

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La pérennité de ces nouveaux outils de médiation portée nous semble acquise car ils offrent une autre expérience de visite – les mains libres et la tête haute – et une richesse de contenu complémentaire. La nouvelle génération de lunettes qui arrivera sûrement dans un futur proche va enrichir la gamme des offres qu’une institution culturelle pourrait faire à ses différents publics, pour répondre au mieux à leurs usages.

. Après les lunettes connectées, envisagez-vous d’explorer les visites avec lunettes immersives ? Ou bien d’autres formes d’immersion très en vogues dans les musées et lieux de patrimoine ?

L’immersion totale n’est pas adaptée aux visites réelles des expositions où l’expérience de l’espace et la rencontre avec les œuvres sont essentielles. En revanche, la complémentarité de l’information, de l’interaction et de l’engagement par le biais numérique sera de plus en plus présente et nous suivons ces évolutions attentivement.

La RMN coproduit l’exposition « Joie de vivre » avec le Palais des Beaux Arts de Lille. Comment avez-vous travaillé ensemble sur les outils numériques ?

capture_decran_2015-07-20_a_12.09.58La Rmn-GP est le premier opérateur culturel en France ; nous produisons des expositions qui peuvent être accompagnées par des dispositifs numériques. Tel est le cas pour l’exposition « Joie de vivre », pour laquelle nous avons développé une application d’aide à la visite ainsi que plusieurs vidéos en ligne. Dans ce cas, nous travaillons bien évidemment main dans la main avec les différents départements du musée pour leur offrir nos services en étant au plus près de leurs besoins.

Une partie de ces développements est aujourd’hui rendue possible grâce à nos outils génériques, tels que l’usine à sites et l’usine des applications mobiles. Nous mettons en place d’autres actions de synergie et de mutualisation comme celle de la numérisation des chefs d’œuvres des musées – France Collection HD et notamment la 3D ; la Réunion des musées nationaux – Grand Palais prend ainsi le sens complet de ses missions où le numérique occupe une place importante.

« Pour l’exposition Lucien Clergue, nous allons proposer un livre d’or numérique à la sortie de l’exposition afin de renouveler notre rapport avec le public »

L’exposition  Lucien Clergue qui démarre le 15 novembre offrira-t-elle de nouvelles expériences numériques ?

Au-delà de nos outils de médiation : application d’aide à la visite, e-catalogue, vidéo et web, nous allons proposer avec la société Guestviews un livre d’or numérique à la sortie de l’exposition pour renouveler notre rapport avec un public désirant laisser une trace et s’exprimer sur le lieu de l’exposition, mais aussi en ligne. Ceci en plus des commentaires personnels que les publics laissent sur les réseaux sociaux et que nous valorisons sur les écrans du Grand Palais (Twitter et Instagram) ; il s’agit ici d’une interface spécifiquement dédiée.

La saison prochaine va également être très riche, notamment avec notre exposition « Carambolages », dont le commissaire est Jean Hubert Martin, et pour laquelle nous allons développer un outil numérique pour faire l’expérience de l’art d’une manière renouvelée comme le proposera l’exposition elle-même. L’application web qui sera, d’une part branchée à l’API images d’art, et d’autre part à l’exposition physique au Grand Palais, est en cours de développement.

Par ailleurs, il s’agit d’une saison très internationale avec les expositions « Amadeo de Souza Cardoso », « Seydou Keïta » mais également Monumenta de Huang Yong Ping ; elle nous permettra à nouveau d’évoluer avec nos publics en leur proposant des outils de médiation numérique engageante.

Propos recueillis par mail le 28/10/2015

Date de première publication: 29/10/2015

Clic-separateur EVENEMENT CLIC

Le mardi 2 février 2016 (10h-11h30), le Clic France propose à ses membres une visite de l’exposition Picasso avec démonstration des lunettes connectées Google, actuellement mises à disposition des visiteurs de l’exposition.

20 places disponibles réservées aux membres ; inscription obligatoire sur ateliers@club-innovation-culture.fr

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