Rassembler et présenter au public mondial l’ensemble des collections nationales britanniques de peintures à l’huile et leur histoire, est l’objectif de la plateforme web « Your Paintings » co-développé par l’association PCF (Public Catalogue Foundation) et le diffuseur public BBC.

Partant de l’estimation que près de 80 % des 210 000 peintures à l’huile des collections britanniques du domaine public ne sont pas accessibles au public (parce que maintenues en réserves, faute d’espace, de personnel de surveillance ou de restauration), 100 limiers mandatés par les deux partenaires ont visité pendant 10 ans, tous les lieux britanniques détenteurs d’oeuvres, c’est à dire les musées et monuments mais également des mairies, universités, édifices communaux, bibliothèques, hôpitaux, commissariats, casernes de pompier et même un zoo.  172 181 œuvres ont déjà été photographiées et mises en ligne en octobre 2012.

Ils ont même visité un zoo, un phare et des écoles d’art, retrouvant notamment des oeuvres de jeunesse de grands noms de la peinture britannique qui les avaient fréquentées, comme David Hockney. Dans un hôpital londonien, ils ont déniché un Véronèse. Dans un abri atomique construit pendant la guerre froide, une oeuvre de James Abott Whistler, entreposée par la collectivité locale est revenue à la surface.

«Le Royaume-Uni possède une très importante collection de toiles, mais 80% ne sont pas exposées. Elles sont entreposées dans des musées» qui n’ont pas suffisamment d’espace pour tout exposer «ou des bâtiments publics et les gens n’y ont pas accès», relève Andy Ellis, le directeur de PCF«Et les deux tiers, probablement, n’avaient même jamais été photographiés».

210 000 peintures issues des collections publiques britanniques en ligne avant fin 2012

La constitution de cette collection numérique s’est concentrée sur les peintures à l’huile, l’acrylique et la tempera (des pigments liés par du jaune d’oeuf, une technique ancienne). D’ici la fin de cette année 2012, la PCF et la BBC comptent numériser la totalité des 210 000 peintures à l’huile britanniques et ainsi constituer le plus grand musée virtuel de la planète. Par comparaison, la National Gallery de Londres possède 2 300 peintures à l’huile et le Rijkmuseum vient d’annoncer la mise en ligne sur son site de 125 000 oeuvres.

Les oeuvres déjà proposées sur le site « Your  Paintings » ont été créées par plus de 45 000 artistes, parmi lesquels les peintres mondialement connus des 700 dernières années (comme Van Gogh, Raphaël, Veronese ou Monet) et des milliers d’artistes moins connus.

Un budget de 7,5 millions d’euros

Ce projet unique au monde a nécéssité un investissement de 7,5 millions d’euros (6 millions de livres sterling), majoritairement financée par des dons privés.

Chaque oeuvre numérisée et mise en ligne fait l’objet d’une documentation et d’informations précises: titre, technique, dimensions, propriétaire, localisation de la peinture, mode d’acquisition. Et chaque oeuvre de la collection peut faire l’objet d’une impression.

«C’est un projet démocratique qui inclut toutes les oeuvres quels que soient leur qualité ou leur état de conservation pour permettre aux gens de voir l’intégralité de cette collection. Il leur appartient de décider ce qu’ils aiment ou pas», souligne Andy Ellis. «Je ne crois pas qu’il y ait l’équivalent ailleurs dans le monde».

« Art Detective »

 

« Your Paintings » se veut également un projet collaboratif et communautaire. Environ 10% des oeuvres numérisées sont partiellement ou pas du tout renseignées. Et beaucoup de modèles de portraits sont inconnus. Les initiateurs du projet invitent donc le public à compléter les informations sur une peinture en remplissant un formulaire. Cet « Appel au tag » s’apparente à une mission de détective confiée aux visiteurs mais également à des experts. A ce jour, plus de 25 000 photos sont taguées, par environ 7 600 taggers et plus de 2.7 millions de tags.

Andy Ellis, un ancien financier de la City qui s’est pris de passion pour l’art, pense déjà à la prochaine étape: élargir le projet à la sculpture.

«C’est la concrétisation la plus aboutie du rêve de Malraux», note le directeur de l’Académie royale des arts britannique, Charles Saumarez Smith, dans un commentaire posté sur «Your Paintings».

L’écrivain André Malraux avait imaginé «Un musée sans murs», à inventer grâce à la magie de la photographie.

En héritière de cette ambition, la France ne devrait-elle pas (re)prendre une telle initiative ?