Léo Caillard, jeune photographe français, explique sa passion pour les musées et pourquoi des oeuvres du Musée du Louvre ont inspiré ses créations photographiques.

Images 1 : « Blaise Pascal tenant l’ipad »

Pouvez-vous vous présenter ? 

Je m’appelle Léo Caillard, j’ai 27 ans, né en 1985 à Paris. Apres un Bac scientifique, en route vers des études de physique, c’est finalement ma passion pour la photo qui a pris le pas.

Mon intérêt pour « l’espace –temps » s’exprime finalement en image. J’ai eu la chance d’intégrer l’école photo des Gobelins, une bonne formation, très technique, qui m’a permis d’en sortir des idées plein la tête en 2008. Un an à l’étranger, aux USA, en 2009 et de retour sur Paris avec mes premières séries créatives fin 2009.

(série « Wild in museum »)

Pourquoi une telle passion, pour la relation espace-temps ?

En effet ! Très juste, je ne m’attendais pas à voir la question formulée comme je conçois la photographie : Un rapport à l’espace – temps. L’image questionne l’instant présent en se jouant du temps qui passe. C’était déjà le cas en photo « traditionnelle » Roland Barthes à d’ailleurs écrit un formidable ouvrage, la chambre Claire, sur le sujet.

En photo « contemporaine » les outils numériques offre de multiples possibilités. Pour ma part je reste toujours concentré sur cet « espace-temps », utilisant le photo montage pour mélanger des éléments de différentes époques et questionner ainsi notre société moderne.

Beaucoup de vos photos portent ou sont prises dans des musées. Pourquoi un tel intérêt ?

Le musée est le Bastion de la mémoire artistique, il témoigne du temps qui passe et des différentes époques de l’humanité au travers des chefs– d’œuvres des grands maîtres de ces temps passés.

Quoi de mieux que le musée comme trame de fond pour parler de notre époque ? De plus, la ville de Paris nous offre le plus beau d’entre tous : Le Louvre.

(série « Art Game »)

Vous avez eu des difficultés à réaliser ces photos dans les musées ?

Oui je dois l’admettre. le monde qui passe, le lieu Public, le respect qui s’impose dans un endroit comme celui-ci. Toutes ces contraintes sont toutefois des plus utiles, elles m’aident à me concentrer sur l’essentiel : le message. Sans me laisser l’opportunité de me perdre dans l’abondance des images possibles. « Less is More » , c’est aussi vrai en photographie.

Vos photos sont très travaillées et très technologiques. C’est un parti pris ?

Entièrement. J’utilise les techniques actuelles car je parle de notre monde aujourd’hui « numérisé ». Mon propos tout comme la forme de mon travail se doivent d’être cohérents.

Quel message voulez vous faire passer dans votre série sur le Louvre et les musées ?

Le fait que l’outil numérique est bien plus qu’un simple accessoire de notre quotidien. C’est un véritable changement sociétal. Tout comme l’imprimerie quelques siècles auparavant. Incroyable ouverture vers le partage du savoir, c’est aussi le risque du vide par l’excès. Que restera t’il de ces millions de méga octets d’informations numériques dans 100 ans ? 1000 ans ? La rapidité du partage de l’information ne règle pas la question de la conservation du savoir, du choix de ce qui devra être gardé et de ce qui ne résistera pas au passage du temps.

Vous allez poursuivre ? dans quel musée rêveriez vous de travailler ?

J’aimerais poursuivre cette approche dans de nombreux musées du monde. Au jour d’aujourd’hui, c’est compliqué car je débute ma carrière et ces travaux sont longs et laborieux à réaliser.J’espère obtenir le soutien d’organismes culturels qui pourront de la sorte me permettre de continuer cette recherche créative que j’entreprend aujourd’hui.

Avez-vous déjà / voudriez vous exposer vos photos dans un musée ?

Pas encore mais j’en rêverais.

Avez vous été influencé par certains artistes ou photographes en particulier ?

J’ai de nombreuses influences, c’est toujours tres important de se nourrir de références. Toutefois cette série sur les musées ne s’inspire pas d’un travail antérieur. J’ai essayé de travailler de la manière la plus novatrice possible.

Vous êtes un geek ?

Ahah, amusante question ! Oui je dois bien admettre que cette culture numérique fait partie d’une grande part de mon influence. Né en 85, je baigne dedans depuis mon plus jeune âge.

Vous aimez visiter les musées ? si oui lesquels ? votre musée préféré ? en France ? à l’étranger ?

J’adore visiter les musées en effet. iI ne se passe pas une semaine sans que je fasse une exposition ou visite d’un nouveau musée. Je ne peux dire lequel je préfère, tant de belles œuvres existent de part le monde. J’ai tout de même un petit faible pour la richesse de la collection du Louvre. J’ai eu l’occasion de visiter la quasi totalité des grands musées nationaux d’Europe ( il m’en reste encore quelques uns à faire ! Surtout en Italie.)

Avez-vous de nouveaux projets dans les musées ou ailleurs ?

Oui, toujours beaucoup de projets en cours de réalisation. C’est important pour moi de continuer de produire de nouvelles idées, j’aimerais pouvoir les réaliser toutes au même moment mais il faut laisser le temps aux choses de se faire… C’est un peu l’enseignement de la Photographie !

Léo Caillard commente 4 de ses créations photographiques issues de la série « Art gam

Un regard croisé entre le passé et le futur. Une composition où  » le penseur  » regarde l’image d’une femme de dos (Baigneuse de Ingres). Le fait d’intégrer l’oeuvre de Ingres dans l’ipad est une manière de ramener une part de voyeurisme dans l’outil numérique. Porte ouverte sur l’intimité charnelle tout en retenu et en délicatesse chez Ingres, beaucoup moins subtile sur les réseaux sociaux où la vie d’autrui est exposé au public. L’attitude sceptique de Blaise Pascal renforce cette composition croisé où le passé reste en retrait vis à vis de l’objet numérique.

Image 2: « Les trois tableaux »

Une jeune femme devant 3 tableaux au mur fait glissé par le biais de son Ipad les images d’un tableau à l’autre. Ces oeuvres, au nombre de trois, appartiennent à trois courants radicalement différents: Classique, expressionnisme avec Otto Dix , Abstrait avec Mondrian et cette image amusante de Banksy en street Art. Ce carambolage d’époques et de genres est une manière d’exprimer l’absence d’histoire de l’art dans le digital : Lorsque l’on tape  » ART  » sur Google, on se retrouve projeté face à une multitudes d’oeuvres sans rapports les unes aux autres, passant d’un siècle à l’autre sans explications.

Image 3 : « Le Grand Tableau »

Une jeune femme assise face à l’immense tableau de Le Brun. Est inscrit dessus  » Voulez vous supprimer cette oeuvre « … Le message est assez claire… Tout d’un coup, face à ce tableau monumental de part sa taille et sa technicité, la formule  » voulez vous supprimer  » , pourtant si quotidienne dans nos activités sur ordinateur, prend un sens nouveau. Le fait que l’informations numérique reste un objet maniable, futile, suppressible rentre en parfait opposition avec le chef d’oeuvre artistique qui lui traverse le temps et appelle à la conservation.

Image 4 : « La Grande Galerie »

Un jeune homme de dos navigue à travers une enfilade sans fin de tableaux, numérotés comme de simple fichiers numériques. Une mise en scène visuelle destinée à mettre en avant le caractère consumériste du rapport à l’image sur support digital. En moyenne nous voyons plusieurs centaines d’images quotidiennement, majoritairement sur support numérique, contre quelques dizaines seulement dans les années 60. Cette accumulation d’images change notre rapport à l’oeuvre et au temps nécessaire à son appréciation. Ce visuel de la grande galerie surchargée de tableau à la chaine est une manière esthétique d’imager ce rapport nouveau.

Léo Caillard exposera du 22 novembre 2012 au 3 janvier 2013, à la Galerie Kogan :  96 bis rue Beaubourg 75003 Paris

Autour de Léo Caillard

Site web
mail : lcaillard@gmail.com
Contact téléphone : +33683823386

Dans la presse:

. « LÉO CAILLARD: ART GAMES » (Ashley Frick , 10/07/2012)

. Léo Caillard : « La photographie émergente est une photographie décomplexée » (photographie.com, 08/02/2012)

. « Leo Caillard’s ‘Art Games’ Give The Louvre The Apple Treatment »  (Huffington Post, 13/01/2011)

Interview réalisée le 21/09/2012