J-M Levesque (Musée de Normandie): « Le numérique est aussi naturel au musée qu’il l’est à l’ensemble des pratiques culturelles dans la société »

Guide multimédia ludique pour la jeunesse, Serious game éducatif, parcours touristique sur mobile…le musée de Normandie et le Château de Caen ont déployé en 2015-2016 plusieurs outils numériques de médiation. Le directeur du Musée, Jean-Marie Levesque, a accepté de répondre aux questions du CLIC France.

. Pouvez-vous vous présenter ? 

Jean_Marie_Levesque©Francois_Decaens_Ville_de_CaenJe suis le directeur du Musée de Normandie depuis 2009, et du château de Caen depuis 2014. J’ai une formation d’historien à l’Université de Caen et je travaille au Musée de Normandie depuis 1987, successivement comme archéologue puis responsable des collections. Ma spécialité est l’histoire de la Normandie en particulier pour la période médiévale et dans le domaine des représentations de l’histoire régionale ou des arts et traditions populaires.

J’ai participé à des expositions telles que « les Normands, peuple d’Europe » (Rome, 1994), « Dragons et drakkars », (Caen, 1997), « les Normands en Sicile » (2006) mais aussi « La reconstruction de Caen » (1994) ou la « Vache et l’homme » (1998). Dernièrement le musée  a aussi abordé des thèmes aussi variés que la Pierre de Caen, la dentelle normande, la préhistoire en Normandie ou les Vikings en Russie…

Enfin, depuis 2000, nous poursuivons un schéma directeur de conservation et d’aménagement du château de Caen dont la dernière étape a été l’ouverture en 2014 d’un centre d’accueil du château dans l’église Saint-Georges, et la toute prochaine, la refonte du Jardin des Simples.

. Pouvez-vous nous présenter le Musée de Normandie ?

Le Musée de Normandie est un musée d’histoire et de société. Il présente en douze salles, dans un parcours thématique et chronologique, l’histoire de la formation des territoires, des populations et cultures qui se sont succédé sur le territoire de la Normandie depuis la préhistoire.

Il s’intéresse – depuis sa fondation en 1946 – à toute la Normandie historique et il évoque dans ses expositions temporaires les liens de la Normandie avec les mondes normands de la Scandinavie à la Sicile; Installé dans l’ancien Logis du Gouverneur du Château de Caen et sous la terrasse d’artillerie du rempart (salles du Rempart) le musée est aussi, depuis ses origines, en charge de développement de la recherche et de l’interprétation sur le site du château de Caen et s’intéresse plus largement au patrimoine historique de la ville de Caen.

eglise_st_georges2©Philippe_Delval

. Quels étaient vos objectifs en intégrant le programme Norman Connection ?

Le Musée de Normandie est « membre fondateur » du programme Norman Connections du côté français avec le château de Falaise et Calvados Tourisme. « Norman connections » est en quelque sorte la poursuite en Angleterre d’un projet lancé par Calvados Tourisme sous le titre « La fabuleuse épopée de Guillaume le Conquérant« . A l’occasion du chantier de rénovation de la scénographie du château de Falaise et du projet de création d’un centre d’interprétation sur l’histoire du château de Caen, les trois partenaires normands ont formé un groupe de travail qui a rejoint une initiative des châteaux de Hastings, Rochester, Colchester et Norwich sur les mêmes enjeux de développement de l’interprétation à l’occasion de la restauration de sites castraux du moyen âge normand.

FireShot Screen Capture #145 - 'Partenaires I Norman Connections I Discover Norman History' - www_normanconnections_com_fr_partners

« Norman connections » constitue un groupe de projet porteur d’une coopération dans le cadre d’un cofinancement européen pour des sites du patrimoine intéressés par une coopération transfrontalière dans le contexte d’une histoire commune (FEDER, programmes INTERREG). Dans le cadre de « Norman Connections » notre frontière est la mer et nos partenaires des sites majeurs de l’Angleterre normande après la conquête de 1066.

L’objectif des partenaires est de partager notre connaissance mutuelle de la civilisation anglo-normande, particulièrement incarnée dans le réseau de châteaux édifiés par les conquérants, et de travailler ensemble sur la mise en valeur de ces sites, du XIe au XXIe s., en mutualisant savoirs, ressources et expertises tant dans le domaine de l’archéologie que dans ceux de la médiation et de la transmission des connaissances par des moyens modernes. Celles-ci étant restituées au public sous la forme de centres d’interprétation présents dans chacun des sites

Consultez le site internet du programme

. L’espace d’accueil du Musée de Normandie dans l’Eglise Saint-George abrite plusieurs outils numériques: quels sont-ils ?

Le centre d’interprétation de l’église Saint-Georges du Château présente des programmes interactifs d’assistance à la visite de l’église et d’interprétation du château. Il s’agit d’applications sur tablettes situées dans le parcours de l’église ou autour d’une maquette du château de Caen.

Le dispositif est complété de vidéos présentant une initiation à l’histoire du château sous forme d’un dessin animé et de présentations 3D des reconstitutions des différents châteaux partenaires du projet. Une application de parcours numériques appliqués à l’internet mobile est également disponible sur le site. Elle permet de composer et télécharger des parcours de visite dans le château et dans la ville et de les suivre librement sur son mobile.

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. Quel est le fonctionnement des tablettes attachées à la maquette du site ? 

Les tablettes numériques sont des interfaces tactiles qui délivrent à partir d’un plan du château des informations organisées en dossiers documentaires sur chaque point d’intérêt. Les dossiers sont composés de textes, photos, reproductions d’archives, dessins, peintures, films d’archives ou vidéos extraites de reconstitutions 3D.

L’objectif visé est de fournir au visiteur des points de repères pour une visite du site mais pas de se substituer à la visite par des applications saturant l’espace de visite. Elles doivent rester des supports d’une démarche essentielle qui est la découverte du monument.

eglise_st_georges3©Philippe_Delval

. Combien de tablettes sont présentes, et quelles sont leurs caractéristiques techniques ?

Dix tablettes sont installées dans l’église (6 autour d’une maquette physique), 4 dans le parcours de l’église. Elles fonctionnent sous Androïd avec une application développée par CASUS BELLI. Le budget de ces applications a été de 12 000 € financé par la Ville de Caen.

Le bilan de leur utilisation est satisfaisant. Plus de 100 000 visiteurs les ont utilisées depuis l’ouverture du site en mai 2014.

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. Les visiteurs de l’Eglise peuvent également, à partir d’un écran tactile, choisir un parcours IStoryPath, mis en place depuis bientôt un an: quel est le bilan de cette application ?

Pour trouver sa véritable dynamique l’application doit être enrichie de nouveaux parcours de façon à enrichir l’offre au visiteur. C’est le cas avec l’installation récente d’un parcours sur la pierre de Caen et de prochains parcours sur le patrimoine de la ville.

L’application IStoryPath est une réalisation de la société SoyHuce. Elle a été réalisée dans le cadre d’un partenariat avec la Ville de Caen et une aide du Ministère de la Culture dans le cadre des appels à projet pour les applications culturelles innovantes. Le budget de 23 000 € a été subventionné par l’Etat à hauteur de 50%.

 Lire l’article du CLIC: L’histoire de Caen se revit dorénavant grâce aux QR codes et tags NFC

istoryPath©Philippe_Delval

. Vous avez noué un partenariat avec Canopé pour réaliser un serious game autour du château-fort de Caen: comment cet outil s’intégre-t-il dans votre offre pédagogique ? Quel bilan en faites-vous ?

Le partenariat avec CANOPE a consisté en un travail de documentation et d’expertise archéologique sur la reconstitution d’un château du XIIe s. basé sur l’exemple de Caen. Le scénario du Serious Game quant à lui réponds aux objectifs pédagogiques des programmes de l’Education nationale pour les classes d’âge visées.La paternité de cette partie du scénario revient entièrement à CANOPE.

L’application réalisée permet de s’adresser aux élèves reçus en temps scolaire ou hors temps scolaire au Musée, mais elle permet aussi de proposer des reconstitutions du donjon du château de Caen diffusées sur les tablettes du centre d’interprétation à destination de tous les publics indépendamment du serious game.

 Lire l’article du CLIC: O.Tréfeu (Canopé Caen): « Vivre au temps des châteaux forts est un serious game en 3D et un site pédagogique conçu avec le musée de Normandie »

. L’application Museum Quest permet aux jeunes publics de faire une visite ludique du musée de Normandie: vous ciblez plus particulièrement les plus jeunes grâce au numérique ? 

Museum Quest est conçu pour une utilisation libre dans le parcours des collections du musée mais son utilisation reste plus efficace dans une utilisation encadrée où le jeu de découverte peut être mis en scène par des animateurs. Il est en effet difficile pour de jeunes visiteurs de se repérer seuls dans la richesse et la diversité des collections présentées et dans les différents niveaux de lecture de collections par nature riches et variées.

unnamed (2)Museum Quest est à l’origine un partenariat avec le LaBRI de l’Université de Bordeaux et est développé par NFC-interactive. L’application a été testée et développée au Musée dans un partenariat qui a permis la mise au point de l’application. La contribution du musée a dans ce contexte été la participation au scénario et la fourniture des éléments de contenu, hors financement direct.

Il s’agit de mettre au point des substituts aux supports de visite classiques plongeant dans un univers d’outils et d’interactions de plus en plus familiers au jeune public. La visite du musée ne doit pas être perçue comme une rupture par rapport à la banalisation des outils mobiles à disposition des jeunes tout en préservant le contact avec l’objet et l’œuvre original.

L’Eglise Saint-George est devenue le point d’accueil commun du château de Caen, du musée de Normandie et du musée des Beaux-Arts. Quelle place occupe-t-elle dans votre stratégie numérique ?

L’Eglise Saint-Georges est avant tout un monument historique et la médiation du numérique consiste en la mise à disposition d’outils qui ne doivent pas se substituer à la découverte du site mais l’enrichir. Le musée n’a pas pour objectif la production d’outils numériques pour eux-mêmes mais il tient compte des évolutions de la société et des pratiques culturelles des publics pour lesquels, l’internet mobile en particulier, est un accessoire familier.

eglise st georges ©Philippedelval.com

. Comment s’articulent ces différents outils numériques in situ (Museum Quest, tablettes fixes) et ex situ (Serious Game, IStoryPath) dans votre stratégie numérique ?

Les outils relèvent à la fois de l’expérimentation permettant d’appréhender de nouvelles pratiques, de tester et d’enrichir les offres de médiation et de stratégies à plus long terme où c’est la maîtrise des contenus (connaissances, ressources documentaires, scénarisation des applications) qui est le véritable enjeu de la « numérisation », les plate-formes techniques de diffusion et les interfaces utilisateurs étant nécessairement perçues comme transitoires.

Le véritable défi est la rapidité d’évolution des outils et applications, la nécessaire mise à jour permanente et les risques de perte  de temps et d’énergie dans des effets de mode débouchant sur des propositions éphémères.

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. Qui est en charge du numérique au musée de Normandie ? 

Le numérique est mis en œuvre par les équipes de médiation et de communication (ce qui inclut également l’animation des réseaux sociaux) avec le support technique des services informatiques de la collectivité (DOSIIN). Le Musée de Normandie a la chance d’évoluer dans un environnement où l’agglomération s’est fortement engagée dans le développement du numérique et fournit à ses services support technique et compétences dans l’analyse et la conduite de projets.

. Avez-vous des projets numériques à venir ?

On ne raisonne pas en termes de projets numériques mais en termes d’utilisation du numérique pour des projets muséographiques. De ce point de vue, le numérique est appelé à intervenir dans tous les secteurs de l’activité : gestion des collections et documentation… (c’est le cas depuis plus de trente ans : les premières pages web sur les collections du Musée de Normandie ont été créées en 1995 aux temps héroïques de la programmation directe par les utilisateurs en code html !) ; mais désormais tout l’environnement du museé : communication, médiation, aides à la visite, développement en direction de publics en situation de handicap. Le numérique est aussi naturel aux pratiques du musée qu’il l’est à l’ensemble des pratiques culturelles dans la société.

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SOURCES: Musée de Normandie

PHOTOS: ©FrancoisRoux ©CasusBelli ©VirtualPast ©CasusBelli ©Philippedelval ©Francois_Decaens

Date de première publication: 07/04/2016

Interview réalisée par mail le 06/04/2016

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