Le 1er juillet 2016, l’atelier historique de l’Imagerie d’Épinal lancera officiellement sa nouvelle scénographie, entièrement rénovée, inédite et numérique à l’aide de l’HistoPad, un système immersif et géolocalisé. Munis de tablettes tactiles et d’écouteurs, les visiteurs découvriront l’histoire de la plus populaire des imageries au monde, les différents espaces de production, les machines anciennes, les pierres lithographiques et les techniques traditionnelles remises au goût du jour. A cette occasion le CLIC France a posé quelques questions à Christine Lorimy, directeur associé de l’Imagerie

Pouvez-vous présenter votre parcours ?

IMG_0170J’ai 48 ans et des racines vosgiennes. Mes études nancéiennes m’ont conduit à occuper pendant 20 ans des fonctions de direction marketing /commerciale, stratégie/développement dans de grandes entreprises privées et publique en mutation comme La Poste et vente privée.com. Je dispose d’une solide expérience dans la création, l’innovation et les stratégies de transformation.

Pouvez-vous présenter l’Imagerie d’Epinal et en particulier sa reprise en 2014 ?

Il s’agit d’une entreprise bicentenaire ancrée dans le patrimoine culturel français, d’une grande marque devenue expression populaire connue à l’international.

Un peu d’histoire : Fondée en 1796, l’Imagerie Pellerin fêtera cette année ses 220 ans. C’est la plus célèbre des imageries et la dernière encore en activité dans le monde, à la fois éditrice et créatrice de contenus et imprimerie. Elle a traversé et illustré l’histoire de France. Images pieuses, saga napoléonienne, grandes guerres, leçons de choses, planches d’instruction civique, théâtre nouveau, jeux et cartes à jouer, abécédaires… l’imagerie a exploré toutes les possibilités d’édition à chaque époque et ses productions étaient vendues au cœur des villages par un réseau de colporteurs. Elle dispose aujourd’hui d’un fonds patrimonial inestimable, constitué de dizaine de milliers d’images d’archives, de bois gravés et de pierres lithographiques, unique au monde.

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Du XVIIIe siècle à l’aube du XXe siècle, les imageries ont joué un rôle majeur dans la transmission du savoir populaire. Toutes à la fois éditeurs, imprimeurs, libraires et publicitaires, elles furent le premier « média » de masse par l’image, avant la photo, le cinéma et la télévision.

Depuis la reprise de l’entreprise à l’automne 2014 (dont l’activité tournait essentiellement autour d’un éco musée et de ventes locales), ses activités ont été redéfinies et déployées : remise en activité de l’atelier et des pratiques artisanales, rééditions, nouvelles collaborations avec des illustrateurs de renom, co-édition d’ouvrages avec le groupe Gallimard et le groupe Hachette, ouverture d’un pop up store à Paris…

Notre objectif : réinscrire l’imagerie d’Epinal dans l’époque contemporaine et en faire une grande marque d’illustration et de design.DSC_8812

Quelques chiffres édifiants :

  • Plusieurs millions d’images archivées d’époque produites et diffusées en France et dans le monde,
  • 60 000 visiteurs chaque année dans ses ateliers à Épinal
  • 7 800 pierres lithographiques classées aux monuments historiques
  • 2 000 bois gravés du 18 et début 19ème siècle
  • 2 Aquatypes, machines à colorier en 9 couleurs datant de 1900, uniques au monde et toujours en service

Il y a un an, en juin 2015, vous avez mené avec succès une campagne de financement participatif qui vous a permis de récolter plus de 54 000€: pourquoi avoir choisi de recourir à ce mode de financement pour financer un projet numérique ?

C’était avant tout une opération de communication.

Mettre le projecteur sur la Marque et l’Imagerie d’Epinal dans un univers où nous ne sommes pas attendu à priori. C’est Ulule qui nous a contacté suite au rachat et à des articles dans la presse nationale. Ils étaient persuadés que nous avions un rôle à jouer sur leur plateforme. Nous avons bien accroché avec les fondateurs. C’est une histoire de rencontre. Précision utile : la majeure partie des 54 000€ sont dépensés, une fois payés la TVA, la production des marchandises et les frais de préparation et d’envoi !

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Graphique illustrant la répartition de la collecte de la campagne de financement participatif de l’Imagerie d’Epinal

Quelle a été votre stratégie pour cette campagne de financement participatif ?

Annoncer notre volonté de faire renaitre et revivre l’atelier, avec des collaborateurs jeunes et de talent. Dire aux gens qu’ils avaient une occasion unique de participer à la rénovation d’une marque iconique et unique. Et ça a marché !

Comment allez-vous entretenir/animer la communauté de vos donateurs ?

Nous communiquons très régulièrement avec eux , par le biais de newsletters, d’évènements, que nous leur annonçons. Ils sont un peu notre « club VIP » !

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Cette campagne avait pour objectif de financer l’installation de l’HistoPad, un outil numérique de médiation: pourquoi avoir choisi cette solution technologique ?

En fait comme expliqué déjà plus haut ce n’était pas le but de cette campagne de financement. En ce qui concerne l’HistoPad, nous sommes convaincus que le musée de papa a fait long feu.

Quand nous avons vu ce que Histovery démarrait avec le château Guillaume-le-Conquérant de Falaise, ça a été un choc. Nous avons compris qu’il se passait un truc fou et que plus jamais on ne visiterait des lieux comme avant.

Lire sur le site du CLIC: Benoît Panozzo (Château Guillaume-le-Conquérant): « Depuis le lancement de la visite sur tablettes, nous sommes passés de 40 000 à 70 000 visiteurs »

BBL’immersif est une expérience incroyable, forte, et qui laisse de durables sensations. On a envie de creuser le sujet, d’aller plus loin. En fait ça donne envie de s’instruire. Et nous avions vraiment besoin de redonner aux jeunes l’envie de trouver le chemin de l’Imagerie d’Epinal. Il faut que les gamins, les ados et leurs parents aient envie de venir nous visiter. C’est aussi comme cela qu’on diffuse notre savoir-faire et le gout des belles choses qui durent. Un poster se fane en 10 ans, une litho tient 300 ans… L’HistoPad est l’outil absolument adapté à la visite de notre atelier avec toutes ces machines incroyables et son histoire qui traverse 220 ans de France.

Combien de contenus (vidéos, reconstitutions 3D, pistes audio…) sont proposées sur l’HistoPad ?

  • 6 vidéos tournées à l’Imagerie
  • 9 animations 2d
  • 7 animations Stop motion
  • 3 films documentaires
  • 66 pistes audio en 3 langues
  • 4 machines reconstituées en 3d
  • 4 animations 3d
  • 4 panorama 360° photographique HD
  • + de 50 photographies
  • 10 jeux interactifs

Il y a là de quoi faire durer la visite 45 minutes environ.

Comment la tablette s’insère-t-elle dans la nouvelle scénographie ? Quelles sont ses fonctionnalités ?

La visite s’effectue désormais en toute autonomie, alors qu’auparavant elle était à certaines heures et accompagnée par une personne de l’Imagerie.

Nous avons conçu avec notre partenaire Histovery une toute nouvelle scénographie, qui inclut l’HistoPad pour explorer un patrimoine inestimable et unique au monde, découvrir l’extraordinaire richesse des images produites à Épinal depuis plus de deux siècles, et les technologies d’impression qui ont évolué au fil du temps et qui continuent de servir aujourd’hui : grâce à l’interactivité et la 3D, l’Imagerie s’anime sous les yeux des visiteurs…

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Comment ça marche ?

Au début de la visite, est remis un HistoPad à chaque visiteur, c’est à dire une tablette numérique (iPad mini) munie d’un casque audio, programmée pour interagir avec différents capteurs placés sur le parcours. Selon votre position, vous verrez alors apparaître sur votre écran des vidéos, des fiches explicatives, des décors 3D animés, et écouterez les récits incroyables de l’Imagerie d’Épinal.

Vous revivrez, à votre rythme, la grande aventure des célèbres images, vous découvrirez leur fabrication, les techniques traditionnelles et les machines anciennes toujours en activité, comme la fameuse Aquatype, dont les 2 derniers exemplaires au monde sont ici. Une étonnante sortie, éducative, culturelle et incroyablement ludique, qui réjouira autant les adultes que les enfants, pour qui l’HistoPad recèle quelques jeux très amusants…2016-06-30 19.27.52

Quand sera lancée l’application ?

A partir du 1er juillet 2016 la visite s’effectue avec l’Histopad.

Serra t elle gratuite ou payante ? téléchargeable ?

La visite de l’atelier est payante et l’Histopad est inclus dans le prix de la visite (11€ en plein tarif, 8€ en tarif réduit). C’est l’outil unique de visite pour tous.

Avez-vous prévu de faire évoluer les contenus ou les fonctionnalités de l’outil ?

Bien entendu ! C’est même tout l’avantage de l’HistoPad. Nous pouvons incrémenter des contenus, faire évoluer la visite de façon à permettre aux gens de revenir sans avoir jamais exactement la même expérience.

Quel a été le budget de l’outil ?

2016-06-30 19.26.39L’outil en lui-même est financé par Histovery, que nous rémunérerons au moyen d’une redevance prélevée sur les entrées billetterie. Par contre pour mettre aux normes le lieu pour une visite autonome de notre entreprise (qui n’est pas un musée) nous avons dû investir près de 100 000€ en rénovation des salles (nouvelle scénographie, peintures, estrades, éclairages des machines, garde-corps, système de badges électroniques des portes, système poussé de télésurveillance etc…)

Quelle est votre stratégie concernant votre boutique en ligne ?

C’est un outil absolument essentiel pour notre activité. Il est la vitrine de notre fonds d’archive, on y retrouve toutes nos créations. Elle évolue sans cesse (nous en sommes à la V4 ou 5 en moins de 18 mois) car nous sommes en courbe d’apprentissage. Nous y avons un espace éditorial, avec des actus, des animations régulières, des OP promos… Et une animation régulière, via newsletters qui répondent très bien. C’est très encourageant. On commence à vendre en UK, USA et pays du Nord.

FireShot Screen Capture #867 - 'Boutique en ligne de nos images anciennes ou contemporaines disponibles - Imagerie d’Épinal' - www_imagerie-epinal_com_3-les-images

Qu’en est-il de vos projets d’ouverture de boutiques à Paris ou à l’international ?

Nous avons décidé de nous installer tout d’abord … à Londres. Nous sommes en pleine négociation d’une boutique près du British Museum. C’est plus simple qu’à Paris. Plus rapide, plus fluide et surtout on peut vraiment tester sans prendre de risques inconsidérés de trésorerie. La France a encore un peu de boulot pour donner envie aux entrepreneurs de s’y développer… Ensuite, le Japon mais en partenariat.

Avez-vous d’autres projets numériques ou en envisagez vous d’autres ?

Oui, nous sommes en train de réaliser une application incroyable pour les collectionneurs d’Images d’Epinal. Beaucoup de gens nous appellent, nous emailent, pour savoir si nous avons telle ou telle image en archive (nous l’avons quasiment toujours. Certains courent les ventes aux enchères et se font parfois avoir… Sur l’application les gens pourront choisir, nous mettrons les quantités en vente, proposeront de voter pour des rééditions limitées etc… C’est très excitant !

Il y a aussi une application pour les enfants en cours de projet. Bref, on n’est pas au bout de l’histoire.

Depuis 2014 vous faites appel à des artistes pour de nouvelles créations: quel est le but de ces collaborations ?

Une nouvelle vague d’auteurs s’inspirent des trésors du patrimoine de l’Imagerie d’Épinal, ces milliers d’images militaires ou de saints, chansons, planches éducatives, jeux de construction, théâtre de papier, etc. édités en deux siècles. Pour eux, c’est aussi l’occasion de s’inscrire dans la longue lignée des illustres dessinateurs qui ont collaboré avec l’imagerie spinalienne, les Benjamin Rabier, O’Galop, Caran d’Ache, Job…

2016 marque l’arrivée de nouveaux illustrateurs dans le pool créatif de l’Imagerie d’Épinal. Après Joann Sfar, Serge Bloch, François Bourgeon, François Schuiten, Loustal, Laurent Blachier, Carlotta, Chanoir et Fortifem, d’autres grandes signatures rejoignent la fabrique d’images : Jochen Gerner (auteur et dessinateur de presse, qui vient de recevoir le prix du salon Drawing Now 2016, à Paris), Tomi Ungerer (illustrateur mondialement connu), Jean Jullien (artiste, qui a créé le symbole de Paris après les attentats du 13/11), Stéphane Trapier (les affiches pour le théâtre du Rond-Point, c’est lui !), Diego Aranega (Libé, Le Monde, Télérama, Le Canard Enchainé…), Philippe Lagautrière (artiste contemporain), Clod (Le Parisien, la Gazette…) et Blexbolex (illustrateur et auteur de bande dessinée).

IMG_0143Labellisée dès la création du label Entreprise du patrimoine vivant, l’Imagerie d’Épinal a toujours su vivre avec son temps, s’adapter, rester inventive et défendre le « made in France » artisanal. Elle le prouve encore aujourd’hui. C’est certainement le secret de son exceptionnel renouveau.

Comment se déroule une collaboration avec un(e) artiste ? 

Le plus simplement du monde. L’artiste nous contacte parce qu’il a envie de collaborer. On échange avec lui et notre DA. Il vient à Epinal « renifler » nos archives, s’imprégner de l’ambiance si particulière de l’atelier et de la cave aux pierres. Et il propose un projet qui doit respecter les codes créatifs de l’Imagerie. Il rentre à sa table de travail et nous envoie son projet qui passe alors en atelier pour étudier et choisir la meilleure technique, les couleurs, le papier… Nos imprimeurs font des tests et échangent avec l’artiste jusqu’à obtenir le travail recherché.

Elle est ensuite mise en vente en série numérotée, signée et parfois en produits dérivés : posters, carterie, papeterie…

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Propos recueillis par mail le 29/06/2016

Photos: © Imagerie d’Epinal

Source: Imagerie d’Epinal

Date de première publication: 30/06/2016

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