Le musée Rodin de Paris en discussion avancée pour ouvrir un centre d’art en Chine

En octobre 2019, à l’occasion du quatrième Forum culturel franco-chinois à Nice, la direction du musée Rodin de Paris a annoncé un accord de mécénat avec une grande fortune chinoise pour embellir son lieu d’exposition et confirmé l’ouverture d’un centre Rodin dans l’une des plus grandes mégalopoles de l’empire du Milieu.

Le musée national Rodin qui s’autofinance à 100% a développé des liens avec la Chine depuis 2013, dans un pays où le sculpteur français jouit d’une forte réputation.

Depuis 2015, plusieurs demandes de mise en place d’un musée Rodin en Chine ont été faites. Certaines étaient modestes, et peu financées, d’autres, liées à des centres commerciaux, trop orientées vers le profit. Aucune de ces propositions n’a donc été retenue.

En octobre 2019, le musée Rodin, qui vient de fêter son centenaire, a confirmé être en discussions avancées avec une grande fortune chinoise qui va permettre de créer une « antenne » du musée parisien Rodin, à Shenzhen dans le sud-est de la Chine.  

Une collectionneuse de Rodin

En 2017, Wu Jin, une collectionneuse chinoise qui a acheté des œuvres du sculpteur, visite le musée Rodin de Paris. Wu Jin, comme d’autres en Chine, a gagné beaucoup d’argent dans l’immobilier. Son goût pour l’art européen lui vient d’un séjour en Italie et en France lorsqu’elle était enfant.

Il y a trois ans, elle a participé à Hangzhou près de Shanghai à la création d’un musée d’art européen dans lequel elle a notamment exposé les sculptures acquises au Musée Rodin et d’autres, achetées sur le marché parisien. Mais son vrai projet était de créer en Chine un centre d’art Rodin, l’équivalent d’un musée.

En 2018,Wu Jin revient à Paris avec le soutien officiel du ministère chinois de la Culture. La même année, Catherine Chevillot, la directrice du Musée Rodin, a fait trois voyages en Chine.

« Il ne s’agit pas de faire une filiale en Chine,indique Catherine Chevillot, mais d’aider la Chine à monter son propre projet, comme elle l’entend. Plaquer un musée Rodin in abstracto dans une ville chinoise, je trouve que ce serait dommage. Ce qui est intéressant, c’est de concevoir un musée en fonction de la sensibilité et de l’intérêt de la culture chinoise ».

Cap sur Shenzhen

Du 13 au 16 janvier 2019, Catherine Chevillot s’est rendu à Shenzhen, dans le sud de la Chine, près de Hong-Kong. Les autorités du ministère de la Culture à Pékin ont décidé que cette mégapole accueillerait un «centre d’art Rodin».

A la fin de ce voyage, l’accord est signé par Catherine Chevillot, au nom du Musée Rodin de Paris, la ville de Shenzhen, et son district de Futian et Wu Jin, la collectionneuse à l’origine du projet.

Signature du mémorandum d’entente entre le Musée et le centre d’art Rodin de Shenzhen. Photo: Musée Rodin

Il s’agit d’un mémorandum d’entente dans lequel chaque partie s’engage à travailler à la réalisation du centre d’art.

Rodin et la Chine, une longue histoire

L’objectif du centre dédié au sculpteur sera de « rendre compte de la globalité de la création de Rodin » et son ouverture au public doit permettre à la Chine de « découvrir le mieux possible le sculpteur ».

Comme l’explique Catherine Chevillot : « l’idée est d’arriver à ce que les deux visions, française et chinoise, de la sculpture de Rodin se complètent et s’enrichissent mutuellement. J’ai dit à mes interlocuteurs chinois que ce projet va nous apprendre, à chacun, des choses sur Rodin. »

L’oeuvre et la vie de Rodin bénéficient en Chine d’une notoriété considérable. Aux lendemains de la chute de l’Empire chinois en 1911, des intellectuels et des artistes sont allés en Europe avec l’idée de comprendre pourquoi ce continent avait un tel rayonnement culturel. La plupart sont passés par la France et ont été marqués par la découverte des statues de Rodin. Aujourd’hui encore en Chine, Rodin reste aussi connu que Victor Hugo l’est en littérature, et ses sculptures sont souvent présentées dans les académies d’art du pays.

Dès 1994, son Penseur était accueilli à Pékin. Les œuvres de l’artiste ont ensuite été présentées en 2010 à l’exposition universelle de Shanghaï et en 2014, au Musée national de Chine pour le cinquantième anniversaire de la reprise des relations diplomatiques sino-françaises.

De son côté, Rodin s’intéressait à toutes sortes d’arts dans le monde et dans l’histoire. Il avait amassé une collection de 6.500 œuvres, principalement des antiquités gréco-romaines ou égyptiennes mais également une cinquantaine d’objets chinois. Et sur son bureau était posée la statuette d’une Guanyin qu’il appelait «ma Vénus chinoise».

Un accord de mécénat

A l’ouverture du quatrième Forum culturel franco-chinois à Nice, en octobre 2019, le musée Rodin de Paris a annoncé qu’il allait signer un important accord de mécénat avec sa mécène chinoise, en prélude à la construction du centre Rodin à Shenzhen. 

« Pour moi, ce mécénat est déterminant », a précisé à l’AFP, sans donner de montant, la directrice du musée national Rodin, Catherine Chevillot, qui précise qu’il s’agit d’insérer dans les boiseries de l’établissement des œuvres réalisées par trois artistes de trois continents, Jean-Paul Marcheschi (France), Barthélemy Toguo (Cameroun) et Li Xin (Chine).

Surnommé «le peintre de l’eau», ce dernier travaille beaucoup avec le papier et l’encre de Chine dans une parfaite synthèse de la grande tradition et du contemporain. Tous les trois réaliseront dix-huit médaillons ou dessus de portes sur des emplacements dont la décoration avait été ôtée et vendue au XIXe siècle.

Pour Mme Zhang Chengcheng, qui a passé une partie de son enfance à Metz puis fait fortune dans l’immobilier à Xian (centre de la Chine), c’est la première grande opération de mécénat, promue par l’entremise du centre d’arts Yishu 8 à Pékin.

Le projet de centre Rodin en Chine confirmé en novembre 2019

Lors de son voyage en Chine, en novembre 2019, le Président Macron a confirmé le projet Rodin à Shenzhen, qui prévoit notamment une coopération entre les deux pays pour des prêts d’œuvres sur une durée de trois ans, et des ventes d’éditions originales en bronze. Le musée Rodin pourrait également concevoir des expositions pour l’antenne chinoise, et fournir des conseils en acquisitions, pour la constitution d’une collection propre.

SOURCES: Musée Rodin, lefigaro.fr, AFP, slate.fr, lejournaldesarts.fr, lematin.ch

PHOTOS: Musée Rodin, wikimedia commons

Date de première publication: 10/10/2019

Le musée Rodin est membre du CLIC France 

 

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