[#museeapres] Bruno Girveau (PBA Lille): « les expositions devront  être encore plus attractives et expérientielles qu’elles ne sont aujourd’hui »

Pour le premier épisode de la nouvelle série d’interviews et de points de vue sur le thème « le musée après », le CLIC France donne la parole à Bruno Girveau, directeur du Palais des Beaux Art de Lille, depuis 2013, musée qui a accueilli « environ 300 000 visiteurs en 2019 ».

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Bruno Girveau Photo: (c)PBALille / Jean-Marie-Dautel
  • Quel impact a eu la crise du coronavirus et le confinement sur votre institution ? 

Comme tous les musées et plus largement toutes les institutions culturelles, après le temps de sidération, est venu celui de l’adaptation à ces circonstances exceptionnelles.

Un premier constat : une fois que l’on a assuré la sécurité et les bonnes conditions climatiques des œuvres et du bâtiment, les collections sont préservées. Mais le musée devient alors une réserve et n’est plus tout à fait un musée. En plus des œuvres, un musée, c’est une équipe d’une part, des visiteurs d’autre part. Privés des uns et des autres, il faut réinventer la relation.

En interne tout d’abord : nous avons rapidement mis en place une newsletter interne « La vie du musée continue », informant de l’avancement des projets en cours et faisant aussi le lien entre les agents restés en poste et la majorité des équipes, à pied d’œuvre en télétravail.

En direction des visiteurs d’autre part : nous avons rapidement communiqué sur les RS autour des gestes barrières mais sur un ton plutôt humoristique.

Bal sur la terrasse d’un palais, Hiéronymus Janssens (1624-1693), © Grand Palais – RMN (Officiel), photo Stéphane Maréchalle.

Puis, en concertation avec la direction de la communication de la Ville et la direction de la culture, nous nous sommes inscrits dans une dynamique de réseau, à l’échelle nationale (#Culturecheznous avec le ministère de la Culture, concours « J’aime cette œuvre » avec Audiovisit et Clic France, réseau FRAME…) et à l’échelle du territoire (avec Hello Lille et les autres musées de la métropole lilloise et des Hauts-De-France).

  • Quels types de contenus avez vous privilégié sur les réseaux sociaux ?

Après une veille nationale et internationale, nous avons privilégié le lien avec les visiteurs en valorisant davantage leurs posts (photos, challenges relevés etc), en accentuant l’interactivité (questions ouvertes, jeux et quizz, ateliers en ligne expliqués à la manière des « tutos ».

Le taux d’engagement (likes, partages et autres réactions) de notre audience est la variable RS qui a augmenté le plus nettement depuis le début de la crise.

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« Après le bain, trois nymphes », d’Emile Bernard (@tomtomlapomme) et « L’Après-dînée à Ornans », de Gustave Courbet (1849) (Cathy Courbet du service des publics et à sa famille pour leur interprétation)

Parmi les nombreuses initiatives, nous avons repéré assez tôt le TussenKunstenQuarantaine challenge qui nous a semblé en parfait accord avec l’esprit du musée, à savoir une appropriation par le visiteur et/ou l’internaute. [Le Palais des Beaux-Arts a rejoint le concours national lancé par le CLIC france, avec ce challenge mondial et plus de 30 musées français].

Enfin, avec Artips, nous venons de mettre en place une plate-forme de micro-learning en histoire de l’art.

  • Quelles transformations durables cette crise apportera t elle à votre organisation ?

Je répondrai à cette question en disant que nous avions déjà commencé à mettre en place des solutions qui anticipaient les problématiques cruciales que soulèvent aujourd’hui le Covid-19 et le confinement.

Nous n’avions bien sûr pas prévu une épidémie mais en revanche, depuis trois ans maintenant, nous nous sommes interrogés sur notre modèle de développement : faut-il notamment tout faire reposer sur les grandes expositions en les enchaînant les unes après les autres ? La réponse a été non. Nous n’avons plus qu’une grande exposition tous les deux ans, la dernière s’est achevée en janvier, la prochaine n’aura lieu qu’en octobre 2021. Cette décision a beaucoup étonné le monde professionnel quand nous l’avons annoncée mais nous avons préféré opté pour une croissance raisonnée et des expositions de petit format, voire des événements atypiques comme l’Open Museum, tournés vers les primo-visiteurs et dont nous maîtrisons entièrement la production.

Par ailleurs, nous privilégions la reprise de l’ensemble de l’expérience de visite autour des collections permanentes avec régulièrement une nouvelle étape (projet scientifique et culturel) : deux ont été réalisées, l’atrium et la salle des plans reliefs, une troisième est en cours, le département Moyen-Âge et Renaissance, avec une forte dimension numérique et participative.

Enfin, notre prochaine exposition sera d’un genre nouveau, à mi-chemin entre l’immersif et l’exposition classique d’œuvres originales, avec une forte dimension développement durable.

Pour autant, nous ne nous orientons pas vers des événements au rabais ni vers une décroissance : les expositions devront  être encore plus attractives et expérientielles qu’elles ne sont aujourd’hui et nous maintiendrons autant que possible l’augmentation de notre fréquentation comme c’est le cas depuis plusieurs années (environ 300 000 visiteurs en 2019).

. Et le confinement peut il impacter votre stratégie d’innovation, notamment numérique ? 

A l’évidence, les musées qui avaient pris de l’avance en matière de contenus en ligne et dématérialisés, ont pu tout de suite réagir.

Il faudra à l’avenir accorder une place importante à l’existence des musées sur le net, sans en attendre nécessairement un retour immédiat.

On a pu raisonner jusqu’il y a peu uniquement en espérant un taux important de transformation du public des internautes en public physique dans le musée. Cela doit rester un objectif car rien ne remplace la visite réelle mais ces communautés attendent aussi un contenu qui n’existe qu’en ligne.

La situation actuelle nous encourage donc à développer les projets que nous avions, par exemple une capacité à produire des vidéos et des contenus en ligne, seul ou collectivement, ou de réaliser des expériences virtuelles, susceptibles d’exister dans et hors les murs.

Il nous faut donc très vite envisager la valorisation du lieu et de l’expérience de visite à distance car cela nous manque aujourd’hui : photos 360°, vidéos et interviews filmées, visite virtuelle etc. pour rester fidèle aux principes de partage et de co-construction avec le public qui guide notre démarche, nous devrons penser ces contenus en accès libre, avec une pluralité de points de vue.

  • Quels sont les premiers projets que vous souhaiteriez lancer à la sortie du confinement ? 

Comme je l’ai expliqué précédemment, nous avons déjà fait le choix d’événements au montage simple et adaptable.

Ce qui nous permet aujourd’hui d’être faiblement impacté dans notre programme car nous pouvons repousser l’ouverture de l’Open Museum et de l’exposition d’automne (Prière de toucher) sans beaucoup de problèmes, au contraire de nos collègues qui sont confrontés à de véritables casse-têtes de programmation, en raison notamment de la dépendance aux prêts.

Le prochain Open Museum dédié à la musique, qui devait ouvrir le 9 avril, sera décalé d’autant qu’il est nécessaire selon les modalités de déconfinement, de même pour l’exposition « Prière de toucher », une exposition de sculptures à toucher que nous partageons avec d’autres musées français dans le cadre du French and American Museum Exchange (FRAME).

Nous aimerions que l’Open Museum puisse ouvrir dès l’été, afin d’offrir une proposition aux nombreuses personnes qui ne prendront sans doute pas de vacances en juillet et en août.

La poursuite de la 3e phase du projet scientifique et culturel est également l’un de nos objectifs prioritaires : il comporte des volets pédagogique, numérique (cartels numériques, vidéomapping, etc…) et art contemporain très importants. Chaque étape du PSC est pour nous une occasion de progresser dans ces domaines, en s’appuyant sur la participation du public.

Enfin, à l’issue du confinement, nous essaierons, comme nous l’avons déjà fait avec la communauté des igers d’Instagram, de traduire dans le musée les expériences apparues à l’occasion de cette crise, par exemple sur le thème des retrouvailles : quand on voit la pertinence et l’humour des interprétations des œuvres du PBA dans le cadre du challenge Tussenkunstenquarantaine, cela donne envie d’en faire une exposition dans le musée car cela correspond à l’esprit de co-construction de contenus que nous avons engagée avec notre public depuis plusieurs années.

  • Le musée d’Après sera-t-il différent du musée d’Aujourd’hui ?  

La situation actuelle prouve à quel point nos sociétés sont fragiles alors qu’elles s’imaginaient toutes puissantes depuis 80 ans. Peut-être, si le confinement ne dure pas trop longtemps et que ses effets ne provoquent pas une trop forte récession économique, certains reviendront-ils à leurs pratiques antérieures. Il sera toutefois difficile de faire comme si rien ne s’était passé.

Les difficultés d’aujourd’hui nous confortent au PBA dans la direction que nous avions prise.

Nous souhaitons privilégier une programmation qui repose moins sur de gros événements et plus sur une animation régulière tout au long de l’année, tournée vers tous les publics et notamment les jeunes.

De la même façon que les pays se rendent compte qu’ils doivent conserver une autonomie sur certaines productions, les musées devront se tourner vers une économie qui les met moins dans la dépendance de gros succès reposant sur des ressources venant de l’extérieur.

C’est de toute façon bon pour la planète et cela peut être bon également pour le visiteur si on prend en compte véritablement son épanouissement, son plaisir et son désir de connaissance. C’est la voie que nous emprunterons avec l’exposition « Expérience Goya » à l’automne 2021.

Bruno Girveau sur wikipedia.

Le PBA de Lille sur le web, facebook, twitter et instagram.

Propos recueillis par mail le 23/04/2020

PHOTOS: Palais des Beaux Arts de Lille

Photo carousel article: #LeRegardDesVoisins. Palais des Beaux-Arts de Lille. « Vous aussi, cher.s voisin.e.s, si vous passez près du musée lors de votre prochaine sortie dérogatoire, peut-être aurez-vous l’occasion de capturer un joli point de vue 🤓? ». Photo: Emmanuel Crapet sur Twitter.

Date de première publication: 27/04/2020

Le Palais des Beaux Arts de Lille et les lieux culturels de Lille sont membres du Clic France.

Prochaine épisode de la série #museeapres, le jeudi 30 avril 2020

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