Une nouvelle application suisse souhaite recueillir et valoriser la «voix du visiteur» dans l’expérience muséale

Le Laboratoire de muséologie expérimentale de l’EPFL (eM+) a reçu le soutien d’un mécène, Engagement Migros, pour produire muse, une application d’avant-garde conçue pour évaluer le public, en collaboration avec une vingtaine de musées suisses. Cet outil offre aux visiteurs une manière conviviale de communiquer leurs expériences et fournit aux musées une évaluation pour développer des expositions ou d’autres manifestations. Le projet a été lancé officiellement le 17 septembre 2020 à l’EPFL ArtLab.

« Il est notoirement difficile d’inciter le public à participer à suffisamment d’évaluations pour recueillir des données pertinentes. La réticence des sondés face à ce processus potentiellement long et ennuyeux est compréhensible. En serait-il autrement si vous étiez invités à partager votre expérience au musée en dessinant, en enregistrant votre voix, en interagissant avec des graphiques animés ou en prenant des photos? » s’interroge l’EPFL sur son site web, dans une publication rédigée par Celia Luterbacher.

L’objectif de muse, une application à l’esthétisme réfléchi et conçue pour évaluer le public, aide précisément les musées à mieux connaître leurs visiteurs.

A la fois application ludique permettant aux visiteurs de saisir leur expérience d’une exposition et outil aidant les musées à comprendre leur public, la solution «muse» récolte des informations géographiques et démographiques et utilise une trentaine d’éléments interactifs pour recueillir des données qualitatives subjectives sur l’expérience des visiteurs au musée.

Equipés de leur iPad, les collaborateurs du musée peuvent par exemple inviter les visiteurs à prendre une photo, à décrire ce qu’ils aimeraient voir une prochaines fois ou encore à dessiner leur objet favori.

Capter l’expérience

Sarah Kenderdine dirige le laboratoire eM+ du Collège des Humanités à l’EPFL. Elle explique qu’en Suisse, comme dans de nombreuses régions du monde, les musées récoltent en général seulement des données démographiques de base de leurs visiteurs, telles que le nombre d’entrées et l’origine.

L’objectif de muse est de donner accès à des outils d’analyse susceptibles d’aider les musées à se concentrer sur les visiteurs en tant qu’individus, et à utiliser la qualité d’engagement du visiteur pour définir, mesurer et programmer de meilleures expériences muséales.

« La valeur devrait être mesurée sur la base d’éléments sociaux, politiques, émotionnels, éducatifs et créatifs, en plus de l’intensité avec laquelle les gens participent aux programmes et aux expositions du musée. Grâce à cet outil, les visiteurs développent un langage plus riche et plus varié sur leur expérience. Ils entrent en dialogue avec le musée et cette expérience enrichissante est centrale à la nouvelle muséologie », explique Sarah Kenderdine.

Contrairement à une évaluation ou à un sondage traditionnel, muse est utilisée par les visiteurs pour enregistrer leur expérience pendant qu’ils traversent une exposition plutôt qu’après.

« Muse a été conçue pour être exploitée sur le lieu de l’expérience et non en dehors, pour que le public puisse réfléchir en temps réel à ses réactions concrètes. Simultanément, le personnel du musée peut consulter en direct les résultats agrégés sur un tableau de bord », ajoute la directrice du laboratoire, qui a commencé à développer muse en 2012.

Elle relève le succès récent d’une version précédente du modèle qui a été utilisée au festival des arts Winter at Tantora à AIUIA, en Arabie saoudite. 6 000 personnes ont enregistré leur réaction dans cinq sondages comprenant 120 points de données, ce qui a donné lieu à 1 200 pages de rapport. « Ces informations ont livré des données cruciales sur la fidélité des clients, la planification future et les réponses créatives à cette offre culturelle dans ce nouveau site du patrimoine mondial. »

Le soutien du fonds Engagement Migros

À l’aide du fonds Engagement Migros et de la vingtaine de musées suisses participant, Sarah Kenderdine aspire désormais à mener muse à la prochaine étape, à savoir des analyses plus sophistiquées qui aboutissent à de meilleurs résultats pour les musées et le public.

« Grâce à son approche centrée sur l’utilisateur, muse soutient les efforts des musées à jouer un rôle actif dans la société », explique Johanna Muther, cheffe de projet chez Engagement Migros.

L’application muse incarne la voix du visiteur

L’outil récolte des données quantitatives telles que géographiques ou démographiques et fournit des informations qualitatives sur l’impact immédiat de la visite d’une exposition.

L’accent réside dans la création d’interactions ludiques et une utilisation simple de l’outil, tant pour les musées que pour les visiteurs.

Les connaissances ainsi acquises permettent de mieux tenir compte du point de vue des visiteurs lors de la conception et du développement d’une exposition, et donc de soutenir les musées pour leur permettre de rester à l’avenir des lieux actifs au sein de la société.

8 premiers musées suisses partenaires

Dans un premier temps, l’équipe en charge de muse collaborera pour une durée de trois ans avec huit musées et établissements principaux: le Château de Morges, le Musée international de la Croix- Rouge à Genève, le Musée d’ethnographie de Genève, le Musée Rietberg à Zurich, le Musée olympique à Lausanne et la Maison des arts électroniques à Bâle, qui a déjà commencé à employer l’application (voir photo).

La solution développée à l’EPFL offre aux responsables un outil pour créer des questions et sondages, ainsi qu’un tableau de bord permettant de consulter et analyser les données recueillies en temps réel.

Seize musées supplémentaires seront invités à rejoindre le projet par l’intermédiaire d’un appel d’offres à la fin de 2020. 

Pendant les quatre ans de financement, l’équipe muse développera des études de cas convaincantes applicables au paysage des musées suisses.

Elle cherchera également des options permettant de commercialiser l’application et ses modèles de licence, et de s’étendre en incluant l’ensemble des offres culturelles en Europe et au-delà, en étroite collaboration avec ses partenaires.

« En contribuant à promouvoir les musées comme des sites polyphoniques, les visiteurs se muent de simples consommateurs en participants actifs. Muse amplifie ces voix », conclut Sarah Kenderdine.

A propos du Laboratoire de muséologie expérimentale (eM +), dirigé par le professeur Sarah Kenderdine

Fondé au sein du Collège des humanités de l’EPF, le Laboratoire de muséologie expérimentale (eM +) est une nouvelle initiative transdisciplinaire à l’intersection des technologies de visualisation immersive, de l’analyse visuelle, de l’esthétique et des (big) données culturelles. eM + s’engage dans la recherche d’un point de vue scientifique, artistique et humaniste et promeut l’engagement multisensoriel post-cinématographique à l’aide de plateformes expérimentales. Le laboratoire travaille sur le patrimoine matériel et immatériel et les documents d’archives de nombreux pays dont l’Asie, l’Australasie et l’Europe. Le laboratoire crée également des données haute fidélité sur le terrain grâce à une gamme de techniques de pointe (capture de mouvement, ambisonique , photogrammétrie, balayage linéaire et laser, vidéo panoramique, panoramas stéréographiques, etc.). eM + s’appuie sur 20 ans de recherche et développement dans les laboratoires pionniers de l’iCinema Research Center for Cinematic Research (iCinema), Sydney; Le Laboratoire appliqué de visualisation et de réalisation interactives (ALiVE), Hong Kong et; la perception et l’interaction élargies (épicentre), Sydney.

A propos d’Engagement Migros

Le fonds de soutien Engagement Migros permet le développement de projets pionniers qui ouvrent de nouvelles voies en expérimentant des solutions innovantes dans une société en mutation. Cette approche pragmatique combine soutien financier et services de coaching dans le cadre du Pionierlab. Engagement Migros existe grâce à l’apport annuel de quelque dix millions de francs des entreprises du groupe Migros; depuis 2012, il constitue un complément au Pour-cent culturel Mi-gros. www.engagement-migros.ch.

SOURCE: EPFL, actu.epfl.ch, ictjournal.ch

PHOTOS: EPFL

PHOTO carousel: © Sarah Kenderdine

Date de première publication: 30/09/2020

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