Le dimanche 21 janvier 2017, le Journal Du Dimanche consacrait un article à la «révolution numérique dans les musées», principalement en matière de médiation (1). Audiovisit ne peut que se réjouir d’un tel article, tout en regrettant que, systématiquement, ce type de dossier oppose audioguide et numérique.

Audiovisit audioguide 2

Présents dans le domaine des outils de médiation embarquée depuis 2002, Audiovisit a été témoin et partie prenante de toutes les dernières évolutions technologiques en matière de visite de musées et sites patrimoniaux. Après avoir testé le téléchargement mp3, puis le téléchargement en Bluetooth, nous pouvons nous enorgueillir d’avoir réalisé en 2009, à notre initiative, la première application iPhone d’un musée dans le monde (2).

Si nous avons constaté un effet de mode autour des applications smartphone ces cinq dernières années, force est de constater que le « tout dématérialisé » n’est toujours pas légion. Le JDD le note d’ailleurs, nombre de lieux qui ont une application smartphone « continuent [souvent] d’offrir l’option audioguide ».

Un effet de mode qui se heurte aux réalités

C’est, selon nous, une tendance de fond. En effet, la dématérialisation et le BYOD (Bring Your Own Device) s’adressent à un segment du public – existant ou potentiel -, adepte des nouvelles technologies et, parfois, d’expériences de visite innovantes. Mais il serait naïf de croire que la totalité des visiteurs peut (et souhaite) se passer d’un prêt de matériel. D’une part, certains ne souhaitent pas installer une nouvelle application ni utiliser la batterie de leur smartphone, d’autre part, une frange encore importante du public ne maîtrise pas parfaitement ces usages. Combien de visiteurs seniors ont un smartphone (ou une tablette), sans pour autant savoir installer une application ? La réflexion la plus entendue en la matière étant encore la fameuse « Ah mince, je ne me souviens plus de mon mot de passe itunes ! (3)« .

Pour le segment des visiteurs les plus « progressistes », les musées peuvent s’équiper d’un parc de guides multimédias, à l’instar de notre client la Fondation Louis Vuitton, cité par le JDD.

Parmi nos autres clients, le Château de Fontainebleau, le Lille Métropole Musée d’Art Moderne, d’Art Contemporain et d’Art Brut, le Palais des Beaux-Arts de Lille, et le Château des Ducs de Bretagne à Nantes se sont équipés de notre Visioguide© (4). Mais là encore, il ne suffit pas d’installer une application smartphone dans un appareil mis à disposition des visiteurs. Il convient de créer une application qui soit facilement utilisable par des visiteurs qui n’ont pas forcément l’habitude d’utiliser des applications smartphones au quotidien.

« Transposer une app telle quelle dans un visioguide est l’erreur élémentaire à ne pas commettre ».

Et même lorsque cet aspect est bien pris en compte dès la phase de conception du visioguide, le personnel d’accueil du musée va tout de même devoir consacrer un temps souvent précieux (surtout en forte période d’affluence) à équiper et former les visiteurs ; des visiteurs souvent peu enthousiastes à l’idée de devoir apprendre l’usage d’un nouveau dispositif dont ils attendent généralement qu’il soit surtout facile d’utilisation.

Le Musée National Picasso Paris a fait ce constat en 2016 et a décidé de remplacer ses visioguides par un audioguide classique. En 2015, c’était le MuCEM qui remisait son guide multimédia pour basculer sur un système d’audioguide traditionnel.

Audiovisit audioguide 1

Un smartphone ou une tablette impliquent de nouvelles contraintes de distribution souvent sous-estimées.

Simplicité de gestion et de stockage, longévité, robustesse, non, l’audioguide n’est pas plus encombrant qu’un smartphone en prêt à l’accueil des musées. Le modèle distribué par Audiovisit bénéficie d’une autonomie de 4 à 6 mois, et ne nécessite donc aucune manipulation d’un rack de chargement. Sans anfractuosité ni articulation, il est quasiment incassable et ne nécessite que très peu d’entretien et de nettoyage.

Sur l’arbitrage entre visioguide et audioguide, notre conseil est donc aujourd’hui clair : si l’écran tactile n’apporte qu’une interface plus ergonomique, et qu’elle ne se justifie en rien par l’envie (ou le besoin) de diffuser du contenu visuel ou vidéo, il est plus judicieux de proposer un audioguide, plus aisé à gérer pour le personnel de distribution, et plus facile à appréhender pour une grande partie des visiteurs. Bien entendu, y associer une app grand public téléchargeable sur les stores est un plus qui satisfera une autre frange de vos visiteurs.

Faut-il passer à la R.A., la R.V., aux tablettes, aux casques ?

Depuis quelques mois, la nouvelle tendance est à la réalité augmentée (voire virtuelle), aux serious games, aux reconstitutions, sur des écrans qui ne cessent de grandir. Pourquoi pas, chacune de ces propositions poursuit un objectif intéressant. Mais il est primordial de considérer qu’il s’agit d’un autre type d’offre, qu’il ne faut en rien opposer à l’audioguide (qu’il soit avec écran ou non).

Par ailleurs, la technologie ne doit pas seulement servir un objectif d’image. 

Philippe Rivière, responsable du service numérique de Paris Musées, fait d’ailleurs ce même constat dans l’article du JDD : « Le risque est de vouloir tout passer en numérique pour faire moderne, de lancer des projets gadgets qui ne se rattachent à rien. Il faut toujours répondre à des besoins. »

Audiovisit collabore justement depuis 2015 avec Paris Musées, dans le cadre d’un programme initié par Erasme (centre d’innovation numérique de la Métropole de Lyon), pour créer Ludomuse, un nouveau type d’expérience ludique au musée faisant intervenir 2 tablettes connectées. Cet éditeur de jeux innovant permet de développer des scénarios de jeu complexes où chaque binôme adulte-enfant, enfant-enfant ou adulte-adulte collabore en s’échangeant indices et instructions.

Voilà selon nous, une bonne utilisation du digital pour compléter (et non remplacer) une offre de médiation classique au musée.

Les premiers visiteurs qui ont eu l’occasion de tester un prototype au Château des Ducs de Bretagne (Nantes) et au Musée Cernuschi (Paris Musées) ont d’ailleurs plébiscité cette nouvelle expérience au musée.

« L’expérience immersive sur tablette, c’est l’anti-audioguide. »

En conclusion, il nous semble que vouloir systématiquement opposer visites sur smartphones, sur tablettes, ludiques, en réalité augmentée ou virtuelle à l’audioguide, c’est se tromper de débat. Toutes ces nouvelles expériences de visites sont une autre manière d’appréhender les œuvres ou le patrimoine. Elles permettent de vivre un autre type d’expérience, qui n’est absolument pas ce que recherchent les utilisateurs classiques d’audioguides, qui attendent généralement des clés de compréhension au travers d’un discours non immersif, court, et accessible sans effort.

D’après nos différentes observations de terrain, les visiteurs souhaitant un audioguide sont encore bien plus nombreux que ceux désireux de vivre un autre type d’expérience qui demande davantage d’investissement de leur part.

Nous sommes d’autant plus à l’aise pour le dire que nous réalisons nous-mêmes ce type de nouveaux dispositifs. Nous ne pouvons donc être accusés de parti-pris en la matière.

Toujours soucieux d’améliorer notre connaissance des usages, nous lancerons une grande étude en 2017 afin d’interroger les visiteurs de musées sur leur appétence à utiliser un audioguide ou un écran au musée ou au château (5).

Si vous ne deviez retenir qu’une chose de cet article et des arguments développés ci-dessus, ce devrait être ceci :

Le « tout dématérialisé » n’est pas prêt de détrôner l’audioguide, tout comme l’audioguide n’a pas fait disparaitre le guide-conférencier. Il l’a éventuellement fait évoluer vers une fonction de médiateur, plus interactive que le « guide en boite » (6). L’audioguide correspond à un besoin primaire de nombre de visiteurs, c’est pour cela qu’il a encore de beaux jours devant lui…

Guillaume DUCONGÉ, Directeur d’Audiovisit

Les opinions exprimées dans cet article ne reflète que celle de son auteur.

NOTES:

(1) Pour lire l’article du Journal du Dimanche du 22 janvier 2017 : http://www.lejdd.fr/JDD-Paris/Revolution-numerique-dans-les-musees-841735

(2) Pour le Musée Cluny, musée national du Moyen Âge à Paris

(3) Avant l’émergence des smartphones, combien de fois n’avons-nous pas entendu « Ah mince, je n’ai pas assez de mémoire sur mon téléphone !« . Ces freins sont donc inhérents à toute évolution technologique, aussi majeure et mondialisée soit-elle.

(4) Nous développons alors une application de visite accessible à tous, que nous installons sur des smartphones bloqués dans l’environnement de l’application, configurés pour protéger l’appareil et ses paramètres, équipés d’une coque de protection spéciale, etc.

(5) N’hésitez pas à nous contacter si vous souhaitez que vos visiteurs fassent partie des visiteurs sondés.

(6) Je tiens cette expression d’une guide conférencière qui en 2004, sur un salon, m’avait déclaré avec dédain « Ah, vous faites du guide en boite !« .

Date de première publication: 03/02/2017

Audiovisit est membre associé du CLIC France

Photos fournies par Audiovisit

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