Jean-Alain Pigearias (Cap Sciences): « avec Inmédiats, nous voulons accélérer la mutation des lieux de sciences et mieux toucher les 15-25 ans »

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Co-fondateur de Cap Sciences, Jean-Alain Pigearias présente la stratégie numérique de l’institution scientifique de Bordeaux et dévoile les détails du nouveau projet Inmédiats : une plateforme de coopération entre Cap Sciences et 5 autres musées français.

Pouvez-vous présenter Cap Sciences ?

3 fondateurs sont à l’origine de Cap SCiences : Bernard Alaux (directeur), Bernard Favre, Jean-Alain Pigearias, Conseil & Ingénierie. (Présentation)

Son histoire en quelques dates:

1995-2000                préfiguration hangar désaffecté quais de Bordeaux
2000-2002              projet scientifique et culturel, architectural et construction bâtiment autonome en maîtrise d’ouvrage et propriété
2002-2008              déploiement de nouvelles activités dans les nouveaux locaux : publics 3-6 ans petit carré des enfants, 7-11 ans atelier d’Arthur, 8-14 ans cap sciences juniors,
2008-2012              programme cap-sciences.num : les infrastructures, l’édition, l’exposition, la médiation
2012-2015              programme et leadership du consortium inmediats

Qui en est aujourd’hui l’opérateur ? Quel est son financement ?

Cap Sciences est géré par l’association du même nom.

Son budget d’environ 3,5 M€ HT est financé par plusieurs partenaires:
– Conseil régional Aquitaine
-Feder
-Etat Ministère de la recherche et marginalement de la culture (programme Cap’Archéo)
-Communauté urbaine Bordeaux
-Ville de Bordeaux

Des recettes d’autofinancement complètent le budget: entrées, location itinérances, ingénierie.

Nous avons également des partenariats avec d’autres organismes:
-Département de la Gironde
-Politique Ville et Rive Droite
-Politique Ville et Mérignac
-Ministère culture pour Cap Arche
-Partenariat INRAP pour Cap Arche

Quelle a été l’évolution de son public depuis 3 ans ? 

Cap Sciences ne propose pas d’exposition permanente. Toutes les expositions sont temporaires, mais il existe des activités régulières (animations).

Il faut faire une distinction entre la fréquentation du site Hangar 20  Bordeaux, la diffusion régionale en Aquitaine, la présence nationale et internationale et la fréquentation web.

2009 2010 2011
Fréquentation Hangar 20 Bordeaux 75 413 76 634 85 809
Diffusion France et étranger hors site de Bordeaux 156 614 97 375 78 396(*)
Sous-total fréquentation physique 232 027 174 009 163 705
Fréquentation virtuelle 387 105 390 420 485 804
Total général 619 132 564 429 649 509

(*) chiffre partiel, limité aux expositions itinérantes. Ne tient pas compte des événements hors site.

Comment avez-vous intégré les nouvelles technologies numériques dans l’accueil et l’accompagnement in situ ?

Nous utilisons différents outils technologiques innovants.

. la RFID : avec navinum, un badge visiteur permettant de créer un compte, de mémoriser sa visite et de proposer des interactifs ou un sondage en temps réel.

. la création d’un compte web permet au visiteur, en amont, de débuter sa visite sur Internet, de vivre une visite personnalisée en fonction de son profil, de retrouver sa visite physique, d’interagir, de compiler l’offre globale de Cap Sciences en lien avec navinum.

Pour les expositions temporaires, nous avons déployé différents dispositifs interactifs comme la mise en place de bornes d’affichage de contenus en full web avec appairage contenus / bornes à la volée. Les mêmes fonctionnalités que celles des exposition permanentes peuvent être obtenues en connectant l’exposition ou l’évènement temporaire au système navinum.

Avez vous déployé des audioguides, bornes interactives et tables multitouch …

Nous n’avons pas d’audioguides du fait du type de médiation dans les expositions et de la présence permanente de médiateurs dans les expositions.

Nous avons déjà déployé des bornes interactives indépendantes ou intégrées dans des parcours, allant jusqu’à des jeux de rôles –self écoresponsable, fil rouge proposant au visiteur de réagir aux contenus et de se définir, au fil de l’exposition, un profil qu’il peut ensuite confronter à celui de la moyenne des visiteurs.

Cap Sciences a également proposé des tables multitouch pour consultation de documents et cubtile (manipulation multitouch en 3D de modèles virtuels 3D, des tables tangisense, c.a.d. tables RFID permettant de manipuler des objets réels embarquant des puces RFID et détectant les mouvements des objets dans une séquence d’animation.

D’autres dispositifs interactifs numériques sont reliés à des projets de recherche (acquisition et transmission des données aux laboratoires concernés).

Avez-vous des projets ou développements en cours dans ce secteur (RFID, NFC …) ?

Ou, nous souhaitons développer une carte personnelle RFID pour les visiteurs, un véritable véhicule de leur compte permettant d’être immédiatement reconnu et de rentrer directement dans les espaces d’exposition, avec réservation et prépaiement. Nous espérons également opérer un transfert progressif en technologie NFC embarquée dans le smartphone personnel du visiteur.

Ce système permet, en outre, de gérer les flux et droits d’accès. Il s’agit d’un élément essentiel dans la politique marketing.

Vous n’avez pas encore lancé d’applications mobiles. Pour quelles raisons ? avez-vous des projets ?

Nous avons fait des essais de contenus sur webmobile à partir de flashcodes, compagnon de visite dans le cadre d’une expo-orientation sur les métiers (guide de visite sur ipod touch et résultats des interactions éditable en fin de parcours). mais nous n’avons pas d’application permanente.

Votre site internet est particulièrement riche. Quels sont les contenus les plus lus ou consultés ?

Comme souvent ce sont les infos pratiques, l’agenda et les contenus à télécharger (pdf).

Trouvez-vous des partenaires mécènes pour vous aider à financer vos développements web ?

Oui parfois, sous forme de valorisation d’apports en industrie dans des programmes de développement. Nous pouvons également compter sur l’expertises et le savoir-faire de partenaires industriels et universitaires.

Vos expositions sont accompagnées de beaux sites événementiels. Sont-ils produits par les mêmes équipes que l’exposition ? en parallèle de l’exposition ? comment sont ils financés ?

Les coûts de production de ces minisites sont inclus dans les budgets d’exposition. Ils sont conçus simultanément, avec des contenus produits par les mêmes équipes que les expositions.

Cap Sciences a fait développer un générateur de site incorporant un module Drupal permettant la connexion du site au système navinum, d’où un gain de temps dans leur mise en œuvre.

Dans votre rubrique expositions virtuelles (comme ClimWay), vous misez sur le serious game. Quels en sont les résultats ? Quelles leçons en tirez-vous ? Pouvez-vous mesurer l’mpact sur le in situ ?

Ces expériences nous conduisent à aller vers le serious game dans les ateliers de médiation. Par exemple, une reconfiguration d’un atelier numérique RFID (simulation des achats dans un marché) a été développée suite à l’expérimentation de ce jeu de rôle.

Nous souhaitons faire se rejoindre des manipulations tangibles sur plateaux numériques (cf. table tangisense) et la notion de jeu de rôle collaboratif.

Plusieurs réalisations ont également été déclinées d’une version expo à une version en ligne (ex. l’O2 market, supermarché virtuel permettant de tester les comportements éco-responsables).

Comment se fait l’articulation web / mobile ? Avez-vous une version mobile de tout ou partie de votre site ?

Non

Vous êtes présents sur les réseaux sociaux flickr, facebook, twitter et google+. Est-ce une simple boîte à outils de communication ? y voyez-vous un outil de marketing relationnel et de fidélisation ? Pouvez-vous le mesurer ?

Les réseaux sociaux sont pour nous à la fois des outils de communication, d’animation, de relation publique avec une prise en charge des réponses. Nous utilisons également des réseaux pour diffuser les événements (tweeter).

Nous souhaitons également créer du lien, répondre aux interpellations, développer les concours et invitations par un groupe existant à venir à CS. Un autre axe de développement est le partage de photos dans un groupe (par exemple les balades scientifiques avec des géologues, des botanistes, etc. en postant des photos sur flickr pour demander des explications = création d’un lien).

Hélas, nous n’avons pas de mesure réelle de l’impact, mais il ne semble pas que les réseaux sociaux soient un moyen d’attirer les publics sur le lieu physique de CS. C’est en revanche un moyen efficace d’attirer les publics sur les contenus virtuels.

Parmi les projets, nous souhaitons proposer aux publics de partager leur expérience de visite physique ou virtuelle sur les réseaux sociaux.

Par nature, vos contenus numériques sont très éducatifs. Comment impliquez-vous la communauté éducative dans vos développements et dans les usages numériques ? Avez-vous des retours sur l’usage de ces outils dans le cadre scolaire ?

Dans la visite assistée par navinum, il existe des badges de groupe (notamment scolaire) qui enregistrent leurs parcours, leurs résultats… Une classe peut donc potentiellement exploiter ces données après la  visite. Les enseignants et les classes sont mobilisés en phase de conception et de mise au point pour tester les applications et leur pertinence dans le cadre éducatif. Nous avons également l’implication du Rectorat et des IA : un enseignant est également détaché à CS (mi-temps) pour accompagner les projets de médiation et informer les enseignants.

Nous avons également quelques retombées lors de compétitions sur des serious games mais nous n’avons pas encore d’exploitation des ressources dans le cadre d’ENT ou de médias pour Tableau Blanc Interactif.

Que pensez-vous de l’émiettement des ressources Internet scientifiques en France ? de l’absence d’un portail fédérateur ? de la faible coopération entre les lieux de culture scientifiques pour coproduire des contenus et sites web ?

Effectivement, il y a peu de co-productions, peu de coopération dans la mise en place de sites ou de portails de ressources. Mais attention, il y a danger à vouloir centraliser et uniformiser les productions.

On peut saluer le mouvement des CCSTI pour développer des portails régionaux de ressources, tournés à la fois vers les publics et vers les opérateurs de CSTI pour susciter des échanges, de co-productions, et éviter ainsi des doublons. On constate en effet des domaines où l’offre est surabondante (ex. des thématiques de l’environnement, de l’eau, des mathématiques, etc.) et des domaines peu traités (ex. histoire et épistémologie des sciences, la ville, etc.).

Vous avez initié le projet Inmédiats qui a été retenu parmi les lauréats de l’appel à projets « Développement de la culture scientifique et Égalité des chances » du Programme des Investissements d’Avenir auprès de l’ANRU. Quel est l’objectif de ce projet ?

Nous avons plusieurs objectifs majeurs:

. accélérer la mutation des CCSTI « de 3e génération » : évolutions de compétences, équipements,
. toucher les 15-25 ans grâce aux outils numériques en rejoignant leurs usages.
. réduire les distances sociales, culturelles, géographiques, et  de genre…

Plusieurs éléments ont été déterminants pour obtenir ce soutien public majeur:
–        CS leader du consortium, de par l’expérience cap-sciences.num
–        travail en réseau, chacun apportant ses compétences et en diffusant vers les autres, mutualisation
–        mobilisation des territoires : acteurs de la CST et collectivités,

Quel est le budget total et les financements de ce projet?

Le budget total est de 31 M€ dont 15 M€ apportés par l’ANRU au titre des Investissements d’Avenir. Les autres 16 M€ sont apportés par les territoires de chaque CCSTI : collectivités territoriales, apports en industrie de partenaires, autofinancement.

Quels sont les 6 partenaires ?

Cap Sciences, leader du consortium, Espace des Sciences (Rennes), La Casemate (Grenoble), Science Animation (Toulouse), Relais d’sciences (Caen) et Universcience (Paris).

 

En quoi ce projet peut-il réduire les inégalités sociales, culturelles et territoriales dans la diffusion de la culture scientifique, notamment auprès des 15-25 ans ?

De plusieurs manières. En développant une proximité des outils de diffusion (itinérance, portabilité, mobilité), en utilisant les supports matériels et les medias sociaux déjà employés par les 15-25 ans.

Nous souhaitons également développer des medias adaptés à la culture, aux usages et aux pratiques des 15-25 ans, en particulier les jeux. Nous allons également leur offrir des possibilités de tester des technologies (Living Lab), de les utiliser, de fabriquer (Fab Lab), donc de s’initier à des opérations de conception-fabrication en temps réel. Ils pourront partager des expériences, collaborer à des réalisations, participer et contribuer (Studio, navinum-sciencesOnautes).

Quels types  d’outils de médiation culturelle fondés sur des technologies numériques innovantes comptez-vous développer ?

Nous utiliserons et testerons le maximum de technologies nouvelles: Fab Lab, living Lab / Média Lab, mondes virtuels, nNavinum / SciencesOnautes, mMediamobile, studio et serious Game

Quand verra-t-on les premières expérimentations ?

Elles sont déjà en cours.

Comment est organisé votre activité numérique in situ et exsitu ? Quelle est la part de votre budget alloué au web et au numérique?

CS dispose d’une cellule numérique transversale, composée d’un noyau de 5 à 7 personnes en fonction des besoins, issus des principaux métiers de CS concernés par le numérique, ayant pour mission d’explorer de nouvelles formes, et d’accompagner les productions, animations, publications, etc. pour véhiculer une culture et susciter des pratiques afin de généraliser les usages numériques dans CS.

Cette cellule associe plusieurs profils: médiation numérique, webmaster, rédaction, chef de projet multimedia, responsable informatique, marketing et promotion, scénographie. Ces métiers peuvent être complétés, selon les besoins, par d’autres fonctions.

Cette cellule est rattachée à quelle direction ?

Nous travaillons essentiellement en configuration groupe projet : les rattachements hiérarchiques subsistent pour chaque fonction représentée, mais la cellule fonctionne de façon transversale, avec un responsable de la cellule.

Quelle est la part de votre budget alloué au web et au numérique?

En terme de personnel :
. A plein temps pour le responsable de la cellule
. 1j/5 (20 %) pour les autres membres, selon un calendrier de travail mobilisant au moins 1 jour/semaine.

Web, Navinum & sciencesOnautes :
0,2 ETP informatique
0,5 multimédia

1 ETP web
1 ETP pour les autres fonctions gérant les contenus web

En terme d’outils :
En perspective, un lieu approprié rassemblant les moyens techniques web, édition, labo de médiation.

En terme de moyens/budgets d’expérimentation R&D :
Programme cap-sciences.num et inmédiats

Il est difficile de calculer le budget numérique mais on peut évaluer que le numérique utilise 6 % du temps hors phases de conception, développement et réalisations et environ 10 % des moyens humains.

Les budgets de réalisation sont intégrés aux budgets des expositions, événements, etc.

Le budget de cap-sciences.num est d’environ 800 K€ HT sur 3 ans. t nous pouvons évaluer la valorisation des apports partenaires (IBM, Université, etc.) à environ 50 à 60 000 €.

Interview réalisée par mail et finalisée le 2 avril 2012

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