Retour d’usages sur l’application mobile Monet aux Galeries nationales du Grand Palais

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Dans le cadre de son mémoire de Master 1, Clélia Dehon s’est penchée, à travers une enquête quantitative de publics, sur l’usage du téléphone portable en contexte de visite au musée. Avec la collaboration de la RMN-GP et de la société smartApps, l’enquête réalisée s’est déroulée aux Galeries Nationales du Grand Palais, du 15 au 24 janvier 2011 lors de la dernière semaine  d’exploitation de l’exposition « Monet ».

D’une part un sondage aléatoire stratifié [1] a permis de mesurer le taux de pénétration de l’iPhone et des autres Smartphones aux Galeries Nationales du Grand Palais et de définir les raisons du non-usage de l’application auprès des utilisateurs d’iPhone. D’autre part, un questionnaire auto-administré visait à identifier les différentes typologies de publics ayant eu  recourt à l’application, ainsi qu’à cerner leurs logiques d’usages et leur degré de satisfaction de l’outil à l’issue de la visite.

Cet article propose de mettre en évidence les chiffres et éléments les plus significatifs des résultats de l’enquête.

Taux de pénétration de l’iPhone et motifs de non-profit

L’enquête révèle que 64% des personnes interrogées ne possédaient pas de Smartphones, mais un mobile « traditionnel » sans connexion à internet.  En revanche, 7% des visiteurs ont déclaré avoir un Smartphone n’étant pas un iPhone et enfin, chiffre qui peut paraître surprenant, 29% des visiteurs disposaient d’un iphone [2].

Parmi les publics possédant un iPhone mais n’ayant pas téléchargé l’application, la moitié d’entre eux (48%) ignorait l’existence de l’application, malgré une communication in situ et sur le site internet monet2010.com. L’autre moitié se divise en deux catégories : les visiteurs n’ayant pas eu envie de télécharger car étant généralement peu familiers des audioguides (26%) et ceux ayant été confronté à une raison matérielle les empêchant de télécharger l’application (26%) (par exemple : crainte de ne pas avoir assez de batterie, maîtrise insuffisante de l’iPhone et de l’AppStore, pas d’écouteurs sur soi, téléphone avec un forfait étranger…)

Caractéristiques socio-démographique des utilisateurs de l’application iPhone « Monet »

Sur 101 personnes interrogées et ayant utilisé l’application « Monet » pendant leur visite, 51 étaient des hommes et 50 des femmes alors que le Grand Palais est en général fréquenté davantage par une population féminine (70%) que masculine (30%) [3]. Les plus nombreux à avoir utilisé l’application sont les visiteurs dont l’âge est compris entre 50 et 70 ans (39%), suivis par les 20-35 ans (32%), puis par les 35 et 50 ans (28%). Les jeunes de moins de 20 ans sont sous-représentés dans cette enquête : seulement 2% seulement d’entre eux avaient utilisé l’application au moment de l’enquête. L’enquête montre également que parmi les professions exercées par les utilisateurs de l’application « Monet », les catégories socio-professionnelles dites « supérieures » sont majoritaires (33%), viennent ensuite les retraités (11%) et les étudiants (10%).

Expérience de visite et prise en main de l’application

Les primo-visiteurs et les visiteurs occasionnels sont les plus nombreux à avoir téléchargé l’application et représentent 60% des personnes sondées. La part de visiteurs réguliers n’est cependant pas négligeable (40%). Ainsi, la fréquence de visite semble peu intervenir dans l’intérêt porté à l’application. Cet outil peut aussi bien être utilisé par les néophytes que les habitués.

Un certain équilibre a été constaté en ce qui concerne le contexte social de visite. En effet, si 29% des utilisateurs de l’application sont venus en couple, 25% étaient en sortie familiale, 22% entre amis et 23% des utilisateurs sont venus seuls. L’accompagnement ne semble donc pas être vécu comme un frein à l’utilisation de l’application. Il est intéressant de comparer ce contexte social de visite avec le contexte d’utilisation de l’application. En effet si 52% des personnes déclarent avoir écouté seules les contenus de l’application, 48% d’entre elles ont partagé l’application avec un proche.

    

Parmi les raisons principales ayant motivé le téléchargement de l’application, la volonté d’obtenir des contenus audio sur son propre téléphone arrive en tête (41%), 30% des visiteurs estimant que cet outil leur permet une meilleure compréhension des œuvres exposées. Enfin, 10% avouent avoir téléchargé l’application par « curiosité ». Notons que seul 5% des utilisateurs ont été motivés par les conseils d’un proche.

Concernant les modalités de connaissance de l’application, le site internet semble le plus efficace, 29% des visiteurs ayant appris l’existence du support de médiation par ce biais, et 27% via l’affichage in situ. La recherche spontanée de l’application fonctionne bien (22%), suivi par les recommandations du personnel d’accueil (11%). Enfin 5% des visiteurs avaient vu d’autres personnes du public utilisant l’application.

Si 58% des utilisateurs avaient téléchargé les contenus avant leur visite au Grand Palais, 40% d’entre eux l’ont fait une fois au sein de l’institution. Le dispositif wi-fi installé en amont semble être un bon moyen d’accroître le taux de téléchargement de l’application.

Publics et Smartphones dans les musées et lieux d’expositions.

La plupart des visiteurs interrogés téléchargeaient pour la première fois une application iphone culturelle (70%). Parmi les applications culturelles les plus téléchargées par les autres visiteurs, on retrouve en première position celles de la Pinacothèque de Paris (34%), du Musée du Louvre (19%) ainsi que le Musée Jacquemart-André (9%) ou encore le Musée du Quai Branly (6%). Pour plus de la moitié des utilisateurs de l’application « Monet », l’usage de leur Smartphone pour obtenir des renseignements sur les œuvres étaient également une première (56%).

Cependant, lorsqu’ils veulent en savoir plus sur les œuvres, les visiteurs n’hésitent pas à utiliser la navigation internet de leur Smartphone (38%). Dans ce contexte, très peu d’entre eux avaient auparavant testé un dispositif bluetooth sur leur mobile (4%) ou un flash-code (2%). Cependant, 15% des utilisateurs de l’application « Monet » déclarent avoir déjà écouté un message sur leur répondeur tout en visitant une exposition, 12% disent avoir déjà effectué un partage social en lien avec leur visite (envoie de sms, message sur un réseau social…) et 11% sans liens avec leur visite.

Les contenus de l’application « Monet »

Du côté de la navigation, les utilisateurs ont préféré se servir du clavier de numérotation pour accéder aux commentaires audio (61%), puis de la liste d’œuvres (22%) ou du cover-flow (11%), mais très peu du plan de l’exposition (4%). La prise en main de l’application semble relativement facile puisque 90% des utilisateurs estiment ne pas avoir eu à se servir de l’onglet « aide à la navigation ». Quant à l’onglet « informations pratiques », il a été relativement peu utilisé : seulement 26% des utilisateurs déclarent s’en être servi, 35% d’entre eux ne l’ayant pas remarqué. La possibilité de constituer une banque d’œuvres préférées n’a pas attirées un grand nombre d’utilisateurs (17%).

Très peu ont partagé leur visite avec des proches via la fonction « partager » de l’application (2% des personnes ont postés un commentaire sur Facebook, 2% un commentaire sur Twitter et 1% a envoyé un mail). Les principaux motifs de cette faible utilisation sont le manque de motivation (27%), le manque de visibilité de la fonction (22%), et des usagers qui ne sont pas inscrit sur ces réseaux (18%). Toutefois, certains visiteurs déclarent vouloir utiliser cette fonction plus tard (16%).

Il est intéressant de remarquer que 62% des usagers sont certains qu’ils réutiliseront l’application dans un autre contexte, 31% pensent qu’il la réutiliseront probablement et seulement 4% ne désirent pas la réutiliser.

De manière générale, les usagers de l’application se sont montrés très satisfaits de leur outil d’accompagnement à la visite puisque 98% d’entre eux la conseilleraient à un ami et que 93% seraient prêts à réitérer l’expérience en téléchargeant de nouveau une application des Galeries Nationales du Grand Palais. En revanche, si 69% des personnes interrogées trouvent le prix adapté (2,99 euros), 24% estiment qu’elle est trop chère.

De façon plus qualitative, il est à noter que les visiteurs ont soulevé comme point les plus positifs des applications iphone à caractère culturel : le sentiment d’appartenance de l’application et le fait de pouvoir consulter les contenus de nouveau une fois chez soi. L’utilisation de leur propre outil est vécu comme une véritable autonomie (ne pas attendre au comptoir la location d’un audioguide et ne pas oublier de le remettre à la sortie). Le partage de l’application avec les proches pendant ou en dehors de la visite est également un élément positif qui est récurent dans les retours des utilisateurs. Toutefois, ceux-ci souhaiteraient que l’aspect visuel de l’application soit plus développé (zoom, goodies…) et que les futures applications soient plus ludiques (jeux…).

Cliquez ici pour lire l’enquête dans son intégralité avec une analyse plus détaillée des données, intégrant des graphiques et des recoupements par typologies de visiteurs, ainsi que pour voir le questionnaire et les préconisations.

Auteur  : Clélia Dehon (dehonclelia@hotmail.fr)

Remerciements à la société SmArtapps et aux galeries Nationales du Grand Palais (RMN)


[1] Le sondage aléatoire stratifié se caractérise par le recoupement de plusieurs catégories de personnes. Il s’agit d’interroger aléatoirement des personnes se situant dans ces catégories. Dans le cadre de l’enquête quatre catégories à priori « identifiables » ont été définit : hommes de moins de 35 ans, hommes de plus de 35 ans, femmes de moins de 35 ans, femmes de plus de 35 ans.

[2] En juillet 2009, soit un an et demi avant cette enquête et avant la sortie en France de l’iPhone 4, une étude de Synapses Conseils et Audiovisit révélait que 10% des visiteurs sondés dans quatre institutions culturelles, possédaient un iPhone.

[3] Chiffres transmis par la RMN-GP

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