Le robot a quitté la fiction et il entre de manière massive dans l’industrie, les services et la vie quotidienne. Les musées et les lieux de patrimoine n’échappent pas à cette tendance. Un monument français a même été pionnier dès 2007. Panorama des pratiques robotiques dans les musées et le patrimoine en France et dans le monde. (Dossier actualisé le 16 mai 2016).

(c) France Télévisions

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Un robot pour une visite à distance

Le robot peut d’abord se faire le relais du visiteur éloigné. Plusieurs collectivités et musées français adoptent actuellement des robots, structures sur roues équipées de caméras, d’un micro et d’un écran. Le visiteur éloigné géographiquement, ou en raison de son état de santé ou d’incapacité physique peut en prendre très facilement le contrôle et effectuer la visite du musée à distance. Placé à hauteur d’homme, la caméra permet de zoomer et d’examiner les objets de la collection tandis que micros et haut-parleur rendent possible l’interaction avec d’autres visiteurs.

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Musée d’Autun

Cette technologie est déjà utilisée de façon permanente dans les musées de la ville d’Autun depuis début 2014 ou au musée de la grande guerre de Meaux à partir de décembre 2014. Ces deux applications sont avant tout à destination des publics scolaires éloignés géographiquement.

Lire à ce sujet l’article sur le robot Beam à Autun et  l’interview de Vincent Chauvet, adjoint au maire d’Autun en charge du développement du patrimoine historique et de l’accessibilité. Également l’article sur le dispositif robotique du Musée de la Grande Guerre de Meaux.

Les robots de télé-présence intègrent également le contexte muséal et patrimonial, à San Francisco (de Young Museum in San Francisco), à Seattle (Seattle Art Museum)à Cambera (National Museum of Australia), à Détroit (Detroit Institute of Arts), à Moutain View, Californie, (Computer History Museum) et à Vermillion, Dakota du Sud (National Music Museum). L’accent est mis dans ces musées sur l’interactivité avec les autres visiteurs permise par le robot de téléprésence.

En décembre 2013, la biennale de Lyon a mis en scène une trentaine de robots, dont un robot VGO de téléprésence ou des robots-dinosaures réagissant aux caresses et à la voix. D’autres machines questionnaient le rapport entre art et robot.

Norio au Château d’Oiron

Le robot Norio, en service depuis un an au Château d’Oiron (CMN), rend possible la visite du premier étage du monument par des visiteurs en situation de handicap. Présent au rez-de-chaussée, ce visiteur peut visiter l’étage à distance tout en interagissant avec ses amis. Le Projet Norio a d’ailleurs remporté le 1er prix Patrimoine et Innovation(s) du Clic France en 2015.

De tels robots ont également été testés au Grand Palais, à la Cité des sciences, et au musée gallo-romain de Fourvière le 17 mai lors de la Nuit européenne des musées et en décembre 2014 pour une dizaine de personnes lors de l’inauguration du musée des Confluences.

Louvre lens robot 3Plus récemment, le Mob Museum (Las Vegas, USA) propose chaque jour deux visites à distance grâce à Moe-Bot, un robot de téléprésence. Pour un coût de 80$, le télévisiteur peut être guidé dans les collections par un médiateur du musée.

En France, le musée du Louvre-Lens a déployé un robot de visite à distance le 13 mai 2016 pour visiter l’exposition « Charles Lebrun, peintre du roi Louis XIV ». Le dispositif, fruit d’un partenariat avec Polytech Lille, se compose d’un mât de taille humaine dressé sur une base roulante, comprenant au sommet une caméra sur un axe, permet de regarder en haut et en bas. De l’autre côté le visiteur distant utilise un joystick pour mener sa visite et découvrir les images sur un écran d’ordinateur.

Un robot pour explorer

Le robot explorateur prend la place du visiteur là aucun visiteur ne peut se rendre. Espaces trop fragiles, musée de nuit … les visiteurs à distance prennent alors le contrôle du robot généralement composé uniquement de caméras et bénéficient ainsi d’une expérience unique.

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Château de Versailles

Précurseur, le Château de Versailles a installé un robot dans ses murs dès 2007, dans le cadre du projet Grand Versailles Numérique. Grâce à un partenariat avec Orange, les salles fermées au public étaient visitables par les propriétaires d’une bonne connexion internet. Le robot suivait un parcours défini mais les internautes pouvaient demander un arrêt à onze points définis. L’expérimentation s’est transformée par la suite en visites scolaires par visioconférence.

Hors de l’hexagone, les initiatives fleurissent. Ainsi le robot Virgile, du château italien Racconigi, sert de guide, non à Dante mais au visiteur. Ce prototype déambule depuis décembre 2014, contrôlé par un médiateur ou un visiteur, dans les zones fermées au public. Son « œil » retransmet les images sur une tablette et à long terme sur une application pour le grand public

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Virgile le robot italien

Autre pays, autre prototype, autre usage, puisque c’est de nuit que les quatre robots du projet « After Dark » ont exploré la Tate londonienne.

Créés à l’occasion du prix « IK Prize » organisé par le musée, ces robots de téléprésence (dotés de roues et de caméra) sont centrés sur l’observation «de l’art sous un angle et une lumière différents, au sens propre comme au figuré» expliquait un de leur créateur. L’initiative a duré cinq nuits durant lesquelles des visiteurs tirés au sort ont pu de chez eux contrôler les robots, le flux vidéo étant disponible pour tous.

Un robot médiateur

Le robot peut aussi agir au contact du visiteur. Il devient alors interlocuteur, voire médiateur. 

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De gauche à droite: Kodomoroid, Pr. Hiroshi Ishiguro, l’ancien astronaute Mamoru Mohri et Otonaroid

Le musée national des sciences émergentes et de l’innovation de Tokyo a accueilli en juin 2014 deux androïdes chargés de l’accueil et de la médiation auprès des visiteurs. Kodomoroid et Otonaroid, les créations du Pr. Hiroshi Ishiguro, ressemblent à s’y méprendre à deux jeunes femmes et peuvent dialoguer avec des interlocuteurs humains.

Docent le robot-guide est lui présent dans un musée coréen depuis plusieurs années déjà. Moins anthropomorphique, son visage représente un écran pour afficher quelques expressions. Circulant sur un itinéraire fixe, il peut présenter des contenus vocaux à certains points d’intérêt et projeter des contenus sur un mur pour étayer son discours.

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Le robot Linda au London’s Natural History Museum

En 2012 le projet Berenson a conduit à l’immersion d’un robot au milieu des visiteurs du musée du quai Branly. Le but ? Le faire interagir avec les visiteurs afin de l’aider à définir des critères d’appréciations esthétiques. Enseigner à un robot ce qu’est l’art… En 2014, c’est le London’s Natural History Museum qui accueillait six robots prénommés Linda qui devaient apprendre à se déplacer en toute autonomie au milieu des visiteurs en cartographiant régulièrement sa zone.

En Grande-Bretagne toujours, les robots du British Museum vont à la rencontre des visiteurs pour leur demander leur avis sur la manière dont le musée pourrait créer une interaction entre son public et ses collections et outils numériques.

Du 9 juillet 2015 au 17 janvier 2016, les visiteurs du Mudam du Luxembourg ont pu suivre un médiateur un peu particulier. Guido, robot humanoïde, animait des visites de l’exposition « Eppur si muove. Art et technique, un espace partagé », conçue en partenariat avec le musée des Arts et Métiers. Composé d’une moitié de robot Nao et d’une base mobile sur roues, le robot est programmé pour guider avec humour des groupes d’amateurs d’art moderne. Le robot, s’il est autonome, peut également être piloté à distance grâce à des capteurs, un micro d’ambiance…

Au sein de l’exposition, une seconde expérience proposait au visiteur de rencontrer deux robots humanoïdes de type Nao – c’est-à-dire d’apparence humaine – et un drone, qui communiquent entre eux pour mieux aider leur interlocuteur.

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Google utilise des robots pour créer ses visites «street view» dans les musées du monde entier. Les robots ne sont alors ni contrôlés par un visiteur ni fait pour être vus. Sauf qu’il arrive qu’ils prennent accidentellement des selfies. Et cela donne un tumblr humoristique de l’artiste espagnol Mario Santamaria qui les recense tous.

Auteur: Xavier Gerard

Date de première publication: 16/03/2015

Dernière actualisation: 16/05/2016

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