SmartApps : « applications payantes, des premiers résultats excellents »

Frédéric Durand, co-fondateur et président de la société SmartApps, répond aux questions du CLIC sur l’ascension et le succès des applications mobiles dans le domaine culturel.

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SmartApps a lancé plusieurs applications iPhone pour des expositions de musées français (Jacquemart André et Pinacothèque), pourquoi avoir choisi le modèle payant (1,59 et 2,99 euros) ?

L’achat de contenu sur mobile n’est pas encore complètement passé dans les mœurs. C’est pourtant notre choix pour 2 raisons majeures :
1 – nos applications ne sont pas, contrairement à beaucoup d’applications « culturelles », des adaptations sur mobile d’un site web gratuit. Ce sont des alternatives aux audioguides «classiques», dont le modèle payant a fait ses preuves.
2 – cela permet d’alléger le budget d’investissement des institutions culturelles.

Il n’y a pas de raison qu’un contenu exclusif et de qualité soit offert ou vendu 0,79 euros sur iPhone alors qu’il est vendu 5 ou 10 fois plus cher sur n’importe quel autre support ! La course au gratuit ou au prix plancher dessert tout le monde.

Quoiqu’il en soit, c’est une (r)évolution par rapport à l’audioguide « classique » car nous avons réduit les prix de 50% pour une expérience visiteur de bien meilleure qualité.

Quels sont les premiers résultats de téléchargement payant ?

Ils sont excellents pour un tel marché de « niche », preuve de l’attente du public sur cette forme de médiation. Les 2 applications (Pinacothèque de Paris et Jacquemart-André) ont une présence régulière dans le TOP 3 de la catégorie « Education », qui comprend plus de 3 000 applications.

3 mois après leur lancement, il y a eu plus de 5 000 téléchargements. C’est beaucoup car il ne faut pas oublier, qu’en moyenne, une application payante est 10 fois moins téléchargée qu’une application gratuite.
Le point intéressant est la régularité dans le classement par opposition aux applications gratuites qui bénéficient d’un effet « pic » au lancement mais s’épuisent très vite.

Quelle est la proportion anglais / français dans le cas de l’exposition Jacquemart André ?

Environ 85% français et 15% anglais, alors que le nombre de visiteurs anglophones du Musée est beaucoup plus faible. C’est une confirmation qu’il y a une part significative de téléchargements provenant de l’étranger (Etats-Unis, Brésil, Canada, Russie, etc). Le Musée Jacquemart-André peut ainsi communiquer et offrir un contenu de qualité à des personnes qui ne peuvent pas visiter l’exposition in situ : c’est une mini-révolution.

L’application « Du Gréco à Dali » pour le Musée Jacquemart-André bénéficie d’une version iPad. Quels en sont les éléments supplémentaires ?

Nous sommes les premiers en France à avoir développer une application « culturelle » spécifique pour l’iPad, et avons été, à ce titre, rapidement contactés par Apple qui souhaite mettre notre application en démonstration à l’Apple Store du Louvre.

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Il y a plusieurs éléments supplémentaires pour cette version iPad mais la grande nouveauté est le niveau de zoom qui a été multiplié par 5 ! On peut observer des détails quasiment invisibles in situ car nous tirons partie de la qualité de l’écran iPad et de sa forte densité de pixels.

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Nous avons publié cette version spécifique dès le lancement de l’iPad aux Etats-Unis début avril, et avons eu, à notre surprise, un nombre significatif de téléchargements. Mais depuis sa sortie en France, les téléchargements ont été multipliés par 10 !

Comment voyez vous l’usage de l’ipad dans un contexte culturel ? Sa force (grand écran) n’est elle pas son handicap (encombrement dans un lieu culturel) ?

Les dimensions de l’iPad ne sont pas très adaptées pour l’utiliser dans un lieu culturel. En revanche, c’est idéal pour profiter de l’exposition chez soi dans son fauteuil, dans le train, chez des amis, etc. Au final, en y ajoutant la portabilité, l’interactivité et le multimedia, l’iPad va rapidement devenir une vraie alternative au traditionnel catalogue d’exposition que l’on achète à l’issue de la visite. N’oublions pas aussi que l’offre culturelle est de plus en plus riche, surtout sur Paris et que beaucoup de personnes préparent leur visite en amont. Ce type d’application, en leur offrant un aperçu, peut faire pencher la balance au moment de choisir « l’expo du week-end ».
Autres usages possibles : l’institution culturelle peut installer l’iPad in-situ comme écran de diffusion d’information ou comme écran tactile de médiation. Bref, il y a vraiment beaucoup de potentiel.

Quand lancerez vous des applications sur d’autres smartphones (android, …) ?

Nous développons de telle sorte que nos applications iPhone soient très facilement adaptables et nous avons donc déjà des maquettes fonctionnelles pour les autres smartphones. Mais le marché en France est encore en pleine structuration. Par ailleurs, le développement est complexifié par la multiplicité des terminaux, des tailles d’écran et des navigateurs web mobile. Au final c’est donc l’évolution du marché qui dictera nos priorités de lancement sur les autres smartphones mais nous le ferons évidemment.

Quel est le budget moyen de production et développement d’une application iPhone ? iPad ?

Le Journal du Net a sorti récemment une étude sur le développement d’une application iPhone. En fait c’est très variable, comme peut l’être le développement d’un site web. Suivant le cahier des charges, le budget de développement se situe entre 15k€ et 50k€ . Forts de notre expérience au Musée Jacquemart-André, nous proposons maintenant une offre « couplée » iPhone + iPad qui permet de réduire fortement ces coûts.

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Quel est le modèle économique ? combien de téléchargements nécessaires pour équilibrer ? comment se répartissent les 70% reversés par Apple ?   (ce sont les questions que se posent tous les gestionnaires de lieux culturels aujourd’hui)

Apple prend une commission de 30% mais il y a également 10% de taxe, donc Apple ne reverse que 60% du prix TTC en fait. Le modèle économique est différent suivant les partenaires. Dans le cas d’applications payantes, nous nous répartissons ces 60% en fonction de l’investissement initial de la part de l’institution culturelle. Plus celui-ci est élevé, plus la répartition des 60% sera en faveur de l’institution, et inversement. C’est assez classique.

 

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Dans le cas de ces applications quel type de contrat avez-vous avec les lieux culturels ? co-production / coédition ? prestation ? licence ? qui est propriétaire des contenus ?

Nous sommes très attachés à la notion de « partenaire » des lieux culturels avec qui nous travaillons. Nous souhaitons donc être co-producteur. Le lieu culturel est propriétaire des contenus et nous sommes propriétaires du code source de l’application. Chacun apporte sa pierre à l’édifice car c’est selon moi la meilleure façon de collaborer. Cependant si l’institution culturelle le souhaite nous pouvons produire le contenu.

Travaillez vous pour d’autres lieux culturels ? autres projets d’expositions ? si oui lesquels ?

Nous sommes actuellement en discussion avec de nombreuses institutions culturelles. Beaucoup d’entre elles souhaitent « voir » concrètement le fonctionnement de notre solution in situ car c’est très nouveau. Nous avons beaucoup d’idées dans nos cartons et nous cherchons des partenaires pour les mettre en œuvre.
Concernant les nouveautés, nous venons juste de publier, pour le compte de la Pinacothèque de Paris, une application « rétrospective » de toutes les expositions qui ont fait le succès de ce musée depuis son ouverture (Pollock, Man Ray, Soutine, etc). Et elle est gratuite.

Travaillez-vous sur d’autres supports que l’iPhone ou l’iPad ?
En plus des autres Smartphones évoqués précédemment, nous travaillons déjà sur la future tendance en termes d’applications, à savoir les applications lisibles sur un navigateur web mobile, communément appelées « webApps ».
Les applications dédiées et embarquées ont pour le moment l’avantage d’une meilleure expérience utilisateur et d’une monétisation facilitée (merci Apple !). Mais les experts s’accordent cependant sur la montée en puissance des « webApps » pour plusieurs raisons :
– la norme HTML5, en cours de finalisation, est compréhensible par tous les navigateurs web mobiles et offre des fonctionnalités multimédia évoluées
– la multiplicité des mobiles (et des OS) rend couteux le développement d’application dédiées et embarquées
– last but not least, les « webApps » permettent de s’affranchir des contraintes liées aux « Applications Store » : % de commission sur les ventes, circuit de validation long et aléatoire, etc.

Les contenus des applications sont ils également vendus sur iTunes ?

En ce qui concerne les fichiers audio, ils ne sont pas vendus en podcast sur iTunes. Certains sont cependant téléchargeables sur le web du musée.

Les applications peuvent elles être téléchargées in situ ?

Oui et c’est peut-être l’aspect le plus important de notre solution. Nous avons mis en place chez nos partenaires un système de bornes de téléchargement Wi-Fi. Cela présente de nombreux avantages.

– Pour le visiteur : accès gratuit depuis tous les espaces du musée, téléchargement de l’application in situ en 25 secondes (au lieu de 8 minutes en 3G et de 2 minutes en Wi-Fi « classique »), pas de surcoût de « roaming data » pour les visiteurs étrangers,…
– Pour le musée : promotion de l’application in situ, statistiques détaillées sur le comportement des visiteurs, fiabilité et pérennité (contrairement au bornes Bluetooth),…
Par ailleurs, en plus d’accélérer le téléchargement Wifi par un procédé exclusif, nos bornes sont sécurisées et restreintes au téléchargement sur l’App Store. Ce sont des innovations rassurantes pour le musée.

Comment a été fait le marketing de ces applications ?

Il a été réalisé en collaboration avec les équipes marketing de nos partenaires. Ils sont familiers du marketing offline (presse, affiches,…). Nous leur avons apporter notre expertise sur le marketing online (relations privilégiées avec Apple, blogs « culture », réseaux sociaux,…) mais il y un potentiel encore sous-exploité sur ces supports et nous avons beaucoup d’idées dans nos cartons.

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SmartApps en quelques lignes :

Date de création : Septembre 2009
Métiers : Solutions innovantes de médiation culturelle

Nos 5 références culturelles (avec liens) :
1. CulturePocket / le portail de toutes les visites culturelles à Paris

2. Pinacothèque de Paris / expo « Edvard Munch ou l’« anti-Cri » »

3. Pinacothèque de Paris / portail rétrospective de toutes les expositions passées

4. Musée Jacquemart-André / expo « Du Greco à Dalí » version iPad HD
en français
en anglais

5. Musée Jacquemart-André / expo « Du Greco à Dalí » version iPhone
en français
en anglais

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Contacts : Frédéric Durand – Président – frederic.durand@smartapps.fr