La start-up lilloise Tri-D a développé un projet permettant aux déficients visuels d’appréhender l’art et le monde qui les entoure. Cette expérimentation de l’impression 3D dans un contexte muséal va se dérouler prochainement au LaM, Lille Métropole musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut à Villeneuve d’Ascq.

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Chris et Thomas / Photo  Maxime Dufour - La Créativallée

Chris et Thomas / Photo Maxime Dufour – La Créativallée

Deux jeunes Lillois, Chris Delepierre et Thomas Delbergue ont créé la start-up Tri-D (Troisième révolution des idées), qu’ils présentent comme un « artisan 2.0, alchimiste des idées en projets tangibles, au service d’une nouvelle économie créative et durable ». Leur première initiative: un projet social reposant sur l’intuition que «le toucher peut se substituer à la vue pour représenter le monde autrement».

En sortant de l’Ecole centrale de Lille, il y a deux ans, Chris Delepierre a découvert l’impression 3D et trouvé cette technologie  «magique, et ouvrant un champ des possibles inimaginables». Il s’associe alors à Thomas, un designer 3D pour lancer le projet Tri-D qui consiste à «mettre cette nouvelle technologie au service de projets porteurs de sens en reproduisant en 3D des pièces à forte valeur sociale ajoutée».

La Venus de Milo leur souffle l’idée

En imprimant dans leur garage une Vénus de Milo, les deux associés réalisent que «l’impression 3D d’une œuvre d’un musée peut être le moyen de les faire découvrir, notamment aux non-voyants».

Ainsi est né le projet «Toucher pour voir», qui consiste à « imprimer en 3D les monuments et les symboles de notre région Nord-Pas de Calais ! Ainsi, nous pourrons faire découvrir notre belle région à ceux qui l’habitent et n’ont pas la chance de la contempler. Par exemple, le Lion des Flandres, les beffrois, la Citadelle de Lille et bien d’autres lieux et symboles emblématiques deviendront accessibles à tous par le biais de médiations culturelles originales et inédites ».

Les fichiers numériques 3D des objets seront également visualisables en 3D sur Internet et disponibles en téléchargement libre.

Ce qui explique les entrepreneurs- « permettra de les téléporter et de pouvoir les fabriquer partout dans le monde, que l’on soit à Shanghai ou bien à New-York grâce à l’essor de l’impression 3D ».

Bientôt au LaM

Le LaM, musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut à Villeneuve d’Ascq, « a été séduit par l’idée et a imaginé un projet en collaboration avec Tri-D pour une expérimentation sur deux œuvres dans le cadre du projet éducatif ainsi qu’un projet de plan tactile du musée », comme le précise Benoit Villain, Responsable du service des projets éducatifs et culturels du LaM.

Un autre projet est dans les cartons: le LaM dispose en effet d’une maquette de son bâtiment visible par le public. Afin de faciliter la circulation des personnes déficientes visuelles dans le musée, le LaM, en collaboration avec l’ESAT Renaissance de Lille (établissement qui accueille des personnes déficientes visuelles) et Tri-d travaille sur la réalisation d’un plan relief tactile qui permettra à chacun, voyants et non-voyants de repérer les différents espaces d’exposition et autres espaces ouverts au publics tels que la bibliothèque ou le restaurant du musée. Ce projet bénéficie du soutien de la Fondation Neuflize Vie.  (voir l’interview ci-dessous et le blog de tri-d )

Une campagne de crowdfunding réussie

Pour développer le projet Toucher pour voir, les deux jeunes entrepreneurs se sont associés à un spécialiste des déficiences visuelles.

Pour financer le projet, ils ont également fait appel au crowdfunding. Objectif : 10 000 euros pour acheter des imprimantes 3D.

La campagne sur KissKissBankBank leur a permis de collecter 13.000 euros et ainsi de démarrer la production. Une campagne réussie qui promettait notamment aux généreux donateurs (plus de 100 €) de manger à deux au restaurant “Dans le noir” à Paris pour « profiter d’une expérience tactile et gustative unique ».

Dans la région Nord Pas de Calais, Tri-D a déjà reproduit la vieille Bourse de LillePorte de Paris, le Beffroi de Lille, la façade du Palais des Beaux Arts de Lille et les falaises du cap Blanc-Nez. (modèles 3D disponible sur Sketchfab).

Comme l’explique Chris, «grâce à une miniature de la citadelle de Lille, une jeune non-voyante à découvert que celle-ci n’était pas carrée mais en forme d’étoile». La jeune start-up qui veut creuser son sillon dans sa région devrait intégrer, prochainement, l’incubateur de l’université catholique de Lille.

5 QUESTIONS A ….Chris Delepierre, co-fondateur de tri-d

Quel est votre parcours ?

J’ai suivi une formation d’ingénieur manager entrepreneur à l’Iteem (Centrale Lille + Skema Business School) dans le Nord de la France. J’ai ensuite travaillé dans l’économie responsable, la Responsabilité Sociétale des Entreprises et le développement durable au Réseau Alliances / World Forum Lille. En octobre 2013, j’ai décidé de créer une entreprise sociale dans le domaine de l’impression 3D : je me suis notamment intéressé aux nouveaux usages que nous permet d’inventer la démocratisation de ces technologies créatrices de possibles.

Comment est née cette idée de travailler avec les musées et le patrimoine ?

En imprimant une Vénus de Milo dans mon garage et en ayant en tête cette réflexion de donner du sens à l’innovation technologique, j’ai eu l’intuition du concept Toucher pour Voir, c’est-à-dire que le toucher peut se substituer à la vue et qu’on pourrait ainsi rendre accessible des contenus culturels et artistiques à des personnes aveugles grâce à la reproduction de sculptures ou de monuments en miniature par impression 3D.

Vous avez déjà noué un premier partenariat avec un musée.

Oui, nous préparons une première expérimentation avec le Lille Métropole Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut pour la création d’une mallette pédagogique : elle contiendra notamment le puzzle tridimensionnel de 2 sculptures du musée – le Masque Nimba de la collection d’art moderne et une sculpture de pierre de la série dite « les Barbus Müller ». Ces reproductions en miniature par impression 3D serviront pour les groupes de personnes déficientes visuelles mais également pour tout à chacun et notamment les enfants : ce sera permission de toucher ! Nous inventons de nouveaux outils de médiation et allons pouvoir proposer des expériences inédites de « musée hors les murs ».

Interview vidéo de Claudine Tomczak, chargée des publics spécifiques au musée du LaM de Villeneuve d’Ascq

Comment allez-vous financer ce projet ?

Le projet est encore en phase expérimentale mais le musée financera la conception et l’impression 3D du projet – entre le scan 3D des œuvres, le temps de modélisation 3D et l’impression 3D, cela revient à environ 500€ par sculpture. Nous cherchons à valoriser au maximum notre travail de numérisation des œuvres d’art qui peut entrer dans une logique de conservation du patrimoine mais également de partage au plus grand nombre par la visualisation 3D des œuvres disponible par Internet.

Photo © Davy Rigault

Photo © Davy Rigault

Avez-vous de nouveaux projets en matière de culture et patrimoine ?

Nous avons travaillé sur la région Nord-Pas de Calais en 3D et notamment sur les monuments de Lille que nous avons modélisés en 3D. L’intérêt est de participer au rayonnement régional grâce au partage de son riche patrimoine et à ces nouvelles technologies : l’impression 3D liée au numérique permet en effet de « téléporter » les objets n’importe où dans le monde. On va donc très bientôt pouvoir imprimer son propre beffroi de Lille en miniature par impression 3D que l’on se trouve à New-York ou à Shanghai.

Vous venez de recourir au financement participatif ? quelle leçon en tirez-vous ?

C’était un vrai challenge et un vrai marathon de 47 jours pour remplir l’objectif que l’on s’était fixé. Cela a finalement été un succès en ayant collecté presque 13 000€ auprès de plus de 160 donateurs. Cela nous a permis de partager au monde notre vision et le projet de Troisième Révolution des Idées que nous portons avec mon associé.

Nous avons également pu constituer une vraie communauté de personnes qui croient réellement dans le projet : je pense que c’est le principal intérêt du crowdfunding au-delà de l’aspect financier. Grâce à cette campagne, nous avons même été contactés par une chercheuse de Barcelone qui travaille sur les nouveaux outils de médiation culturelle ! Notre enjeu dans le domaine culture est de faire émerger un nouveau paradigme de pensée dans le cadre de cette nouvelle économie créative en considérant que notre imagination est la seule limite !

SOURCES: tri-d.fr, 20minutes.fr/lille, kisskissbankbank.com

Date de première publication: 22/05/2015

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