DOSSIER TechnoRadar / Hiver 2015 (RCIP Canada)

 Chaque saison, le Réseau Canadien d’Information sur le Patrimoine RCIP met en lumière des technologies prometteuses, émergentes ou éprouvées qui sont utilisées pour et par les musées.
Le Technoradar de cette saison est une version adaptée de l’analyse environnementale préparée par le Groupe de recherche sur les politiques à Patrimoine Canada. Le RCIP les remercie de leur avoir accordé la possibilité de partager cette analyse exhaustive sur l’impression 3D avec ses lecteurs.

Numéros précédents :
Automne 2014; Été 2014; Printemps 2014; Hiver 2014;

Imprimantes 3D dans le milieu des arts et du patrimoine

Étant donné que le prix des imprimantes 3D continue à baisser et que les appareils en tant que tels prennent de moins en moins de place, on s’attend à ce que les ventes augmentent de 200 % d’ici 2015. Pour remettre les choses en contexte, le marché mondial de produits et de services d’impression 3D atteignait 3,07 milliards de dollars en 2013.

Les imprimantes 3D permettent d’obtenir une variété de produits, notamment des pièces de rechange, des instruments musicaux, des aliments (p. ex., l’imprimante 3D financée par la NASA qui consiste à fabriquer de la nourriture pour les astronautes en mission à partir de cartouches d’ingrédients en poudre), des objets avec des parties mobiles, et même des organes humains (p. ex., oreilles, reins, vaisseaux sanguins, peau et os ont été imprimés avec succès à l’aide de bio-imprimantes médicales en trois dimensions qui utilisent une substance similaire au gel fabriquée à partir de cellules souches ou de céramique en poudre pour les os). Un certain nombre d’imprimantes 3D peuvent même dupliquer une grande partie de leurs composantes internes, ce qui signifie que la technologie peut se reproduire.

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Il y a fort à parier que cette technologie modifiera les processus actuels de production. Des prototypes peuvent être produits à très faible coût, ce qui permet de les modifier ou d’en revoir la conception rapidement, et donc d’accélérer le processus d’innovation. En outre, les imprimantes 3D permettent le sur-mesure de masse et la fabrication juste à temps, ainsi que la production de biens en petite quantité à un moindre coût. Les processus de fabrication traditionnels continuent cependant à présenter un avantage financier dans la production de biens en grande quantité.

Répercussions pour le milieu des arts et du patrimoine

Musées

Les imprimantes 3D ouvrent les portes de la créativité pour les programmes pédagogiques et permettent d’élargir l’accès aux collections des musées :D138530

  • Les musées tels que le Rijksmuseum d’Amsterdam ou le Smithsonian de Washington ont mis en place des banques en ligne de modèles de leur collection à télécharger et à imprimer en 3D. Chacun peut ainsi produire des reproductions fidèles des artefacts.
  • Un étudiant de premier cycle de l’université d’Harvard a mis au point, à l’aide d’un logiciel et d’imprimantes 3D, une méthode permettant de transposer des tableaux en un objet tridimensionnel et d’ainsi offrir aux aveugles la possibilité de toucher les œuvres. Ces « représentations tactiles de tableaux », qui sont des versions sculptées d’œuvre d’art, ont ouvert tout un nouveau champ de possibilités pour les musées en matière de programmes pédagogiques.
  • Les imprimantes 3D permettent aux musées de présenter des reproductions fidèles d’artefacts rares ou fragiles, et d’agrandir l’échelle des pièces plus petites pour que les visiteurs puissent les observer plus en détail.
  • Les imprimantes 3D peuvent améliorer le processus de restauration de manière significative, en permettant aux établissements de fabriquer des pièces de rechange ou de recréer des artefacts endommagés. Des archéologues de l’université d’Harvard y ont eu recours pour restaurer un lion en céramique qui avait été endommagé il y a 3 000 ans durant l’attaque d’une ville de la Mésopotamie par les Assyriens.

Arts et design

Les imprimantes 3D permettent aux artistes d’adopter de nouvelles méthodes de création et d’ajouter de nouvelles dimensions à leur travail :

  • Des artistes britanniques ont eu recours à la technologie 3D pour obtenir une représentation physique du son et du rayonnement émis par un pulsar.
  • La technologie 3D permet aux artistes de combiner ou de transformer des objets. Grâce à la fabrication additive, l’artiste Tom Burtonwood a créé une nouvelle pièce intitulée « Ogre Puppy » à partir de sculptures anciennes de l’Institut d’art de Chicago.
  • En Californie, deux artistes ont créé la plus grande installation artistique imprimée en 3D du monde. Echoviren est constitué de 500 éléments uniques imprimés en 3D et biodégradables. L’œuvre a été imprimée en deux mois et installée en quatre jours.
  • Neri Oxman (MIT Media Lab) insiste sur le fait que la technologie 3D permet aux architectes et aux designers de répliquer les motifs complexes qu’on retrouve dans la nature. Selon elle, l’innovation peut rendre nos structures physiques plus adaptées et plus fonctionnelles.

Questions relatives à la propriété intellectuelle

Nombreux sont ceux qui ont prédit que la démocratisation des imprimantes 3D posera de nombreux problèmes juridiques concernant la législation relative aux brevets, à la marque de commerce et aux droits d’auteur. En effet, certains auteurs ont fait des parallèles entre les potentielles conséquences juridiques de cette technologie et le programme de partage de fichiers Napster. Des analyses ont montré que ces législations auront peu de répercussions sur ceux qui utilisent les imprimantes 3D à des fins personnelles, mais que la technologie pose toutefois la question de la responsabilité juridique de ceux qui créent, copient ou modifient des objets à des fins commerciales. Nombreux sont ceux qui soutiennent que la législation en matière de propriété intellectuelle pourrait miner l’innovation et créer des obstacles pour les nouvelles entreprises et les créateurs. D’autres estiment que ces lois constituent un moyen essentiel de protéger les droits des créateurs. Si on ignore quelles seront les retombées juridiques des imprimantes 3D, il y a fort à parier que cette technologie révolutionnaire fera encore parler d’elle au cours des prochaines années.

Article paru le 10 décembre 2014 sur le site du RCIP

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