Valérie Sirard (MAC Montréal) : « A l’avenir, nous irons probablement vers des sites mobiles pour nos nouveaux projets »

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Valérie Sirard, responsable de la promotion et du Web au Musée d’art contemporain de Montréal répond aux questions du CLIC France.

Quel est votre parcours professionnel en quelques dates ?

J’ai une formation universitaire en communication (baccalauréat) et en histoire (maîtrise). J’ai travaillé dans les médias pendant les 15 premières années de ma vie professionnelle. En 2004, j’ai décidé de changer de cap et je suis allée travailler à la Société des musées québécois comme responsable de Musées à découvrir (www.musees.qc.ca). Je suis au MAC depuis 2007 en tant que responsable du Web.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consistent vos missions au sein du Musée d’art contemporain de Montréal ?

Je suis responsable de la promotion (imprimés, affichage, publicités, etc.) et du site Web, ce qui comprend les réseaux sociaux et tous les dérivés (applications, microsites, etc.).

Vous avez récemment changé l’interface de votre site internet, pouvez-vous nous en parler ? Quelles ont été vos motivations pour mettre en place cette nouvelle interface ? Disposez-vous d’un webmestre ou travaillez-vous avec des prestataires extérieurs ?

Comme je suis seule à m’occuper du Web, nous avons collaboré avec plusieurs sociétés pour réaliser notre nouveau site Web : Espace Courbe a conçu l’architecture du site, Bertuch a fait le design, Influenza Marketing la programmation et l’intégration, et Accessibilité Web travaille actuellement à en vérifier l’accessibilité (pour les personnes à capacités physiques restreintes). Nous voulions un nouveau site permettant de mettre les expositions et les activités en lien les unes avec les autres. Le système de tagging de WordPress nous a permis de faire tout ça. Maintenant, une conférence, une visite, un atelier, une publication ou même un communiqué de presse peut facilement être associé à une exposition.

Nous voulions également que le site soit l’outil de première ligne pour le personnel de l’accueil. Un calendrier cliquable, par exemple, faisait partie de nos exigences. Ce fut un beau défi pour la firme qui a programmé le site de concevoir ce calendrier dans WordPress, mais elle a réussi haut la main. Un récent sondage nous a démontré que 96% des gens trouvaient les informations qu’ils cherchaient dans le site. On peut dire que notre site Web remplit son rôle.

Le MAC de Montréal est présent sur plusieurs réseaux sociaux : Facebook, Twitter, Flickr, Youtube et MySpace. Comment et pourquoi avez-vous choisi ces réseaux ? Avez-vous une stratégie sociale média particulière ? Un community manager est-il présent pour animer ces réseaux ?

Nous avons commencé en 2007 avec le réseau MySpace pour promouvoir les Nocturnes. Les Nocturnes sont des soirées musicales accueillant des groupes émergents et MySpace était le meilleur moyen de rejoindre le public amateur de ce genre de musique. Par la suite, nous avons utilisé Facebook et Twitter pour promouvoir nos activités, suivi de Youtube pour diffuser les entrevues avec les artistes, et Flickr pour déposer les photos de nos événements. Notre clientèle a en moyenne 35 ans, ce qui est jeune. Nous ne pouvions pas ne pas considérer les réseaux sociaux comme moyen de communiquer avec nos visiteurs. Nous l’avons fait parce que c’était ce qu’il fallait faire. Nous (l’équipe des communications) n’avons pas encore établi de politique d’utilisation des réseaux sociaux pour les employés du Musée.

Nous n’avons pas non plus de directives précises quand à ce que nous publions. Nous gérons les médias sociaux comme n’importe quel média. Nous avons les mêmes retenues, la même façon de regarder un problème. La seule chose qui diffère est le ton employé. Et il y a bien sûr l’échange de personne à personne qui est maintenant chose possible. C’est très stimulant. Même si nous n’avons pas encore de politique, nous nous sommes imposé certains paramètres : jamais nous ne confierions la gestion de nos réseaux sociaux à des firmes extérieures. Il faut quelqu’un qui connaisse le Musée, sa mentalité, ses visiteurs.

Nous essayons de toujours être pertinents dans nos communications. Nous communiquons une activité une fois, rarement deux. Autre chose qui nous tient à coeur : nos fans ne sont pas un objet monnayable (pour un commanditaire d’événement par exemple). Nous ne diffusons pas de logos. Nous n’avons rien à vendre. Nous n’avons que de belles activités à proposer. Un mécène nous a aidés à financer une activité? Nous le mentionnerons avec plaisir, mais à notre façon. Je suis la seule personne au sein de l’équipe qui intervienne dans les médias sociaux au nom du Musée. La responsable des relations publiques devrait s’y mettre sous peu.

Avez-vous initié des projets permettant d’animer votre communauté sur les réseaux sociaux ou permettant de tranformer vos « amis virtuels » en visiteurs réels ?

Oui, nous avons déjà fait une opération Facebook (collecte de dessins) pour créer une publicité et un blogue qui peuvent être vus ici  sur notre blogue et aussi en vidéo.

Nous n’avons pas encore lancé de projet pour accueillir notre communauté sociale dans nos murs.

L’année dernière, des codes QR étaient disposés sur les affiches des nocturnes du vendredi [1], est-ce-que vous utilisez toujours ce système pour communiquer la programmation ? Comment aviez-vous eu cette idée ? Avez-vous décliné d’autres affiches ou produits avec des codes QR ?

Nous avons utilisé les codes QR dès 2007. C’est une agence (Lichen) avec qui nous travaillions qui a eu l’idée. Mais c’était trop avant-gardiste à l’époque. Nous sommes revenus aux codes QR l’année dernière pour donner des suppléments d’information sur nos Nocturnes. Nous allons peut-être les utiliser pour une prochaine exposition, mais en offrant une solution alternative à ceux qui n’ont pas d’appareils pouvant les lire. Mais pour cela, nous devrons permettre l’utilisation de téléphones dans les salles et installer le WiFI partout. Ce n’est pas encore chose faite.

Jusqu’à maintenant, nous interdisions l’utilisation du cellulaire dans les salles à cause des appareils photo (toutes les oeuvres d’art contemporain sont protégées par le droit d’auteur et il est défendu de photographier et de diffuser ces oeuvres sans la permission des artistes). Mais nous nous sommes rendus compte que c’est impossible à gérer. Il suffit d’aller dans Flickr pour voir que c’est incontrôlable. Il y a de nombreuses photos prises dans notre Musée et dans tous les musées du monde. Nous allons donc revenir en arrière et permettre l’utilisation du cellulaire dans les salles tout en demandant aux gens de ne pas photographier les oeuvres. Nous allons miser sur la prévention et l’éducation, plutôt que sur l’interdiction.

Comment s’est déroulée votre collaboration avec l’application iPhone des musées de Montréal ? Quels avantages voyez-vous au fait d’être présents sur cette application ?

Nous sommes très contents de cette collaboration et il semble que ce soit un succès. Mais le retour est difficile à mesurer. Nous avons aussi une collaboration avec les galeries d’art contemporain de notre quartier pour un même type d’application. Je suis personnellement sceptique quand à l’utilisation de ces applications par nos visiteurs. Elles sont parfaites pour les touristes, pour planifier leur visite, mais ceux-ci ont peu ou pas accès à Internet gratuitement lorsqu’ils voyagent. Le WiFI gratuit est encore peu répandu ici. Tant que ce sera le cas, l’utilisation d’applications ou de sites mobiles restera marginale.

L’application Musées Montréal peut être très utile pour préparer une visite, mais elle ne sert à rien dans le Musée. C’est là que nous devons prendre le relais.

Envisagez-vous de développer une application spécifiquement dédiée au Musée ?

Pas encore. Nous avons des expositions qui se renouvellent aux trois mois. C’est trop rapide et nous avons trop peu de personnel pour faire des applications propres à chacune de nos expositions.  Nous avons sondé nos amis Facebook et la moitié d’entre eux étaient équipés de Blackberry ou d’Android, l’autre moitié de Iphone. Que choisir ? Nous avons décidé de nous consacrer à une version de site mobile pour une exposition à venir qui durera 4 ans.

Dans l’avenir, nous irons probablement vers des sites mobiles pour chacun de nos nouveaux projets. Il y a trop de problèmes associés aux applications natives. On voit la difficulté qu’ont nos collaborateurs avec ces applications. Beaucoup de temps à y consacrer et beaucoup de problèmes…

Y a t-il d’autres dispositifs multimédias dont vous souhaiteriez nous parler ? Avez-vous d’autres projets en cours de réalisation liés au numérique ?

Nous allons utiliser l’avantage que nous avons : travailler avec des artistes vivants. Nous allons donc faire plus d’entrevues et utiliser Youtube et le Itune store pour les diffuser. Nous avons réalisé et diffusé 35 entrevues lors de la dernière Triennale (2011). C’est ce que les visiteurs préfèrent : entendre les artistes !

Le musée d’art contemporain de Montréal a-t-il bénéficié d’un mécénat ou d’un sponsoring particulier dans le cadre du développement d’un projet numérique ?

Pas encore.

À l’inverse du Canada et des États Unis, peu de musées en France sont dotés d’un système de WiFI en libre accès, qu’en pensez vous ? Selon vous, le libre accès du WiFI dans un musée peut-il enrichir l’expérience de visite des publics qui disposent d’un Smartphone ?

C’est indispensable. Nous y travaillons présentement. Le WiFI n’est pas encore disponible dans tout le Musée. Au Québec, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir, même aux États-Unis. Ce fut ma plus grande déception lors du dernier Museums and the Web à Philadelphie l’année dernière. J’ai fait le même constat à Chicago. Il faut dans chaque institution un accès à Internet efficace et gratuit.

 

Comment est organisé le multimédia dans votre musée. Service autonome ? Dépendant de quelle direction ? Combien de collaborateurs ? Il couvre quelle activité ? Même direction ou département que les audioguides, l’édition ?

Le Web est sous la responsabilité des communications qui comprend une directrice et trois professionnels. Je suis la seule à gérer le Web. Nous avons un technicien en informatique qui gère la bureautique, et qui donne à l’occasion un coup de main au niveau des serveurs. Nous avons un département audiovisuel (2 personnes à temps plein et quelques surnuméraires) qui s’occupe de l’installation des oeuvres d’art numérique, des projections de films, des spectacles et des installations multimédias. Nous pouvons compter sur leur collaboration lorsque nous avons des entrevues à réaliser. Nous avons une archiviste des Collections (Anne-Marie Zepetelli) qui a développé une véritable spécialité concernant la conservation des œuvres d’art médiatique.

L’expertise technologique du Musée est indéniable quant à la présentation et à la conservation des œuvres d’art. Par contre, concernant la médiation, nous employons des moyens plutôt traditionnels, ceci en raison d’un manque de ressources humaines mais aussi pour des questions de droits d’auteur. Concernant les audioguides : depuis mon arrivée, aucun audioguide n’a été réalisé et j’ignore si le Musée utilisera de nouveau les audioguides traditionnels. Autrefois, ceux-ci étaient sous la responsabilité de l’Éducation. Je pense que la réalisation d’un audioguide ferait appel aujourd’hui à plusieurs services : éducation (pour la conception), communications (pour la coordination et la diffusion) et audiovisuel (pour la réalisation, l’implantation et la maintenance). Mais tout change tellement vite…

Comparaison visiteurs web / visiteurs réels

. stats 2011 du site web du musée (obtenues par Google Analytics)

307 960 Visites
213 473 Visiteurs uniques
1 051 635 Pages vues
3,41 Pages par visite
00:01:48 Temps moyen passé sur le site
36,33 % Taux de rebond
65,62 % Nouvelles visites (en %)

. stats 2010/2011 des visiteurs réels

Nos statistiques concernant les visites sont compilées par année financière (mars à mars)

En 2010-2011 :  nous avons reçu 215 797 visiteurs réels

Je n’ai pas encore les résultats de 2011-2012 mais ce sera à peu près la même chose soit environ 220 000 visiteurs

[1] « Les QR codes : nouvel outil de communication et de médiation dans les institutions culturelles »

Retrouvez le site du MAMC

Interview réalisée par Pierre Yves Lochon et Clélia Dehon (mars 2012)

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