Les résultats de la première enquête mondiale UNESCO-Conseil international des musées (ICOM) sur l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les musées ont été présentés lors du Forum mondial sur l’éthique de l’intelligence artificielle (GFEAI) 2026 à Riyad, le 17 septembre 2026. Menée auprès de plus de 400 musées dans 90 pays, l’étude révèle que 57 % des musées ayant répondu utilisent déjà l’IA, tandis que 55 % ne disposent d’aucune politique, stratégie ou directive interne en la matière.
Le rapport UNESCO-ICOM, récemment publié sur l’utilisation de l’IA dans les musées, est fondé sur les résultats de l’enquête de 2026 lancée en mai 2026.
Menée du 21 mai au 21 juillet 2026, l’enquête a recueilli 466 réponses provenant de 90 pays, dont 12 musées français. 403 réponses ont été retenues pour l’analyse statistique et la publication des résultats, après vérification des critères de soumission.
L’objectif de cette enquête était d’établir un état des lieux de l’utilisation de l’IA par les musées du monde entier et de recueillir des exemples concrets de pratiques actuelles.
La publication des résultats de la première enquête mondiale UNESCO-Conseil international des musées (ICOM) sur l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les musées lors du Forum mondial sur l’éthique de l’intelligence artificielle (GFEAI) 2026 à Riyad, étaient accompagnés de témoignages sur l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) par des musées du Brésil, d’Égypte et du Kenya.
- Un tournant décisif de l’adoption de l’IA dans les musées
Les résultats de l’enquête mondiale révèlent que le secteur se trouve à un tournant décisif de l’adoption de l’IA : l’expérimentation progresse plus rapidement que les capacités institutionnelles et la gouvernance.
« L’UNESCO continuera d’accompagner les musées dans le développement des compétences, des politiques et des cadres éthiques nécessaires pour faire des choix éclairés quant au moment, au lieu et à la manière dont l’IA peut le mieux servir leurs missions culturelles, éducatives et sociales »a déclaré Nayef Al-Fayez, Sous-directeur général de l’UNESCO pour la culture.
Les résultats de l’enquête confirment que l’IA occupe une place de plus en plus visible dans le travail muséal à travers le monde, soutenant des activités allant de l’administration, la traduction et la recherche sur les collections à la documentation, la conception d’expositions et l’interaction avec les visiteurs.
Cependant, l’accès aux technologies d’IA et aux ressources nécessaires à leur mise en œuvre demeure inégal.
Les disparités en matière d’infrastructures numériques, de financement, de capacités techniques et d’accès à l’expertise font que tous les musées ne bénéficient pas des mêmes opportunités d’explorer ou d’adopter l’IA, en particulier dans les régions et les contextes marqués par des inégalités numériques et économiques persistantes.
- Principales conclusions de l’étude
Les principales conclusions sont les suivantes :
. 57 % des musées ayant répondu indiquent utiliser l’IA.
. 55 % n’ont aucune politique, stratégie ou directive interne en matière d’IA.
. L’utilisation de l’IA reste principalement exploratoire ou menée par le personnel plutôt qu’à l’échelle de l’institution.
. L’exactitude, le droit d’auteur et la protection des données sont les principales préoccupations des musées quant à l’utilisation de l’IA.
. Des formations et des conseils ont été demandés concernant l’utilisation technique et éthique de l’IA, ainsi que sur la gouvernance des données et les droits de propriété intellectuelle.
- Quels usages de l’IA dans les musées ?
Les résultats de l’étude montre que les types de technologies et d’applications d’IA utilisées par les musées sont variés.
. 78 % des musées utilisant l’IA emploient des technologies liées à l’IA pour la compréhension et l’analyse de textes.
. 53 % l’utilisent pour la création de contenu et le développement d’expositions.
. 48 % l’utilisent pour la recherche d’informations.
. 41 % l’utilisent pour l’analyse d’images ou de vidéos. 27 % l’utilisent pour la compréhension vocale.
. 23 % l’utilisent pour améliorer l’expérience et l’engagement des visiteurs.
. 19 % l’utilisent pour l’analyse et la prévision des données.
. 16 % l’utilisent pour des recommandations personnalisées.
. 14 % font état d’autres utilisations de l’IA. 12 % utilisent l’IA pour l’automatisation et les machines intelligentes.
Plusieurs réponses étaient possibles. Les réponses ouvertes révèlent un large éventail d’applications qui dépasse les catégories du questionnaire. Les répondants ont notamment mentionné l’utilisation de la reconnaissance de texte manuscrit, la recherche sémantique dans les collections, l’identification d’entités nommées et d’objets, la génération automatique de métadonnées, la production de textes alternatifs, la colorisation de photographies d’archives, le codage assisté par l’IA, l’analyse des visiteurs, les systèmes d’information géographique (SIG) et la modélisation prédictive archéologique.
Plusieurs exemples soulignent le potentiel de l’IA pour améliorer l’accès aux collections muséales et la recherche les concernant.
Par exemple, la Wellcome Collection (Royaume-Uni) a décrit des travaux axés sur l’utilisation de l’IA « pour faciliter la découverte et l’utilisation de nos collections », notamment grâce à l’utilisation de modèles de langage et de vision pour la reconnaissance de textes manuscrits, la recherche sémantique, la reconnaissance d’entités nommées et la recherche au sein des collections.
D’autres exemples illustrent des applications adaptées à des contextes culturels et linguistiques spécifiques, comme la traduction assistée par l’IA, l’éducation culturelle et la documentation du patrimoine culturel immatériel, à l’instar du Musée du patrimoine masaï (Kenya).
De plus, l’IA peut également aider les musées à créer et à diffuser du contenu malgré des ressources limitées. Par exemple, le Musée du comté de Fermanagh (Royaume-Uni) a décrit l’utilisation de l’IA pour créer du contenu visuel illustrant des contes folkloriques, lui permettant de partager des récits médiévaux et préhistoriques sous forme de vidéos sur son site web et ses réseaux sociaux. Le musée a souligné que cela n’aurait pas été possible auparavant avec son budget.
Certains musées ont indiqué utiliser l’IA de manière à soutenir directement leur mission de service public et leurs activités principales.
Parmi les exemples cités figurent le catalogage et la création de métadonnées assistés par l’IA, la recherche dans les collections, la reconnaissance d’objets, la gestion des flux de travail liés à la numérisation, la transcription et l’analyse des documents d’archives et archéologiques.
Le Musée d’Irak a rapporté avoir utilisé l’IA pour interpréter des fragments d’un relief assyrien afin de faciliter sa reconstruction et sa documentation, tandis que le Musée national de Lituanie a décrit comment l’IA est de plus en plus intégrée à ses opérations : « L’IA est également utilisée dans les flux de travail de numérisation, notamment pour la photographie des objets. Notre institution a développé un assistant photographe basé sur l’IA, actuellement en phase de test, afin d’aider les photographes et d’améliorer la cohérence des flux de travail. L’IA contribue également au catalogage des objets dans le système LIMIS [catalogue public des données des musées lituaniens], les décisions finales restant toutefois soumises à l’expertise de spécialistes. »
Les répondants ont également mentionné l’utilisation de l’IA en lien avec l’interprétation et l’interaction avec les visiteurs.
Le Musée d’histoire ancienne (Suisse) a décrit une exposition dotée d’un chatbot permettant aux visiteurs d’interagir avec des reconstitutions grandeur nature de différentes périodes historiques, à partir d’informations préparées par des professionnels du musée.
Parmi les exemples d’autres musées, on peut citer les visites virtuelles, les informations destinées aux visiteurs via des codes QR renvoyant à des représentations historiques générées par l’IA, et la création d’autres contenus éducatifs et interprétatifs.
- IA et accessibilité
L’accessibilité est également apparue comme un sujet d’intérêt récurrent.
Les répondants ont indiqué utiliser l’IA pour la transcription, la traduction, les textes alternatifs et les descriptions visuelles, ainsi que pour adapter le contenu afin d’améliorer la lisibilité et l’accessibilité pour divers publics, notamment les personnes malvoyantes.
Le Musée d’art et de photographie (Inde) a noté que les outils d’IA permettaient aux collègues en situation de handicap de participer plus équitablement aux tâches de transcription, de traduction, de rédaction et de révision.
- IA et responsabilité humaine
Il est important de souligner que plusieurs répondants ont insisté sur le fait que les activités assistées par l’IA restent soumises à la responsabilité professionnelle et à la vérification humaine.
Le Laboratorio Arte Alameda (Mexique) a déclaré que toutes les décisions curatoriales, artistiques, administratives et institutionnelles relevaient toujours de la responsabilité du personnel professionnel du musée et a explicitement exclu la prise de décision automatisée (et la surveillance des visiteurs) de son utilisation actuelle de l’IA.
Dans l’ensemble, les données qualitatives suggèrent que l’adoption de l’IA dans les musées s’inscrit actuellement dans un continuum allant de l’assistance administrative courante aux applications spécialisées pour les collections, l’accessibilité et l’accueil des visiteurs.
Le modèle le plus fréquent est celui du renforcement plutôt que du remplacement : l’IA est généralement décrite comme un soutien aux activités professionnelles, mais la responsabilité finale incombe au personnel du musée.
Enfin, les réponses révèlent un usage relativement limité de l’IA dans certains domaines essentiels à la gestion des inventaires muséaux et à la protection des collections.
Seuls 9 % des répondants ont déclaré utiliser l’IA pour l’inventaire, et à peine 1 % dans la lutte contre le trafic illicite de biens culturels.
« Ces chiffres sont préoccupants compte tenu de l’importance accordée à l’inventaire, à la documentation des collections et au devoir de diligence dans les normes muséales internationales » estime l’Unesco.
La Recommandation de l’UNESCO de 2015 identifie l’inventaire et la documentation professionnels comme des éléments importants de la gestion des collections et comme des outils contribuant à la prévention et à la lutte contre le trafic illicite. De même, la Convention de l’UNESCO de 1970 et le Code de déontologie des musées de l’ICOM insistent sur l’importance de l’inventaire, de la documentation, de la provenance et du devoir de diligence dans ce domaine. L’usage relativement limité constaté dans l’enquête met donc en lumière des domaines où la contribution potentielle de l’IA aux pratiques muséales actuelles mériterait d’être approfondie.
- Nouvel appel à contributions de l’ICOM
L’ICOM prépare un numéro de Museum International consacré au thème « L’intelligence artificielle dans les musées » (Vol. 79, n° 315-316).
Toutes les propositions soumises seront évaluées et, si elles sont retenues, les articles feront l’objet d’une évaluation par les pairs en double aveugle.
La publication de ce numéro, en collaboration avec Taylor & Francis/Routledge, est prévue pour décembre 2027. Date limite : 9 novembre 2026
Télécharger le rapport (anglais, 28 pages)
SOURCES : Unesco, ICOM, presse
PHOTOS : les graphiques sont extraits du rapport
PHOTO du carrosuel : visuel de l’exposition Artificial Creativity du Aargauer Kunsthaus Museum (Aarau, Suisse)
Date de première publication : 21/09/2026

