Le 25 janvier 2026, le gouvernement britannique a désigné les 12 organisations culturelles qui participeront à la phase pilote d’un projet de « plateforme numérique » dans laquelle les développeurs d’IA pourront acheter des contenus culturels et créatifs numérisés. La plateforme Creative Content Exchange offrira aux entreprises la possibilité d’accéder à des données de haute qualité provenant d’organismes publics tels que les musées, qu’ils pourront utiliser pour entraîner leurs modèles. Au même moment, cinq organisations du secteur artistique ont exprimé de vives inquiétudes quant à l’utilisation de leurs créations.
- 12 institutions culturelles dans une « plateforme pilote opérationnelle »
Une plateforme pilote opérationnelle devrait être lancée d’ici l’été 2026, impliquant initialement 12 institutions culturelles britanniques : Historic England, Imperial War Museums, National Library of Scotland, Natural History Museum, The National Archives, National Portrait Gallery, Oxford University, Gardens, Libraries and Museums, Royal Armouries, Royal Botanic Gardens, Kew, Royal Museums Greenwich, Science Museum Group et Victoria and Albert Museum (V&A).
Richard Deverell, directeur des Jardins botaniques royaux de Kew, a ajouté : « Tirer parti de la grande diversité des collections de Kew pour générer de la valeur grâce à différents modèles commerciaux contribuera en fin de compte à soutenir la recherche qui accélère les efforts visant à lutter contre la perte de biodiversité et à créer une planète prospère pour tous. »
S’exprimant devant la commission des communications et du numérique de la Chambre des lords le 13 janvier 2026, Ruth Hannant, directrice générale de la société, des médias et de la culture au sein du ministère de la Culture, des Médias et du Sport, a fourni davantage d’informations sur ce que le projet pilote impliquera.
- 12 mois pour tester et évaluer le marché
Selon Ruth Hannant, le projet pilote se concentrera initialement sur l’évaluation de la « valeur économique non réalisée » contenue dans les données détenues par les institutions publiques.
Il évaluera si le regroupement de ces ressources en un seul endroit pourrait non seulement donner aux développeurs d’IA l’accès aux données de haute qualité dont ils « ont réellement besoin… pour se développer », mais aussi encourager davantage de détenteurs de contenu et de données à rendre leurs travaux accessibles via la plateforme d’échange.
« Nos ressources culturelles et créatives recèlent une valeur considérable qui reste actuellement inexploitée, et une quantité énorme de données est soit inaccessible aux développeurs d’IA pour le moment, soit encore non numérisée. L’un des objectifs de l’échange de contenu est donc de répondre à la question suivante : « Nous pensons que ces ressources ont une grande valeur, est-ce le cas ? » », a ajouté Ruth Hannant.
Creative Content Exchange est aujourd’hui un projet de recherche qui va permettre de « tester ces hypothèses, et répondre à des questions que nous nous posons : « Ce type de données détenues par bon nombre de nos organismes publics a-t-il une valeur commerciale ? », « Peut-on parvenir à un échange équitable entre ces fournisseurs de données et le marché ? », et enfin « Pouvons-nous ensuite développer ce système à grande échelle ? ».
La phase pilote permettra également de savoir « s’il existe des avantages liés à l’agglomération que l’on pourrait obtenir en rassemblant de nombreux types de données différents au sein d’une plateforme d’échange ».
Le projet pilote de 12 mois comprendra un point d’évaluation à mi-parcours, après quoi – si le gouvernement estime que l’idée mérite d’être approfondie – des travaux supplémentaires seront menés pour explorer les « structures de gouvernance » potentielles et la manière dont la plateforme d’échange serait mise en place.
L’objectif est que la CCE devienne un « marché de confiance » pour la vente, l’achat, la concession de licences et l’accès contrôlé aux ressources culturelles et créatives numérisées des institutions publiques britanniques.
- Programme gouvernemental d’accélération de la R&D
Cette plateforme, qui fait partie du programme gouvernemental d’accélération des missions de R&D, a été annoncée pour la première fois en juin 2025 comme un élément d’un plan d’investissement de 380 millions de livres sterling et de la stratégie industrielle du Royaume-Uni.
Le 25 janvier 2026, le gouvernement a donné de nouveaux détails de ce programme, notamment cinq projets de financement visant à tester comment les données du secteur public peuvent « améliorer des vies » et s’attaquer aux problèmes quotidiens.
Le gouvernement a également annoncé un investissement supplémentaire de 16 millions de livres sterling dans les capacités de supercalculateurs du centre de recherche en intelligence artificielle de l’Université de Cambridge.
Ian Murray, ministre du gouvernement numérique et des données, a déclaré : « En adoptant une approche pragmatique des données du secteur public et en investissant dans notre infrastructure d’IA de pointe, nous exploitons le potentiel du Royaume-Uni, créons des opportunités de croissance et œuvrons pour le bien des travailleurs. »
- Inquiétude des créateurs
Au moment de ces annonces, cinq organisations du secteur artistique ont exprimé de vives inquiétudes quant au fait que l’IA générative – et ce qu’elles ont appelé le « vol à grande échelle des richesses culturelles du Royaume-Uni » – conduirait à l’effondrement des industries créatives britanniques et de leurs créateurs.
Le rapport, intitulé « Un monde nouveau et meilleur ? Justice pour les créateurs à l’ère de l’IA générative », demande de nouvelles protections pour les industries créatives, les créateurs et les artistes du Royaume-Uni.
« En 2026, le Royaume-Uni risque de perdre le cœur même d’un secteur entier ; un secteur qui apporte non seulement des emplois, de l’argent et un prestige mondial, mais aussi un capital culturel, une influence douce et des avantages sociétaux », a déclaré l’Association des photographes dans un communiqué. « Les services d’IA générative ont été déployés au Royaume-Uni sans réglementation, sans garanties ni garde-fous… Il en résulte une véritable foire d’empoigne en matière de propriété intellectuelle, où des entreprises technologiques étrangères profitent du travail des créateurs tandis que ces derniers voient leurs moyens de subsistance disparaître. »
SOURCES : DCMS, presse
PHOTO : numérisation de la collection du Museum d’Histoire Naturelle (c) NHM
Date de première publication : 04/02/2026

