Depuis son ouverture en 1992, la Cité Pointe-à-Callière, musée historique de Montréal, ne cesse de présenter des dispositifs muséographiques innovants, dont les célèbres personnages virtuels dans les vestiges de la crypte archéologique du Musée. Depuis février 2026, un nouveau personnage virtuel de troisième génération a rejoint le Musée. Modélisé en 3D et animé, ce nouveau personnage discute avec les visiteurs en temps réel, à partir d’un robot conversationnel et de l’IA.
- Les premiers personnages historiques du musée
Les premiers personnages virtuels de la crypte archéologique, conçus par l’artiste Luc Courchesne, ont marqué les esprits et l’histoire du Musée.
Créés au moyen de l’illusion d’optique du Fantôme de Pepper, une technologie alors inédite dans le domaine muséal québécois, ces personnages apparaissent comme des spectres.
Cinq figures emblématiques de l’histoire de Montréal, interprétées par des acteurs, animent la place du marché et, à partir de contenus enregistrés, racontent aux visiteurs le Montréal d’autrefois et l’histoire du lieu.
En 2019, une deuxième génération de personnages virtuels a vu le jour : Élisabeth Bégon, Madame Mater et le Marquis de La Galissonnière. Toujours en service, ce trio de personnages historiques de la Nouvelle-France accueille les visiteurs en 1749 sur la place du marché. Créés eux aussi à partir de l’illusion d’optique du Fantôme de Pepper, ces personnages offrent cette fois une expérience de discussion interactive. Ils interrompent leur conversation pour répondre aux questions des visiteurs.
- Un nouveau personnage virtuel de troisième génération
En février 2026, un nouveau personnage virtuel de troisième génération a rejoint le Musée.
Modélisé en 3D et animé, Charles McKiernan, mieux connu sous le nom de Joe Beef, discute avec les visiteurs en temps réel, à partir d’un robot conversationnel et de l’IA.
Joe Beef est une figure populaire de Montréal au 19e siècle. Né en Irlande en 1835, il s’engage dans l’armée britannique comme quartier-maître.
« C’est d’ailleurs sa capacité à dénicher de la viande et des victuailles en toutes occasions qui lui vaut le surnom de Joe Beef. Après avoir participé à la guerre de Crimée, il est envoyé à Montréal en 1864 pour prendre en charge la cantine militaire de l’île Sainte-Hélène. Il quitte l’armée après quatre ans, se marie, fonde une famille et devient aubergiste. Sa deuxième cantine, qui va acquérir une notoriété internationale, ouvre ses portes en 1875 à deux pas du Musée actuel, à l’angle de la rue de la Commune et de la rue De Callière » raconte Émilie Prévost,
Chargée de projets, Expositions – Technologies Multimédia.
En rejoignant la crypte archéologique du Musée, ce personnage retrouve la place de sa cantine, près du port.
- Plus qu’un simple aubergiste !
Derrière l’homme d’affaires se cache également un philanthrope : dons aux hôpitaux, soutien aux grèves ouvrières du canal de Lachine et de la filature de coton Hudon.
La cantine de Joe Beef est un refuge pour les travailleurs du port, les ouvriers et les plus démunis.
« Personnage attachant et haut en couleur, méconnu du grand public, Charles McKiernan incarne le Montréal ouvrier du 19e siècle ».
- Un pan de l’histoire de Montréal revit avec l’IA
Le nouveau dispositif transporte le visiteur au cœur du Montréal de 1886, directement dans la cantine de Joe Beef, minutieusement reconstituée à partir de gravures d’époque et d’objets des collections de Pointe-à-Callière.
« Le personnage, modélisé en 3D à partir de son portrait réalisé en 1875 par John Henry Walker, s’anime, nous suit du regard, nous salue et discute avec nous, comme s’il était réel » ajoute Émilie Prévost .
Développé à partir de technologies hybrides, alliant créations numériques, contenus préenregistrés, Joe Beef répond aux questions du public, en français comme en anglais.
Ses réponses sont composées en temps réel, à partir d’un corpus de contenus issu de recherches historiques rigoureuses. Celles-ci constituent ses connaissances et sa mémoire.
L’installation se trouve dans la crypte du musée, à l’emplacement exact de l’ancienne taverne de Beef. Lorsqu’un visiteur s’approche, un détecteur de présence repère son arrivée. Beef apparaît alors, grandeur nature, et s’adresse à lui en français ou en anglais. Le visiteur pose une question, et la conversation s’engage dans la langue choisie.
« La beauté de ce nouveau personnage est de dépasser la simple récitation de contenus, de transmettre des émotions et de faire preuve d’humour, d’engagement et de sensibilité dans ses propos. Ce nouveau personnage virtuel invite à une rencontre humaine et historique inédite ! » se réjouit Émilie Prévost.
- Une conception montréalaise
Dpt., le studio montréalais de conception et de production expérientielle, a créé le personnage interactif alimenté par l’IA.
Conçue à échelle humaine 1:1, cette expérience conversationnelle intime combine un système d’IA conversationnelle en temps réel, un personnage 3D entièrement animé et une interaction vocale bilingue pour interagir avec les visiteurs, « sans réduire l’histoire à un monologue figé ni faire de l’IA une simple nouveauté technologique ».
Tout le contenu utilisé pour entraîner le grand modèle de langage (LLM) est tiré d’un corpus d’archives structuré couvrant de nombreux thèmes liés au Montréal du XIXe siècle, ainsi qu’à la vie personnelle, aux engagements et au contexte social de Beef.
Ce système a servi à créer un système de connaissances basé sur la technologie Génération Augmentée par la Recherche (RAG) afin d’ancrer les réponses du personnage dans des sources vérifiées. Le studio a défini le ton, le vocabulaire et les limites narratives pour répondre aux attentes du public contemporain.
Une architecture d’IA entièrement intégrée et en temps réel alimente l’expérience intégralement sur site, avec un système qui combine la conversion de la parole en texte, un modèle de langage étendu déployé localement, un système RAG, la synthèse vocale et la synchronisation labiale en temps réel.
La médiation s’effectue donc par la voix et le rythme des échanges, plutôt que par des menus, des écrans tactiles ou des choix préprogrammés visibles.
« Cette approche transforme fondamentalement le rôle de l’intelligence artificielle », explique à Blooloop Nicolas S. Roy, président de Dpt. « Elle n’est plus utilisée pour diffuser l’information de manière verticale, mais pour soutenir un dialogue crédible et incarné dans lequel la parole circule librement. Joe Beef adapte ses réponses en temps réel en fonction des questions et du langage du visiteur, ce qui permet une conversation précise, fluide et ancrée dans le présent. »
A l’image de ce qui a été déjà fait par le musée Dali de Floride ou pare le le musée de la Mine de Lewarde, ce projet établit une nouvelle norme en matière de médiation culturelle participative, passant d’une interprétation statique à un échange dynamique.
Ce projet s’inscrit dans une initiative de recherche plus vaste menée par dpt. sur la médiation conversationnelle dans les contextes culturels. Il propose un cadre évolutif pour l’incarnation historique pilotée par l’IA, applicable à d’autres figures, collections et organisations.
« Le projet Joe Beef illustre une position de plus en plus nécessaire au sein des institutions culturelles. L’intelligence artificielle n’est pas le sujet, mais un médium, un outil au service d’un récit, d’un contexte et d’une mission », ajoute Nicolas S. Roy. « Dans un contexte muséal, cette approche redéfinit le rapport entre savoir, technologie et public. Elle offre une expérience qui ne vise pas à impressionner, mais à créer un écho, un moment suspendu où l’histoire s’exprime à la première personne. C’est peut-être là l’un des avenirs les plus prometteurs de l’intelligence artificielle culturelle : non pas une machine qui parle, mais une présence qui écoute. »
citepointeacalliere.ca/2026/01/08/joe-beef/
dpt.co/en/projects/joe-beef-virtual-character/
SOURCES: Pointe à Caqllière Montréal, dpt., presse
PHOTOS : Pointe à Caqllière Montréal, dpt.
Date de première publication : 01/04/2026

