424 tableaux manquent aujourd’hui à l’appel au musée d’Orléans, et notamment les 350 œuvres perdues à la suite de l’incendie et du pillage en juin 1940 de l’ensemble du musée Paul Fourché, annexe du musée des BeauxArts. Le 10 juillet 2026, le musée et la ville d’Orléans ont lancé « Wanted », une campagne pour sensibiliser le public, les acteurs du marché de l’art, les notaires, à Orléans et bien au-delà, sur cette réalité. Grâce aux recherches pour mieux connaître ces œuvres, quatre tableaux et sculptures ont pu déjà rejoindre les collections depuis deux ans.
[ACTUALISATION / Le Buveur des musées des Beaux-Arts d’Orléans a été retrouvé grâce à l’opération « Wanted ». Volé en juin 1940, le tableau du peintre hollandais Willem Duyster a été retrouvé en Suisse grâce à l’opération « Wanted ». L’œuvre a pu être authentifiée à l’aide de l’intelligence artificielle et de technologies d’imagerie HD. Son détenteur a accepté de la restituer gratuitement au musée.] ARTICLE CLIC : Le « Buveur » du musée des Beaux-Arts d’Orléans a été retrouvé en Suisse grâce à l’opération « Wanted »
Si plus de trois cents tableaux ont disparu après le pillage du musée Paul Fourché en juin
1940, avant qu’il ne soit incendié, d’autres ont disparu alors qu’ils étaient déposés dans
des administrations, selon une pratique commune avant la loi de 2002 sur les Musées,
mais parfois aussi bien avant ou bien après la guerre.
Afin d’en faciliter l’identification par tous et favoriser le retour dans les musées auxquels ils ont été donnés, une liste réunit la totalité des tableaux aujourd’hui manquants et qui hier figuraient dans les inventaires et catalogues.
« Les collections des musées sont inaliénables et imprescriptibles, ce qui implique de continuer sans relâche de rechercher les œuvres disparues. À ce jour, 424 tableaux manquent encore à l’appel, la vigilance de chacun permettra qu’ils retrouvent un jour le musée auquel ils ont été offerts pour la délectation de tous » explique Olivia Voisin, directrice du musée.
- Histoire atypique d’une collection régionale
Le 4 novembre 1825, le Musée d’Orléans ouvrait ses portes dans l’Hôtel des Créneaux. Vingt et un an après la fermeture d’un premier « muséum » qui avait réuni dès 1799 les saisies révolutionnaires, et à peu près autant après les ouvertures d’autres musées sur le territoire national grâce au décret Chaptal. Mais le musée d’Orléans démarrait son existence avec une particularité : alors que les quinze « musées Chaptal » devaient leurs collections aux envois de l’État, le directeur du musée avait choisi l’appel aux dons comme modalité de construction de la collection, avec un succès qu’il n’avait sans doute osé concevoir.
« La mobilisation des amateurs locaux, des grands propriétaires aux plus modestes collectionneurs, allait donner une tonalité particulière à ce musée voulu et construit par les habitants, offrant un reflet de leurs goûts, rappelant à jamais l’histoire artistique du territoire. Ce dont chacun avait hérité de cette Orléans des Lumières, ce que le marché de l’art avait livré durant des décennies intégrait les collections publiques » explique le musée.
Le comte de Bizemont, chef d’orchestre de cette ouverture inédite, a pris soin de publier chaque semaine et pendant des années dans le Journal du Loiret les libéralités reçues de chacun, offrant une chronique fidèle permettant de suivre pas à pas la construction de la collection. Les catalogues des collections qu’il ne tarde pas à faire paraitre, et que ses successeurs poursuivront, prendront la relève. Aucune source ne manque pour suivre la naissance et le développement de cette collection.
« Cette générosité ne s’est pas tarie et a continué d’accompagner la politique d’acquisition du Musée », dont l’accroissement et la diversification du fonds a entraîné l’ouverture de succursales, l’Hôtel Cabu d’abord pour les collections historiques, archéologiques et d’objets d’art, puis le Musée Jeanne d’Arc et enfin l’Annexe du Musée de peinture – musée Paul Fourché qui ouvre en 1907 avec le don de la collection de cet amateur et ses plus de 300 tableaux, qui a voulu lier son nom à la cité ligérienne.
- Les tableaux disparus du musée d’orléans : une longue quête qui se poursuit
De ces plus de trois cents tableaux, aucun n’est resté après le pillage du musée en juin 1940 avant qu’il ne soit incendié, tout comme l’Hôtel Cabu et le musée Jeanne d’Arc.
D’autres allaient disparaître alors qu’ils étaient déposés dans des administrations, selon une pratique commune avant la loi de 2002 sur les Musées, mais parfois aussi bien avant ou bien après la guerre.
« L’une des missions que nous souhaitions développer, comme de nombreux établissements patrimoniaux, concerne les œuvres disparues et les œuvres volées, raconte la directrice. C’est une histoire malheureusement commune à la plupart des musées. Peu d’institutions ont été épargnées par les vols au cours de leur histoire. À Orléans, cette question est particulièrement importante, même si elle renvoie essentiellement à une période ancienne. Fort heureusement, aucun vol récent n’est à déplorer. Notre devoir en tant que musée est de toujours les rechercher et de permettre à tout le monde de pouvoir devenir acteur de cette recherche » ajoute la directrice.
Le travail d’identification s’est concentré sur les tableaux : deux années d’enquête minutieuse pour les équipes du musée, lancées sur les traces de ces œuvres évanouies.
- La liste des 424 tableaux
Grâce aux recherches menées par Éric Moinet, conservateur en chef et directeur du musée dans les années 1990, puis poursuivies par Corentin Dury, jusqu’à récemment conservateur du patrimoine chargé des collections anciennes, l’équipe du musée a travaillé sans relâche pendant deux ans pour établir une liste la plus complète possible des tableaux volés, permettant de les identifier.
Afin d’en faciliter l’identification par tous et favoriser le retour dans les musées auxquels ils
ont été donnés, cette liste réunit la totalité des tableaux aujourd’hui manquants et qui hier figuraient dans les inventaires et catalogues.
Chaque notice compile l’ensemble des mentions trouvées dans les catalogues, les archives et les notes diverses, afin de rendre chaque description la plus exhaustive possible.
« Les mentalités ont changé. Les commissaires-priseurs, les experts, les galeristes, les notaires… tous sont désormais attentifs à ces questions et prêts à coopérer. C’était le bon moment pour publier cette liste. Elle sera diffusée dans toute la France, puis à l’international. Elle redonne une existence concrète à ces œuvres » précise Olivia Voisin.
- Présentation au public des oeuvres perdues en septembre 2026
Cette enquête ne se limite pas aux professionnels. Le musée souhaite associer le public à cette vaste chasse aux œuvres disparues.
À l’occasion de la réouverture des salles du XXème siècle, les 25, 26 et 27 septembre 2026, les reproductions des tableaux manquants – lorsqu’elles existent – seront accrochées dans les salles correspondant à leur époque.
Les visiteurs découvriront ainsi les tableaux absents autant que les présents, et pourront, peut-être, reconnaître une œuvre aperçue au détour d’une succession, d’une vente ou d’une collection privée.
- Quatre œuvres déjà retrouvées depuis 2 ans
Grâce aux recherches pour mieux connaître ces œuvres, quatre tableaux et sculptures ont pu rejoindre les collections depuis deux ans.
. Achille-Etna Michallon, La Mort de Roland, 1818, inv. MBAO PE.645
. Anonyme, Le Christ entre saint Paul et Apollos d’Alexandrie, 1546, inv. MBAO PE.1227
Ce tableau disparu avant 1923 est réapparu sur le marché en 1994 et a été acquis par le musée de Beauvais.
Eric Moinet, directeur du musée d’Orléans, avait identifié le tableau commandé pour la cathédrale grâce à la description du catalogue de 1876, sans qu’une restitution ne soit alors possible.
Trente ans plus tard, le musée de Beauvais a accepté de le restituer et il a pu réintégrer les collections d’Orléans.
Cette sculpture inaugurée en 1899 dans le jardin de l’archevêché a été réduite à l’état de ruine en 1944.La tête, récupérée par « un patriote », a été léguée en 2023 au musée pour rejoindre le reste des fragments.
. Louis Neillot, Sous-bois, Bellevue, 1935, MBAO PE.680.A
Ce paysage avait été acquis par l’administration de Jean Zay sous le Front populaire et déposé à Orléans, où il était exposé dans un bureau et avait disparu dans les années 1970.
La sagacité de Maître Matthieu Semont a permis de le repérer dans une vente aux enchères et de le voir rejoindre le musée en 2024.
SOURCES : musées d’Orléans, Musée des Beaux-Arts d’Orléans (CP)
PHOTOS : musées d’Orléans
Date de première publication : 12/07/2026
Les musées d’Orléans sont membres du CLIC

