« À qui appartiennent ces œuvres ? » Le musée d’Orsay consacre désormais une salle de son parcours permanent à un ensemble d’œuvres désignées sous l’appellation MNR (« Musées Nationaux Récupération »). Une partie des œuvres retrouvées en Allemagne et en Autriche à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, fut confiée à la garde des musées nationaux au début des années 1950. Les œuvres n’appartiennent pas aux collections publiques : elles sont placées sous leur protection et peuvent, lorsqu’elles ont été spoliées, être restituées aux ayants droit de leurs légitimes propriétaires. Ouverte le mardi 5 mai 2026, la nouvelle salle MNR du musée d’Orsay a bénéficié du soutien des AFMO (American Friends Musées d’Orsay et de l’Orangerie) qui ont apporté 1 million d’euros pour financer 6 postes de chercheurs et l’aménagement de la nouvelle salle.
« Quatre-vingts ans après la Seconde Guerre mondiale, marquée par l’horreur de la Shoah et la politique systématique de spoliation des propriétaires juifs menée par les nazis et par le régime de Vichy, la question de la provenance des œuvres conservées dans les collections publiques est plus que jamais d’actualité. Elle constitue désormais un axe fondamental et prioritaire pour les musées. Aujourd’hui, en dédiant une salle à ces œuvres, le musée souhaite à la fois rendre visibles les enjeux spécifiques qui leur sont liés et transmettre au public la mémoire de cette période sombre. Car derrière chaque tableau, chaque objet, se dessinent souvent des trajectoires brisées, des vies bouleversées, voire détruites, par les violences du régime nazi » explique Annick Lemoine, Présidente de l’Établissement public du musée d’Orsay et du musée de l’Orangerie – Valéry Giscard d’Estaing.
- Une salle pour la mémoire et la recherche
L’ouverture de cette salle au sein du parcours permanent permet d’exposer, par rotation, un ensemble de MNR afin d’offrir un aperçu du travail d’enquête actuellement en cours par les équipes du musée.
A son ouverture le mardi 5 mai 2026, une sélection de 13 œuvres y est exposée afin de rendre perceptible la complexité de cet héritage et d’en éclairer les enjeux.
« Suspendue entre passé et présent, chacune témoigne d’une recherche de provenance toujours en cours, révélant la diversité des situations, tant du point de vue de la qualité que des parcours » précise Annick Lemoine.
D’autres oeuvres sont présentées dans le musée et désormais identifiables grâce à des cartels spécifiques (violets) ou bien sont en dépôt dans de nombreux musées français.
Au fil du temps, la salle « À qui appartiennent ces œuvres ? » a vocation à évoluer pour présenter au public les découvertes issues de ces recherches, dont certaines pourraient permettre de nouvelles restitutions.
« Les MNR forment un ensemble hétérogène, tant par la nature des vœuvres que par la complexité de leur histoire. Pour beaucoup, la provenance demeure lacunaire. Cette nouvelle salle se veut ainsi un lieu où s’exposent autant les œuvres que les questions qu’elles soulèvent, et où se donne à voir une recherche en cours, avec ses incertitudes comme ses avancées. Cette salle MNR constitue ainsi un espace de mémoire, de transparence et de recherche active, au cœur des enjeux contemporains liés à l’histoire des collections » complète la Présidente du musée.
- 225 oeuvres MNR au musée d’Orsay
Les œuvres MNR des artistes nés entre 1820 et 1870 sont actuellement affectées au musée d’Orsay, en application du décret du 27 janvier 1976. Elles sont physiquement conservées au musée d‘Orsay ou en dépôt dans des musées en région. Certaines ne sont pas exposées en permanence, mais peuvent être vues sur simple demande faite au musée. Les oeuvres MNR conservées par le musée d’Orsay et de l’Orangerie sont actuellement au nombre de 225.
Le plus souvent, leur provenance demeure incomplète en l’état des recherches, et dans certains cas il a pu être établi qu’elles n’ont pas fait l’objet de vol ou de spoliations et ne sont donc pas restituables.
La liste des MNR du musée d’Orsay comprend :
. 142 peintures (MNR)
. 21 sculptures (RFR et RS)*
. et 62 dessins et pastels (REC)*.
Toutes les informations connues à ce jour sont consultables sur deux bases de données du ministère de la Culture : La base Rose-Valland (pop.culture.gouv.fr) strictement consacrée aux MNR, qui fournit des indications relatives à l’historique et à la provenance des œuvres. La base Orsay (musee-orsay.fr), est régulièrement mise à jour, pour ce qui concerne la bibliographie et les expositions de ces œuvres.
Actuellement 15 œuvres MNR sont exposées dans les salles du musée d’Orsay : 10 peintures et 5 sculptures. Et 13 sont présentées dans la nouvelle salle.
- Les œuvres présentées dans la salle MNR
Dans la salle 10b, treize œuvres sont présentées : douze peintures et une sculpture, selon une scénographie qui se veut pédagogique.
L’accrochage permet d’observer le dos de certains tableaux, « cette disposition offre ainsi aux visiteurs la possibilité de découvrir les étiquettes et inscriptions figurant au revers des tableaux, véritables témoins de leur histoire et précieuses sources d’information pour les recherches de provenance ».
« On a douze peintures et une sculpture », explique à France Infos François Blanchetière, conservateur en chef du musée d’Orsay. « On a fait une sélection qui vise à montrer la diversité des MNR. On a quelques noms très connus, comme un très beau tableau de Renoir, un beau tableau de Degas, et d’autres d’artistes moins connus. On a décidé de donner accès au revers de certaines de ces œuvres. Ici, par exemple, on a deux tableaux présentés devant un miroir. Ce petit tableau de Georges de Lafage-Laujol, un peintre peu connu, est un joli paysage. Si on se penche un peu, on peut voir une étiquette posée au revers de ce tableau lorsqu’il a été récupéré en Allemagne. »
. Pierre Puvis De Chavannes Lyon, 1824 – Paris, 1898
L’histoire, La Vigilance, Le Recueillement, 1886
3 huiles sur toile
. Paul Cézanne ?, Aix-En-Provence, 1839 – Id., 1906
La Montagne Sainte-Victoire
Vers 1885-1887 ?,
Huile sur toile
Cette oeuvre est présentée au centre de la salle. Les visiteurs peuvent l’observer de face et de dos. Plusieurs étiquettes au dos du tableau donnent des indications sur son parcours.
. Anonyme (Autrefois attribué à Claude Monet)
Paysage de montagnes, non daté
Huile sur toile
. Georges De Lafage-Laujol, La Chapelle-Saint-Denis, 1830
– Paris, 1858
Prairie, 1852,
Huile sur bois
. Thomas Couture (Attribué à), Senlis, 1815 – Villiers-Le-Bel,
1879
Tête de femme, non daté
Huile sur toile marouflée sur bois
. Pierre Auguste Renoir, Limoges, 1841 – Cagnes-Sur-Mer, 1919
Madame Alphonse Daudet, 1876
Huile sur toile
. Auguste Rodin, Paris, 1840 – Meudon, 1917
Éternel Printemps, 1884
Bronze, Fonte Barbedienne, Entre 1898 Et 1918
. Edgar Degas, Paris, 1834 – Paris, 1917
Le souper au bal (d’après Menzel), Vers 1879
Huile sur toile
. Alfred Stevens, Bruxelles, Belgique, 1823 – Paris, 1906
Frère et sœur devant la mer à Honfleur, 1891
Huile sur toile
. Eugène Boudin, Honfleur, 1824 – Deauville, 1898
Normandes étendant du linge sur une plage, 1865
Huile sur toile
. Arthur Morel ?, Actif entre 1880 Et 1890
Bord de rivière, non daté
Huile sur bois
À l’entrée de la salle, une vidéo d’environ 4 minutes met en animations des images d’archives pour expliquer de façon didactique les spoliations antisémites des biens culturels et l’activité florissante du marché de l’art pendant l’Occupation en France.
- Un podcast en septembre 2026
À partir de septembre 2026, une série de podcasts viendra compléter les thématiques abordées en salle.
Écrite par Léa Veinstein, cette production documentaire en quatre épisodes propose une immersion au cœur des enjeux liés aux MNR.
À travers une narration incarnée mêlant voix de chercheurs, archives et récits de lieux, la série explore l’histoire, les parcours et les questionnements contemporains liés aux œuvres.
Du cadre historique des MNR aux restitutions menées par le musée d’Orsay, en passant par des cas d’œuvres dites « non spoliées » et le travail actuel de recherche de provenance, chaque épisode éclairera une facette de ces investigations.
Environ 75 minutes au total.
Disponible en français et en anglais.
- Politique de recherche de provenance et de restitution du musée d’Orsay
Depuis 1994, sous l’impulsion du ministère de la Culture (Mission de recherche et de restitution des biens culturels spoliés entre 1933 et 1945, M2RS), en lien avec la Commission pour la restitution des biens et l’indemnisation des victimes de spoliations antisémites (CIVS), le musée d’Orsay est engagé dans une politique proactive de recherche de provenance pour faire la lumière sur ses collections et poursuivre les restitutions.
En 2023, le musée d’Orsay a renforcé son engagement en recrutant Ines Rotermund-Reynard, spécialiste des recherches de provenance. Son expertise éclaire aussi bien les projets d’acquisition que le réexamen de l’histoire des œuvres déjà conservées.
Une attention particulière est portée à la période 1933-1945, marquée par l’ampleur des spoliations visant les propriétaires juifs, par les ventes contraintes auxquelles beaucoup durent se résoudre pour fuir les persécutions, ainsi que par un marché de l’art plus actif que jamais.
Les recherches sur la provenance des œuvres issues de la Récupération artistique sont de plus en plus conduites avec les propres agents, conservateurs et documentalistes du musée, en étroite collaboration avec Ines Rotermund-Reynard.
Dans cette perspective, le musée d’Orsay a lancé un marché public (d’une durée d’un an, renouvelable trois fois) de recherches de provenance afin de renforcer ses ressources en matière de recherche de provenance et de mobiliser des spécialistes.
Six historiennes de l’art, chercheuses de provenance franco-germanophones aux expertises complémentaires, spécialisées dans l’étude des spoliations entre 1933 et 1945 et dans la reconstitution des parcours d’œuvres, sont réparties en deux équipes et travaillent ainsi avec le musée.
Elles sont chargées chargés, au cours des quatre prochaines années, de rouvrir les dossiers et d’explorer à nouveau les archives, en France comme en Allemagne et ailleurs.
« L’ambition est claire : faire progresser la connaissance, favoriser de nouvelles restitutions lorsque cela est possible, et, à défaut, établir avec certitude l’histoire d’œuvres dont on pourra enfin affirmer qu’elles n’ont pas été spoliées » explique Annick Lemoine.
Pour les acquisitions de nouvelles œuvres, l’établissement a également établi des protocoles stricts impliquant une série de consultations de fonds d’archives et de bases de référence, suivant les normes des pratiques professionnelles désormais en vigueur.
Pour les œuvres entrées dans les collections qui deviendront celles du musée d’Orsay à son ouverture en 1986, un programme d’examen rétrospectif complet des historiques est également en cours.
François Blanchetière, conservateur référent, coordonne les recherches de provenance et les questions qui leur sont liées au sein de l’ensemble de l’équipe scientifique, dont c’est la responsabilité collective de porter ces recherches.
- 15 oeuvres restituées
15 œuvres MNR conservées au musée d’Orsay ont été restituées depuis 1994.
En 2024, la plus récente restitution a porté sur deux œuvres remises aux ayants droit de Grégoire Schusterman : Les Péniches d’Alfred Sisley et Cariatides d’Auguste Renoir, identifiées comme spoliées et vendues sous la contrainte durant l’Occupation nazie.
En 2018, l’État avait restitué aux héritiers de Gaston Lévy deux tableaux, La corne d’or, matin, de Paul Signac et Gelée blanche, jeune paysanne faisant du feu, de Camille Pissarro, ces deux tableaux ayant été volés par les forces d’Occupation.
En 2020, un dessin d’Ernest Meissonier, Joueurs d’échecs, était restitué aux ayants droit de Marguerite Stern, à qui il avait été volé durant cette même période.
En 2021, le musée d’Orsay et le ministère de la Culture ont engagé une procédure de restitution du tableau de Gustav Klimt Rosiers sous les arbres aux ayants droit de Nora Stiasny (1898- 1942), entérinée par une loi du 21 février 2022.
Aujourd’hui, les restitutions ne concernent plus uniquement les MNR, mais toute œuvre des collections du musée dès lors qu’il est établi qu’elle a fait l’objet d’une spoliation antisémite en Europe entre 1933 et 1945.
- Le soutien exceptionnel des amis américains du musée
« AFMO est fier de soutenir le programme de recherche de provenance au musée d’Orsay, et la nouvelle salle permanente « À qui appartiennent ces œuvres ? » qui y fait écho, honorant ainsi la mémoire de ceux qui furent dépossédés de leurs œuvres. Soutenir un tel projet réaffirme notre engagement sans faille auprès de l’établissement » a déclaré Elizabeth Kehler, Présidente des AFMO.
AFMO (American Friends Musées d’Orsay et de l’Orangerie) a souhaité renforcer durablement son engagement auprès des musées d’Orsay et de l’Orangerie en votant, en octobre 2025, un don exceptionnel d’un million d’euros destiné à soutenir l’Établissement dans sa politique de recherche de provenance.
Par ce geste, il a rendu possible la mise en œuvre d’un programme de recherche ambitieux et pluriannuel.
Ce soutien permet, d’une part, le recrutement de 6 chercheurs, dans le cadre d’un marché, afin d’enquêter sur les 225 œuvres labellisées MNR dont le musée d’Orsay a la charge, ainsi que sur les projets d’acquisition et de donation du musée.
D’autre part, ce don majeur de la société des amis a contribué à la création de cette nouvelle salle « À qui appartiennent ces œuvres ? » au sein du musée d’Orsay, afin de rendre visible cet héritage complexe et d’en partager les enjeux.
- A propos des spoliations des années 30
Pendant l’Occupation, en France, le régime de Vichy met en œuvre des mesures d’aryanisation, d’arrestation et d’internement, et se rend complice du génocide. Cette politique antisémite s’accompagne de la spoliation (pillage, confiscation, vente forcée) de biens, notamment artistiques, appartenant aux Juifs.
À l’issue de la seconde guerre mondiale, plus de 100 000 biens culturels sont déclarés spoliés. Environ 60 000 œuvres sont récupérées en Allemagne et en Autriche parce qu’elles ont été spoliées ou achetées en France sous l’Occupation.
Un grand nombre d’entre elles sont passées par le marché de l’art, qui était particulièrement dynamique durant cette période. Les trois quarts sont restituées, mais 15 000 restent sans propriétaire identifié. La plupart de ces œuvres sont vendues par l’État au début des années 1950, sauf environ 2 200 d’entre elles, qui sont sélectionnées pour être confiées à la garde des musées nationaux : ce sont les MNR (« Musées Nationaux Récupération »). Les musées en assurent la conservation et se doivent de faire la lumière sur leur provenance afin de restituer celles qui peuvent l’être.
- A propos de la société des “American Friends Musées d’Orsay et de l’Orangerie”
Fondée en 2009, la société des “American Friends Musées d’Orsay et de l’Orangerie” (AFMO) est une organisation à but non lucratif américaine qui contribue au rayonnement de l’Établissement aux États-Unis et perpétue le lien d’amitié franco-américaine à travers les arts et la vie des deux musées.
Basée entre Paris et New-York, la société d’amis fédère et anime une communauté de donateurs individuels, majoritairement implantés aux ÉtatsUnis. Elle apporte son soutien aux musées d’Orsay et de l’Orangerie dans le cadre de projets muséographiques, pédagogiques, scientifiques ou socio-culturels, et contribue au rayonnement des deux musées.
Depuis 2019, la société d’amis soutient le programme d’art contemporain de l’Établissement, elle s’engage également régulièrement en faveur de projets d’expositions des deux musées. En 2025, l’association a soutenu deux grandes expositions: John Singer Sargent. Éblouir Paris au musée d’Orsay et Berthe Weill. Galeriste d’avant-garde au musée de l’Orangerie.
Depuis 2025, l’AFMO a étendu son action aux Vacances à Orsay, programme d’activités gratuit dédié aux familles et enfants dans la Salle des Fêtes du musée, lors des vacances scolaires. Grâce à ce soutien, le programme est devenu bilingue et a été étendu aux vacances scolaires d‘été. En parallèle de la programmation, l’AFMO s’engage dans des projets de transformation des espaces muséaux. En 2015, la société des amis a soutenu la modernisation de l’éclairagedes salles des Nymphéas au musée de l’Orangerie. En 2022, elle a initié une politiquede soutien en faveur de l’amélioration du parcours de visite du musée d’Orsay, avecl’aménagement de l’espace d’accueil en bas de Nef et l’installation de 2 écrans présentantaux visiteurs l’histoire du bâtiment et de la création du musée. En 2024, cet engagement s’estpoursuivi par un don exceptionnel d’un million d’euros apporté au plan de transformationdu musée d’Orsay permettant le réaménagement d’espaces de repos tel que le Salon del’Horloge. Le don exceptionnel au programme de recherche en provenance s’inscrit danscette continuité.
- Informations pratiques sur la nouvelle salle MNR
Salle « À qui appartiennent ces œuvres ? »
Ouverture mardi 5 mai 2026
Niveau 0, fond de Nef, salle 10b
Collection permanente
Commissariat : François Blanchetière, conservateur en chef sculpture, musée d’Orsay et Ines Rotermund-Reynard, chargée de recherche de provenance, musée d’Orsay
L’aménagement de cette salle a été rendu possible grâce au généreux soutien des American Friends Musées d’Orsay et de l’Oangerie
SOURCE : Musée d’orsay et de l’Orangerie (DP)
PHOTOS : (c) musée d’Orsay – L. Striffling
Date de première publication : 05/05/26
Le Musée d’orsay et de l’Orangerie est membre du CLIC

