Avec le projet Phoebus, le personnel du Muséum d’histoire naturelle de Toulouse met sa collection photo à la disposition des intrenautes du monde. Plus de 1 600 photos haute définition des pièces du fonds l’établissement municipal ont déjà été mises en licence libre sur Wikipédia.

« Rendre le patrimoine public accessible au public et rompre avec les pratiques séculaires des musées où les gestionnaires se disent que ce patrimoine leur appartient », c’est toute la philosophie du partenariat entre le Muséum et Wikimedia.

Projet lancé en 2009

Depuis 2009, le Muséum, l’Institut Picot de La Pérouse (dont le président Didier Descouens est un contributeur Wikipédia) et Wikimedia ont lancé le projet Phoebus, une initiative pionnière en France. Le projet a débuté par les collections de préhistoire puis de paléontologie. Il s’étend maintenant à la zoologie (entomologie, ornithologie), et à la botanique.

Selon le site Wikipédia, « il consiste en la mobilisation de Wikimédiens et des bonnes volontés locales pour photographier les objets du fonds des collections non permanentes du Muséum de Toulouse ».

« Par les clichés, le public a ainsi accès à des objets qui ne sont pas forcément exposés, peut les examiner à loisir », argumente Francis Duranthon, directeur du Museum.

C’est ainsi que depuis de longs mois, cinq photographes amateurs consacrent une partie de leur temps libre à photographier en haute définition quelques unes des deux millions et demi de pièces du fonds. Au démarrage du projet, deux Wikimédiens suisses sont venus en renfort. Ces amateurs sont assistés par le personnel de conservation du Muséum,

« Comme nous le faisons avec le château de Versailles désormais, le musée nous facilite l’accès à la collection, la prise de photos. Nous travaillons dans des conditions idéales. D’autant que l’on sait maintenant que les photos, même avec flashes n’abîment pas les œuvres », raconte au site carredinfo.fr Adrienne Alix, directrice des programmes wikimédia France.

Elles sont ensuite mises en licence libre sur Wikipédia.

1 600 photos déjà consultables

Pour l’instant, 1 600 photos sont consultables, avec un travail de légendage réalisé avec le concours des équipes du Muséum. Par ailleurs, à l’initiative de leurs professeurs, des élèves de latin se sont attachés à compléter la taxinomie des pages du Muséum.

« On a recensé 62 000 utilisations de ces photos; elles ont servi à 260 projets Wikimédia différents ainsi que dans des langues ou pages exotiques », détaille Adrienne Alix. « Même le Muséum d’Histoire naturelle de Paris les utilise ». Et Francis Duranthon de compléter : « Notre collection est vue par des gens qui n’iraient peut être pas au Muséum ou ne le peuvent pas de par la distance. D’ailleurs, la fréquentation du Musée nous le prouve : avec 200 000 visiteurs annuels, les Toulousains ne se privent pas de venir ou visiter la boutique de souvenirs. Rien ne nous interdit à côté d’éditer des clichés commerciaux. Nous parions de toute façon que les usages détournés seront moins nombreux que le partage ou les utilisations positives. Cette initiative a aussi eu des effets surprenante: par exemple un internaute vivant à proximité de la mer Caspienne nous a fait don de sa collection de coquillages remarquant qu’il nous manquait des spécimens».

Un second projet autour d’Eugène Trutat, pyrénéiste et directeur du Museum

Le pont neuf vu depuis le quai de Tounis / Photo CC Eugène Trutat , Muséum de Toulouse

Le Muséum a également développé un deuxième projet de fonds photographique avec Wikimedia avec la publication libre des clichés d’Eugène Trutat, directeur du Muséum de 1890 à 1901. Féru de photographie, il a notamment mitraillé les paysages pyrénéens. 15 000 plaques de verre ont été données au Muséum par l’association des Toulousains de Toulouse. 5000 autres pièces sont abritées dans la bibliothèque du Périgord et 5000 dorment aux archives municipales. Une partie des clichés a été mise à disposition dans un premier temps, en 2007, sur FlickR. Les trois institutions mènent désormais un travail d’équipe pour divulguer le trésor de Trutat. 300 documents sont déjà disponibles pour le moment.

« Rien que pour le mois de mai 2012, le fonds Trutat a été consulté 80 000 fois », détaille Francis Duranthon.

Contagion positive à Toulouse

Le Museum n’est plus seul lieu Toulousain à diffuser largement ses photographies. En octobre 2010, pendant le festival de la Novela, la mairie de Toulouse a signé une convention de partenariat avec Wikimedia pour partager le patrimoine de la ville, librement sur la toile. Depuis quelques semaines, le musée des Augustins s’est également lancé dans la photographie libre de sa collection.

L’expérience du Museum de Toulouse est elle généralisable à l’ensemble des musées et lieux scientifiques français ? Adrienne Alix répond: « C’est compliqué, déjà certains musées ont fait appel à des photographes qui soumettent leurs droits à des conditions. Et puis de multiples fonds sont gérés par la Réunion des musées nationaux (RMN). Les musées concernés, pour le droit à l’image sont soumis à leur autorité ».

« Pour les collections naturalistes c’est plus simple, concède Francis Duranthon, un éléphant reste un éléphant. Nos objets sont plus universels, moins rares que des oeuvres de l’esprit que sont les tableaux. »

Avec plusieurs centaines de spécimens nouveaux dans sa collection, la tâche du Muséum d’histoire naturelle de Toulouse avec Wikipédia devrait prendre des années. Francis Duranthon, la voit comme une « histoire sans fin » et rêve de proposer un jour des clichés 3D.

Comme quoi les spécialistes de notre histoire très ancienne peuvent aussi imaginer le futur de nos musées !

Photos Muséum d’histoire naturelle de Toulouse, disponibles sur Wikipédia

D’après les informations fournies par le Museum de Toulouse et carredinfo.fr

SUR LE SITE DU CLIC FRANCE:

Le Museum de Toulouse diffuse ses photos sur Wikipédia