Technologies numériques et médiation muséale / patrimoniale : les résultats de l’étude italienne Dicolab

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Temps de lecture : 7 min

Une enquête menée auprès de 20 musées italiens révèle que la qualité de l’expérience numérique est déterminante pour susciter l’intérêt du public et favoriser l’apprentissage. C’est le constat général de l’enquête « Nouvelles technologies pour la médiation du patrimoine » menée par l’ École nationale du patrimoine culturel et des activités, le programme de formation aux compétences numériques promu par le ministère de la Culture italien.

« L’utilisation des nouvelles technologies dans les musées italiens joue un rôle essentiel dans les visites et enrichit l’expérience du public, y compris des plus de 60 ans. L’efficacité de la médiation numérique dépend cependant davantage de la qualité de la conception et de l’intégration que du type d’outil lui-même. La manière dont la technologie est utilisée plus que la nature du dispositif optimise leur impact positif ».

Ces constats découlent de l’enquête « Nouvelles technologies pour la médiation du patrimoine » menée par l’École nationale du patrimoine culturel et des activités, (Fondation Ecole du Patrimoine)le programme de formation aux compétences numériques promu par le ministère de la Culture, avec le soutien du ministère de la Culture – Bibliothèque numérique et financée par l’Union européenne – Next Generation EU.

Selon cette enquête publiée le 13 janvier 2026 et menée auprès de 20 musées italiens, « l’intégration de la stimulation sensorielle, de l’interaction intuitive et de la réflexion culturelle est considérée comme la clé d’une expérience culturelle numérique complète et pertinente ».

Les résultats de l’étude peuvent se résumer ainsi :  » la transformation numérique des musées ne relève pas d’une question d’équipement, mais de vision culturelle. La technologie est précieuse lorsqu’elle enrichit les récits, rend l’expérience plus accessible, facilite la compréhension et capte l’attention sans distraire. Cette recherche fournit des preuves, des outils et des lignes directrices pour orienter les choix futurs de ceux qui conçoivent le patrimoine culturel de demain. »

  • Analyser l’impact cognitif et émotionnel des outils numériques

L’étude a porté sur 1 028 visiteurs visiteurs et 126 opérateurs, et a couvert 20 sites culturels, principalement dans le nord de l’Italie, allant des musées d’histoire aux galeries d’art, en passant par les musées des sciences naturelles et les sites archéologiques.

L’étude a également analysé la valeur, l’impact et l’efficacité des nouvelles technologies dans les lieux culturels italiens, à l’aide de 2 autres outils :

. une étude scientifique qui a pris en compte plus de 100 articles et 3000 recherches documentaires, et a analysé environ 30 fournisseurs de technologies ;

. une enquête sur le terrain auprès de 20 cas pilotes représentatifs du panorama national.

Les chercheurs ont cherché à analyser l’impact cognitif et émotionnel, ainsi que l’efficacité, de différents outils tels que les casques de réalité virtuelle, la vidéomapping et les installations interactives.

  • La technologie dans les musées : non pas une fin en soi, mais un moyen de mieux raconter des histoires

L’une des conclusions les plus surprenantes concerne l’importance réelle que les visiteurs accordent à la technologie : 45 % affirment que la présence numérique n’a aucune incidence sur leur choix de visite.

Ce qui compte vraiment, c’est la qualité du discours, du contenu et de l’expérience globale .

La technologie n’est efficace que lorsqu’elle s’intègre naturellement au récit, l’enrichissant sans le dominer. L’innovation n’est donc pas une valeur en soi, mais un accélérateur narratif .

  • La technologie n’est pas une distraction : elle aide à comprendre et à mémoriser

Les résultats révèlent une forte appréciation générale de ces technologies et une grande propension du public à les utiliser pour approfondir sa compréhension des expositions.

L’évaluation est globalement positive, avec une note moyenne de 4,3 sur 5 pour les 20 musées.

En résumé, la technologie n’est pas perçue comme une distraction. Plus de 90 % des personnes interrogées ont attribué à la technologie un rôle important dans la compréhension des expositions et ont déclaré que l’expérience avait enrichi leur visite.

83,57 % des participants expliquent s’être sentis motivés à explorer le musée plus en profondeur

Le pourcentage de bonnes réponses obtenues au questionnaire post-visite, avec une moyenne générale de 78 %, semble le confirmer.

  • L’immersion l’emporte sur l’interactivité (57 % contre 34 %).

La comparaison de 20 solutions technologiques fait ressortir des conclusions contrastées  :

. les expériences immersives (mapping vidéo, multi-projections, micro-mapping) sont plus efficaces que les expériences purement interactives.

. l’accessibilité et la facilité d’utilisation sont les facteurs les plus appréciés du public.

. des technologies simples mais bien conçues – comme l’audiopen – peuvent obtenir des résultats extraordinaires (93 % de réponses correctes en termes d’impact cognitif).

Le mot clé est simplicité : moins de complexité technique, plus de clarté et d’immédiateté.

  • Un impact positif sur toutes les générations

L’étude réfute une idée reçue très répandue : les jeunes seraient plus enthousiastes que les adultes à l’égard des technologies muséales.

Certains chiffres sont contre intuitifs :

. 17,6 % des moins de 24 ans considèrent la technologie comme un élément négatif lors de leur visite.

. parmi les plus de 55 ans, le nombre de sceptiques tombe en dessous de 1 %.

Malgré le fait que les jeunes soient généralement considérés comme plus enclins à la technologie, les « performances d’apprentissage » enregistrées par la recherche étaient plutôt homogènes.

Les plus de 60 ans enregistrent les niveaux les plus élevés de réponses correctes (80,79 %) et montrent des résultats très positifs dans l’utilisation d’installations interactives et de micro-cartographie (la projection d’images ou d’animations sur de petits objets, sculptures, maquettes ou détails architecturaux).

Ces résultats invitent les musées à concevoir des expériences intergénérationnelles, et pas seulement des expériences destinées aux jeunes.

Quelque soit l’age, l’appréciation de la médiation numérique croît de façon linéaire avec la familiarité numérique.

  • Les technologies les plus efficaces

Les technologies les plus efficaces sont la micro-cartographie et la multi-projection immersive, les casques de réalité virtuelle, les murs d’images et les jeux vidéo.

La réalité virtuelle génère globalement une forte implication émotionnelle, appréciée par un public très diversifié, y compris les personnes âgées.

En revanche, les dispositifs technologiques considérés comme plus « traditionnels », tels que les écrans tactiles, les applications web et les surfaces tactiles, sont moins appréciés.

  • Des coûts « assez » faibles

L’étude révèle également que, malgré des investissements initiaux élevés et variables (134 000 euros en moyenne), les coûts d’exploitation annuels des nouvelles technologies sont généralement assez faibles (de 200 000 à 25 000 euros, soit environ 4,6 % de l’investissement).

La viabilité économique repose donc sur une bonne planification et un équilibre entre la technologie adoptée et les coûts de maintenance.

47 % des personnes interrogées se disent prêtes à payer un supplément pour profiter d’expériences numériques.

Ces données ouvrent des perspectives intéressantes pour la monétisation des expériences culturelles, à condition d’être soigneusement calibrée. « La propension à payer est en effet corrélée à la qualité de l’expérience, à la facilité d’utilisation et au potentiel narratif de la technologie »précise l’étude.

  • Le rôle crucial du personnel et de la durabilité opérationnelle

Le numérique ne fonctionne que s’il est maintenable, évolutif et soutenu par des compétences internes : 95 % des musées ont dû mettre en place des formations spécifiques pour gérer les nouvelles solutions.

Les principaux problèmes critiques concernent la maintenance, l’obsolescence des appareils, la facilité d’utilisation et les coûts .

« Le véritable succès d’une technologie dépend aussi de la manière dont le personnel la présente et l’accompagne pendant la visite. La technologie requiert donc un investissement humain, avant même l’investissement économique » précise l’étude.

  • Défis et recommandations opérationnelles

La recherche a mis en lumière plusieurs défis et a abouti à des recommandations opérationnelles.

L’introduction des technologies numériques dans les musées soulève des défis opérationnels. Parmi les principaux figurent la difficulté à trouver une expertise interne adéquate, la dépendance vis-à-vis de prestataires externes pour la maintenance et les mises à jour, et la nécessité de gérer des cycles de vie technologiques de plus en plus rapides.

À ces difficultés s’ajoutent des problèmes pratiques, tels que la connectivité ou les conditions environnementales susceptibles d’affecter le fonctionnement des appareils.

Les recommandations de l’étude incluent la mise à jour régulière des contenus et la formation du personnel aux logiciels nécessaires, la clarification des instructions et la simplification des processus, ainsi que l’accroissement de l’interactivité grâce à des éléments de gamification ou des expériences immersives comme la réalité augmentéeLa présence de personnel dédié à l’accompagnement des visiteurs dans l’utilisation des technologies est également recommandée.

Lors de la conception d’expériences immersives, l’éude préconise de trouver un équilibre entre la dimension ludique et les objectifs pédagogiques.

Pour faire face aux défis et intégrer tout ou partie des recommandations, l’étude considère qu’il est indispensable « de planifier des stratégies à long terme incluant la formation du personnel, l’adoption de solutions évolutives et interopérables, et la mise en place de plans de mise à niveau réguliers ».

  • Formations Dicolab, « Culture et Numérique »

Les formations Dicolab, « Culture et Numérique », abordent largement les sujets de l’étude.

Dicolab – Culture al Digitale propose ainsi aux professionnels des musées et lieux de patrimoine italiens des formations conçues précisément pour renforcer les compétences nécessaires à la gestion et à l’exploitation des technologies dans les lieux culturels. Le catalogue des formations est disponible ici .

Parmi les formations les plus pertinentes au regard des besoins actuels figurent notamment celles consacrées à la numérisation et à la gestion du patrimoine, conceptioçn des expériences accessibles et inclusives et stratégies d’engagement du public par le biais du numérique.

« Investir dans ces compétences ne constitue pas seulement une réponse à des enjeux cruciaux, mais aussi un pas vers une gestion plus consciente et durable de l’innovation technologique dans le secteur culturel » peut on lire dans le rapport.

L‘enquête « Nouvelles technologies pour la médiation du patrimoine » menée par l’École nationale du patrimoine culturel et des activités est disponible gratuitement sur le site de Dicolab. Culture to Digital.

Trois documents gratuits pour approfondir les recherches

. Résumé

Un aperçu clair et concis des principaux résultats : méthodologie, regroupement technologique et données clés issues des enquêtes et des collectes de données. Télécharger le résumé.

. Rapport de recherche

Plus de 300 pages d’analyses, de données probantes et d’études de cas : de la littérature scientifique aux modèles d’évaluation, des enquêtes aux études de cas de 20 projets pilotes. Télécharger le rapport complet.

. Recommandations

Un document opérationnel contenant 12 recommandations pour aider les musées et les institutions culturelles à concevoir des expériences technologiques durables, efficaces et véritablement centrées sur le visiteur. Télécharger les recommandations

SOURCES : École nationale du patrimoine culturel et des activités, Dicolab. Culture to Digital

PHOTO du carrousel : Dicolab

Date de première publication : 20/01/2026

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