Le Centre Pompidou et le Jeu de Paume diffusent en ligne des créations numériques sur l’IA

Partager :
Temps de lecture : 5 min

Durant l’automne et hiver 2026, le Centre Pompidou et le Jeu de Paume diffusent des créations numériques en ligne consacrées au thème de l’intelligence artificielle. Invité par l’institution dédiée à la photographie, l’artiste, chercheur et hacktiviste Paolo Cirio mène une enquête sur les usages abusifs des intelligences artificielles génératives, en particulier sur la production et la diffusion, non consenties, d’images sexualisantes. De son côté, le Centre Pompidou et KADIST, organisation internationale dédiée à l’art contemporain, présentent une exposition en ligne d’œuvres vidéo, qui vient clore plusieurs années de collaboration entre les deux institutions consacrée à l’exploration des liens entre création artistique et outils d’intelligence artificielle générative.

  • Jeu de Paume : NUDIFY AI, un projet de création en ligne de l’artiste Paolo Cirio (jusqu’au 1er avril 2027)

Avec l’oeuvre numérique Nudify AI, l’artiste, chercheur et hacktiviste Paolo Cirio mène une enquête sur les usages abusifs des intelligences artificielles génératives, en particulier sur la production et la diffusion, non consenties, d’images sexualisantes.

Le projet s’intéresse notamment aux abus liés à Grok, assistant d’IA développé à l’initiative d’Elon Musk, et à la circulation de ces images sur X, réseau social lui appartenant.

Depuis le 24 décembre 2025, l’intelligence artificielle Grok d’Elon Musk aurait généré des millions d’images et de vidéos sexualisées sans le consentement des personnes représentées. Les contenus qui en ont résulté ont largement circulé sur X.com, anciennement Twitter. En seulement 11 jours, Grok aurait généré environ 3 millions d’images sexualisées, représentant principalement des femmes, dont 23 000 semblaient représenter des enfants, selon l’organisation indépendante de surveillance Center for Countering Digital Hate (CCDH).

L’artiste enquête sur les intelligences artificielles conçues pour porter atteinte aux femmes, aux enfants et aux personnes vulnérables en dénudant et en sexualisant leurs images puis en les diffusant en ligne. Il s’agit d’un projet de Paolo Cirio, militant pour les droits numériques, qui a enquêté sur les outils d’IA de dénudement à travers différents contextes, études de cas et démarches juridiques.

« Nos corps, parfois recréés par les intelligences artificielles, font l’objet de nouvelles formes de violence sexuelle. Dans ce contexte, Paolo Cirio s’interroge : pourrait-on utiliser l’IA pour surveiller les images générées par l’IA ? Pour y répondre, il utilise une méthode d’investigation criminalistique, faisant de l’intelligence artificielle un « détective numérique ». Celle-ci lui permet d’identifier et de collecter un échantillon de 15 000 deepfakes — des images générées ou modifiées pour représenter des personnes dans des situations qui n’ont pas réellement eu lieu — et, plus précisément des images photoréalistes à caractère sexuel. À partir de ces éléments, l’artiste crée une base de données visuelle composée de milliers de fragments d’images, anonymisés, recadrés et réassemblés en collages numériques. Avec Nudify AI, Paolo Cirio entreprend à son tour de « mettre à nu », l’intelligence artificielle afin de la dépouiller de son pouvoir, de révéler ses mécanismes, ses usages et les violences qu’elle peut produire. Les résultats de l’enquête sont également destinés à nourrir les réflexions sur la régulation, la modération des plateformes et la protection des victimes. »

Le vendredi 23 octobre 2026, à 18:00, à l’occasion du lancement de Nudify AI, nouvelle oeuvre de Paolo Cirio conçue pour l’espace de création en ligne, le Jeu de Paume convie le public à une rencontre avec l’artiste, Marta Ponsa, responsable des projets artistiques, Dan Shefet, avocat, et Marie Lechner, autrice et commissaire d’exposition.

S’ouvrant sur une présentation du projet par l’artiste, la rencontre propose d’aborder les différents enjeux à l’oeuvre dans ce travail, en portant une attention particulière aux méthodes d’investigation employées, aux enjeux juridiques soulevés et à la manière dont Nudify AI s’inscrit dans la continuité de la pratique de Paolo Cirio.

jeudepaume.org/evenement/nudify-ai/

  • Centre Pompidou : nos chimères sont-elles ce qui nous ressemble le mieux ? (14 septembre – 13 décembre 2026)

Le Centre Pompidou et KADIST, organisation internationale dédiée à l’art contemporain, présentent une exposition en ligne d’œuvres vidéo, nos chimères sont-elles ce qui nous ressemble le mieux ?, qui vient clore plusieurs années de collaboration entre les deux institutions consacrée à l’exploration des liens entre création artistique et outils d’intelligence artificielle générative.

« Dans Les Misérables (1862), Victor Hugo invite à réfléchir sur les contradictions de la nature humaine lorsqu’il suggère que « Nos chimères sont ce qui nous ressemble le mieux ». Bête mythologique, la chimère est une créature composite, faite de désirs, de peurs, de fantasmes et de contradictions. Hugo y voyait une allégorie de la vie intérieure de l’humanité moderne, incarnant tout ce que nous projetons, refoulons, et ne parvenons pas tout à fait à nommer ».

Affiche de l’exposition en ligne Chimeres © Éléonore Sense

Dans cette exposition, réunissant neuf artistes d’aujourd’hui, cette figure trouve une nouvelle pertinence critique. Elle vient interroger la présence des grands modèles de langage et des systèmes d’IA générative comme des chimères contemporaines — des hybrides monstrueux assemblés à partir de milliards de traces humaines, d’archives recomposées, et la froide mathématique de l’identification et de la prédiction des formes.

« Les œuvres réunies ici composent un bestiaire contemporain — non pas un catalogue de créatures mythiques, mais une exploration de systèmes d’images hybrides. Ici, les monstres sont procéduraux : faits de données, d’accumulation, d’images engendrant d’autres images. Si tout ce qui apparaît dans ces œuvres n’est pas nécessairement généré, une grande partie de ce qui circule à l’écran provient du vaste répertoire de la culture visuelle, recombiné par des systèmes entraînés sur notre production collective d’images. Ce que nous voyons nous ressemble, précisément parce que composé pour nous d’images produites par nous ».

Jonas Lund, The Future of Life (2024), video, capture d’écran (28:02 minutes). Courtesy the artist

« Nos chimères sont-elles ce qui nous ressemble le mieux ? » fait suite aux événements « L’avenir n’est plus ce qu’il était » et « Apophénies, interruptions : Artistes et intelligences artificielles au travail », organisés en 2023 et 2024.

Commissariat : Marcella Lista, Conservatrice en chef service des collections Nouveaux médias – Musée National d’Art Moderne et Joseph del Pesco, Curateur – KADIST

Le 24 septembre 2026, le Centre Pompidou a annoncé la création d’un « Comité Art Numérique » pour accroitre les acquisitions dans ce domaine pendant une durée de cinq ans (2026-2031). (ARTICLE CLIC : Le Centre Pompidou créé un Comité d’art numérique pour soutenir les acquisitions d’oeuvres)

chimeras.centrepompidou.fr

SOURCES : Centre Pompidou, Jeu de Paume

PHOTOS : artistes

PHOTO du carrousel : capture d’écran de la création NUDIFY AI, de Paolo Cirio

Date de première publication : 15/10/2026

Le Centre Pompidou est membre du CLIC

Laisser un commentaire