Le gouvernement britannique envisage d’instaurer un droit d’entrée pour les touristes étrangers dans les musées qu’il finance, a déclaré le 26 mars 2026 la secrétaire à la Culture, Lisa Nandy. Cette proposition fait suite à un rapport indépendant mené par Arts Council England et au moment où le même organisme annonce que le nombre de visiteurs étrangers dans les musée du Royaume Uni a atteint 19,4 millions en 2024/25. Une décision qui est loin de faire l’unanimité dans le secteur muséal.
Dans une réponse officielle au rapport indépendant du Arts Council England, Lisa Nandy a annoncé que parmi les recommandations envisagées, le gouvernement explorera « les opportunités potentielles que pourrait offrir la mise en place d’une politique de facturation des visiteurs internationaux dans les musées ».
Si elle était mise en place, ce tarif spécial pourrait générer des millions de livres sterling par an pour les musées et les galeries, contribuant ainsi à atténuer la pression croissante sur leurs coûts, mais également la réduction des subsides gouvernementaux.
Ces réflexions et le débat qu’elles suscitent interviennent alors que le secteur muséal réfléchit aux solutions à apporter aux pressions financières croissantes auxquelles sont confrontés les musées nationaux. Parmi les solutions envisagées figurent la mise en place d’un droit d’entrée pour les touristes étrangers ou la levée de fonds par le biais d’une taxe de séjour dédiée.
- Augmenter les recettes propres des musées
Un rapport du Bureau national d’audit (NAO), publié au début du mois de mars 2026, montre que les musées et les galeries ont déjà augmenté leurs recettes propres totales de 53 % en termes réels entre 2021-2022 et 2024-2025, atteignant 563 millions de livres sterling et retrouvant ainsi leur niveau d’avant la pandémie, malgré une baisse de fréquentation.
Les recettes supplémentaires générées par les visiteurs étrangers abonderaient ainsi considérablement les ressources propres des institutions muséales britanniques.
- 15 musées concernés
Le DCMS a déclaré qu’il travaillerait avec Arts Council England et le secteur au cours des prochains mois sur les recommandations, qui comprennent également des cycles de financement plus longs pouvant aller jusqu’à cinq ans, des incitations à la philanthropie et des allégements fiscaux culturels.
Le ministre des Arts, Ian Murray, a déclaré : « Nous soutiendrons le Conseil des arts dans la mise en œuvre de ces réformes visant à révolutionner le financement des arts dans notre pays et notre collaboration avec les créateurs et le public afin d’offrir l’accès à la culture dont notre pays a besoin, qu’il souhaite et qu’il mérite. »
Les 15 musées et galeries parrainés par le DCMS et concernés par l’insturation d’un tarif étranger sont le British Museum, le Museum of the Home, le Horniman Museum, les Imperial War Museums, la National Gallery, les National Museums Liverpool, la National Portrait Gallery, le Natural History Museum, les Royal Armouries, les Royal Museums Greenwich, le Science Museum Group, le Sir John Soane’s Museum, le Tate Gallery Group, le Victoria and Albert Museum et la Wallace Collection.
Depuis 2001, ces lieux culturels offrent la gratuité d’accès aux collections permanentes pour tous les visiteurs, même étrangers.
- Retour progressif des visiteurs étrangers dans les musées britanniques
Ce projet est envisagé alors que le nombre de visiteurs étrangers se redresse progressivement par rapport aux niveaux d’avant la pandémie.
Le rapport du NAO, publié au début du mois de mars 2026, indique que les 15 musées et galeries parrainés par le DCMS ont accueilli 19,4 millions de visiteurs étrangers en 2024/25. Ce chiffre représente une augmentation de plus de 2 millions par rapport aux 17,5 millions de visiteurs étrangers de 2023/24, mais reste inférieur à la moyenne pré-pandémique de 22,6 millions.
En 2025, le Muséum d’histoire naturelle a ainsi battu ses records en tant qu’attraction touristique numéro un du Royaume-Uni pour 2025, atteignant une fréquentation record pour un musée ou une galerie britannique, selon les chiffres annuels de l’ALVA. (ARTICLE CLIC : )
- Le public défavorable
L’Art Fund a publié le 26 mars 2026 une étude démontrant le soutien du public au maintien de la gratuité d’entrée pour tous dans les musées nationaux.
Son sondage auprès de 2 000 personnes, réalisé par More in Common, suggère que près des trois quarts du public (72 %) pensent que les recettes d’une éventuelle taxe touristique devraient plutôt servir à maintenir la gratuité d’entrée.
Trois personnes sur quatre (76 %) pensent que le gouvernement devrait maintenir, voire augmenter, le financement des musées nationaux.
Elle a averti que « le fait de faire payer les touristes étrangers à l’entrée obligerait chacun à présenter une pièce d’identité, créant ainsi un obstacle à l’entrée pour les citoyens britanniques, en particulier ceux qui ont des difficultés financières ».
- Des musées également opoosés
Plusieurs institutions muséales ont également réagi de manière négative à ce projet gouvernemental.
Parmi eux, le Royal Armouries Museum, l’un des musées parrainés par le DCMS, a réagi à cette annonce sur LinkedIn : « Nous devons être francs : nous avons de sérieuses réserves quant à cette proposition… Un système d’entrée à deux vitesses compromettrait fondamentalement notre engagement en faveur de l’accès universel et risquerait de donner l’image d’un Royaume-Uni manquant de confiance et de générosité. »
Le directeur général du musée, Nat Edwards, a ajouté : « Cette proposition est une réponse superficielle et à court terme à un problème plus profond, et elle présente beaucoup plus de défis que d’avantages. La solution consiste à défendre avec conviction le financement adéquat et durable des institutions qui appartiennent à tous, et c’est précisément ce que nous avons hâte de faire lors de la consultation. »
Maria Balshaw, la directrice sortante de la Tate, déclarait en début de mois : « Quel message cela envoie-t-il aux visiteurs du reste du monde si nous leur disons : “Nous possédons vos œuvres, mais l’entrée est payante” ? Je n’aime pas cette idée. »
Les secteur du tourisme est également réticent à cete mesure. Alison Cole, directrice du think tank Cultural Policy Unit (CPU), craint que « ces frais ne dissuadent les touristes de visiter le Royaume-Uni. Il est prouvé que la gratuité de notre musée national est l’un des principaux facteurs motivant le tourisme international dans notre pays ».
Au lieu d’un droit d’entrée, la CPU préconise une taxe hôtelière, qui, selon ses estimations, générerait plus de 1,2 milliard de livres sterling par an. Une grande partie de cette somme pourrait être consacrée au soutien du secteur culturel, a déclaré Mme Cole.
- Succès de la gratuité d’entrée universelle
La gratuité d’entrée universelle (dans les salles des collections permanentes) est entrée en vigueur le 1er décembre 2001. Art Fund a qualifié cette politique de « succès retentissant » sur 25 ans, ayant entraîné une augmentation constante de la fréquentation.
Au cours de la première décennie, la fréquentation des musées auparavant payants a augmenté de 151 %, avec des hausses de plus de 180 % au Muséum d’histoire naturelle et au Victoria and Albert Museum, et de 269 % aux Musées nationaux de Liverpool.
Jenny Waldman, directrice d’Art Fund, a déclaré : « Il est frappant de constater que le public ne souhaite pas que les musées fassent payer les touristes, mais soutient l’instauration d’une taxe de séjour. Une telle taxe, dont une partie des fonds serait spécifiquement affectée, constitue un moyen plus simple de financer les musées nationaux afin de garantir leur gratuité pour tous et de permettre au Royaume-Uni de continuer à être une destination touristique aussi dynamique. Faire payer les touristes à l’entrée risque de créer des barrières pour tout le monde. »
Il faut préciser que la proposition initiale de paiement par les visiteurs étrangers avait été faite par le Arts Council England en décembre 2025 au moment de l’introduction annoncée par le gouvernement de cartes d’identité obligatoires pour les citoyens britanniques, une première dans l’histoire du pays. Cette mesure qui a été depuis abandonnée « offrirait une précieuse occasion de réexaminer la politique de gratuité d’entrée pour les visiteurs internationaux dans les musées et galeries nationaux ».
SOURCES: DCMS, Art Fund, presse
PHOTO du carrousel : Des visiteurs au British Museum (c) British Museum / Paul Hudson
Date de première publication : 27/03/26


















