Le musée du Prado de Madrid a modifié plus d’un millier de ses cartels pour une médiation plus inclusive

Partager :
Temps de lecture : 4 min

L’un des plus grands musées d’art du monde a décidé de modifier une partie des textes de description de ses œuvres dans le but d’accroître l’inclusion et de promouvoir l’égalité. A ce jour, 1 800 cartels ont déjà été révisés, dans les galeries mais également 27 000 fiches sur le site Internet, dans lesquels il est fait référence, d’une manière ou d’une autre, au mot « handicapé » ou à des termes péjoratifs

[EVENT CLIC] Le Palais des Beaux-Arts de Lille consacre son troisième workshop à ce qui constitue l’ADN des musées : LES COLLECTIONS les 25 et 26 janvier 2024, après deux premières éditions consacrées à l’écoresponsabilité des musées (2022) puis à l’inclusion (2023). La crise environnementale et sociale bouleverse les récits et les modes de conservation qui ont été construits au fil de l’histoire des musées. “Repenser nos discours et adapter nos pratiques sont une nécessité si les musées veulent continuer à jouer pleinement leur rôle”. Evénement en présentiel et en ligne. En partenariat avec le CLIC. https://pba.lille.fr/Agenda/WORKSHOP-COLLECTIONS-REPENSER-NOS-RECITS-ET-NOS-PRATIQUES2

Des mots tels que « nanisme », « handicapé », « l’épouse de » et « obésité » ont été supprimés pour adopter “un langage plus inclusif et moins sexiste”.

Victor Cageao, directeur de la Conservation du musée de Madrid, a déclaré : “Le Prado est convaincu de la nécessité de s’adapter à son époque, de respecter tous les gens. Il ne s’agit pas de politique, c’est d’une question de terminologie, de linguistique et de respect de tous.”

Le musée a cependant décidé de ne pas modifier le titre d’une œuvre si celui-ci a été attribué par l’artiste. “De cette manière, nous nous adaptons à la sensibilité sociale sans altérer la valeur historique des pièces ni la valeur descriptive des textes”.

L’institution précise que le changement a été bien accueilli par les visiteurs du musée. En revanche, les partis de droite ont regretté cette décision et considéré que l’institution était victime de son “wokisme”.

  • Un changement linguistique favorisé par un amendement constitutionnel  …

Le Parlement espagnol a voté le jeudi 18 janvier 2024 un amendement à sa Constitution (le troisième dans son histoire) afin de supprimer le terme « handicapés » et de le remplacer par « personnes handicapées ».

Le changement de terminologie était une demande de longue date de la communauté espagnole des personnes handicapées.

L’amendement à l’article 49 ajoute également que “les administrations publiques poursuivront des politiques qui garantissent la pleine autonomie et l’inclusion sociale des personnes handicapées”. Cet amendement a fait l’objet d’un consensus rare entre la majorité et l’opposition au Parlement espagnol. Il a été adopté par 312 voix contre 32, celles du parti d’extrême droite Vox.

Le Prado a donc anticipé ce changement de terminologie autour du handicap et a même été plus loin en matière d’inclusion générale.

Reportage d’Euronews:

 … et une prochaine loi

Le gouvernement de coalition socialiste espagnol a récemment annoncé une révision des pratiques des musées publics pour leur permettre de “dépasser le cadre colonial” et s’est engagé à lutter contre l’ingérence politique et la censure dans les arts.

Comme l’a rapporté pour la première fois le Guardian, Ernest Urtasun, membre de la plateforme de gauche Sumar, nommé ministre de la Culture en novembre 2023, a déclaré aux députés qu’il s’engageait à garantir que les institutions créatives s’engagent dans la société et dans le monde entier.

“Comme vous le savez, les musées sont des organismes vivants qui répondent aux enjeux et aux débats de notre époque”, a-t-il déclaré le 22 janvier 2024 devant la commission culturelle du Congrès.

“Dans cette optique, l’un des défis que nous proposons… est la création d’espaces de dialogue et d’échange qui nous permettront de dépasser un cadre colonial ou enraciné dans des habitudes de genre ou ethnocentriques qui ont si souvent endommagé notre façon de vivre. voir le patrimoine, l’histoire et les héritages artistiques. Nous travaillons à reconnaître et à attirer l’attention sur les perspectives des communautés et la mémoire des peuples à propos desquels les œuvres aujourd’hui exposées ont été réalisées”.

Le ministre a annoncé que 17 collections de musées d’État feront l’objet d’une enquête en Espagne pour leurs « liens avec le colonialisme ». Les collections du musée seront révisées dans le but de supprimer les « préjugés sexistes et ethnocentriques » ainsi que les “liens avec le passé colonial du pays”.

Une des salles du Prado Museo.

Urtasun a reconnu que de telles considérations avaient déjà été intégrées dans les programmes du Musée national d’anthropologie et du Musée d’Amérique, et partiellement au Prado.  

Cette révision était à l’étude depuis un certain temps déjà, avant même que l’actuel ministre de la Culture, Ernest Urtasun, ne prenne ses fonctions. Mais Borja Semper, vice-secrétaire à la culture du Partido Popular conservateur, a déclaré : “C’est un débat importé d’autres pays. Soit ils ignorent l’histoire de l’Espagne, soit ils sont aveuglés par un militantisme éveillé”.

Sans le vouloir, les musées espagnols se retrouvent au cœur d’une bataille politique, voire idéologique. Preuve du rôle croissant qu’ils jouent dans la société et le monde d’aujourd’hui.

SOURCES: presse

PHOTOS: Wikimedia Commons

PHOTO du carrousel: Wikimedia Commons Emilio J. Rodríguez Posada – Museo del Prado 2016 CC BY-SA 2.0

Date de première publication: 25/01/2024

banner clic 2024 V1

Laisser un commentaire