Il y a quelques mois, ARTE Creative lançait sur son site internet un appel à candidature pour une série documentaire, « Tous pour l’art », censée répondre aux questions : qu’est ce que l’art contemporain ? quelles sont les critères d’évaluation d’une œuvre ?

Le premier épisode de cette Master Class télévisée, diffusé le 11 novembre dernier sur ARTE, est le premier d’une série de six permettant aux téléspectateurs de s’interroger sur la légitimité d’une œuvre d’art à travers la créativité des candidats.

Vous ne rêvez pas, l’art a maintenant son émission visant à caster les créateurs de demain. Est ce une manière de répondre au vent de censure qui souffle sur le domaine de l’art contemporain ces derniers mois ? Ou tout simplement un outil de démocratisation d’une pratique jugée trop élitiste ?

Il y a plusieurs mois, la chaîne ARTE a lancé une plateforme interactive permettant à des artistes européens de postuler, laissant leur créativité entre les mains des internautes invités à voter pour dégager une première sélection de 180 artistes sur 2000 candidats (étudiants, jeunes artistes, autodidactes…).

Pour le rédacteur en chef du magazine Monopol, Holger Liebs, cette série documentaire Tous pour l’art est « avec cette notion de casting, un clash culturel entre le monde des artistes et celui de la télévision ». Un pas de côté pour le monde de l’art et la grille proposée par ARTE.

Dès le premier épisode, intitulé La Sélection, le ton est donné. Ce pilote a permis d’affiner la sélection des artistes – trois allemands, trois français et un belge – qui participeront pendant quatre semaines à une Master Class à Berlin, clôturée par une grande exposition au ZKM de Karlsruhe. Deux jurys de sélection, un parisien et l’autre berlinois, se sont réunis pour rencontrer chacun soixante créateurs, et n’en retenir que dix, puis trois. Chaque candidat a présenté trois œuvres, suivi d’un entretien individuel qui lui a permis de montrer sa motivation aux jurés et de répondre à leurs questions.

L’équipe d’ARTE a, semble-t-il, choisi d’utiliser les codes de réalisation d’autres émissions du même type, telles que Master Chef, La Nouvelle Star ou encore La France a un incroyable talent : gros plan sur le candidat face aux jurés qui, assis côte à côte derrière une table, tentent de justifier leur choix en « cassant » de temps en temps les prestations, focus sur certains candidats relatant leur parcours et donnant leurs impressions après ou avant passage devant le jury, mais surtout l’annonce des résultats devant le reste du groupe, avec un long suspense.

À Berlin, les deux personnalités chargées de les « titiller » ne sont autres que Peter Raue, avocat berlinois, amateur d’art et collectionneur qui assure « voir tout de suite quand ça ne va pas », et Christiane zu Salm, éminante collectionneuse. Cette dernière espère bien que l’émission « saura montrer que devenir artiste peut relever du parcours du combattant ». Tous les deux conscients qu’ils peuvent avoir une autre opinion que celle des spectateurs d’ARTE assurent ne pas juger les artistes et leurs œuvres en fonction de leurs goûts personnels mais plutôt de leur capacité à proposer un « nouveau langage », et « à faire preuve d’audace pour se démarquer de ce qui a déjà été fait ».

À Paris, le tournage des ultimes sélections a eu lieu au Palais de Tokyo, encadré par l’écrivain et belle-fille du peintre, Sydney Picasso, José-Manuel Gonçalves, directeur du CentQuatre et Caroline Smulders, créatrice de I love my job, une société de conseil en art contemporain.

Les sept candidats sélectionnés pour la Master Class Tous pour l’art : Stéphanie Kerckaert, Alice Mulliez, Jérôme Galvin, Lyez Hammadouche, Elina Solomonov, Ismael Dua, Sebastian Mejia. D.R

Certains candidats se détachent nettement du lot comme Gregor Eisenmann, le « chouchou du net » qui a recueilli le plus de votes du public : « Tout ce je fais je le fais pour l’art, l’argent que je gagne je l’utilise pour m’enfermer un mois ou deux dans mon atelier et peindre à plein temps ». Tous ont un style très personnel et travaillent sur des supports très différents, photographies, installations, peintures, ou encore performances. Citons d’ailleurs l’un des performers qui n’a pas jugé bon de terminer sa prestation devant les caméras (il devait finir en urinant devant le jury). Pour la plupart, il s’agit tout de même « d’être surpris et remis en question » par les artistes de renom qui animeront les Master Class (Dieter Meier, Brigit Brenner, Norbert Bisky, Angel Vergara, Damien Deroubaix et Christiane Riedel), à travers des séries d’exercices créatifs dont le premier concernera l’autoportrait.

Prochain rendez-vous le 18 novembre à 15h35, et tous les dimanches après-midi jusqu’au 16 décembre

Auteur: Laura Heurteloup • 13 novembre 2012

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