Des chercheurs considèrent que les expositions d’art -même virtuelles- sont bonnes pour la santé mentale

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On savait déjà que la visite réelle d’un musée d’art pouvait être bonne pour pour la santé, notamment mentale. D’autres chercheurs ont souhaité étudié l’éventuel impact des expositions virtuelles. Selon les résultats publiés le 30 juin 2022, leurs vertus thérapeutiques pourraient être comparables à celles d’expériences artistiques physiques.

[EVENT CLIC] Le prochain webinaire thématique du CLIC France sera proposé en octobre 2022 sur le thème « le rôle des lieux culturels dans la santé et le bien-être ». La date et le programme seront communiqués dans les prochains jours. www.club-innovation-culture.fr/events/

Née au Québec, l’art thérapie et la visite d’un musée pour des bienfaits sur la santé est un concept qui gagne du terrain partout dans le monde. Les expériences se multiplient et de nombreuses publications scientifiques soulignent les multiples bienfaits de l’art sur notre bien-être physique et mental. Selon la recherche, le contact avec des œuvres d’art peut ainsi aider à soulager le stress et l’anxiété.

Des scientifiques ont voulu savoir si l’art pouvait apporter du mieux-être également de manière virtuelle, via Internet. MacKenzie Trupp et Matthew Pelowski (University of Vienna) se sont associés à des chercheurs de l’institut Max Planck pour les sciences cognitives et cérébrales humaines et de psycholinguistique.

L’équipe a demandé à 84 participants de visiter deux expositions numérisées diffusées sur la plateforme Google Arts et Culture, l’une sur Monet et l’autre sur les traditions culinaires japonaises. L’étude a été faite lors du premier confinement de la pandémie de Covid-19, période si propice pour l’utilisation des contenus culturels en ligne. Les principaux résultats de l’étude viennent d’être publiés dans la revue Frontiers in Psychology.

  • La visite virtuelle améliore l’humeur

Durant cette période unique de fermeture de 90% des musées du monde, des millions d’amateurs d’art se sont tournés vers les visites virtuelles pour accéder à la culture. Et cette pratique s’est avérée très positive, suggère l’étude de MacKenzie Trupp et Matthew Pelowski.

Les chercheurs ont en effet observé que les personnes qui visitaient une exposition virtuelle voyaient leur humeur s’améliorer.

« Cela comprenait une diminution de l’anxiété d’état, une humeur négative, la solitude et un bien-être subjectif accru », ont écrit les 2 auteurs de l’étude.

Plus surprenant encore, ces effets thérapeutiques se font sentir très rapidement. Les psychologues ont noté que regarder des œuvres d’art numériques pendant quelques minutes suffit pour se sentir mieux.

« Avec seulement 1 à 2 minutes d’exposition, les deux ont amélioré l’humeur négative, l’état d’anxiété, la solitude et le bien-être. L’analyse en cascade a suggéré que les changements peuvent être expliqués principalement par l’humeur négative, tandis que les améliorations de l’humeur étaient corrélées aux évaluations esthétiques et à l’expérience cognitive-émotionnelle de l’exposition ».

L’impact positif des expositions virtuelles sont encore plus prononcés si les personnes qui les visitent ont un attachement particulier à l’art, ou le trouvent beau.

  • D’autres études et expériences pendant les confinements

En 2020 et 2021, de nombreux formats d’art et de culture en ligne ont étendu leur application potentielle à de nouveaux objectifs: atténuer les effets négatifs liés à la pandémie sur le bien-être et la santé mentale.

Un certain nombre de projets et de discussions dans la presse ont pu suggérer qu’un engagement avec quelques œuvres d’art, ou un voyage dans un musée virtuel, pourrait aider à apaiser l’anxiété, améliorer l’humeur (Barbican Center, 2020), procurer un meilleur bien-être (International Arts and Mind Lab, 2020), ou encore aider les personnes isolées et solitaires (Belvedere Museum, 2020). Ces objectifs semblent avoir été en partie atteints, notamment pour une partie du public, en particulier par les personnes souffrant de problèmes de bien-être et de santé mentale. Certaines expériences ont prouvé qu’une partie notable des individus recherchaient, pour la première fois, des rencontres artistiques en ligne (Bu et al., 2021).

  • De nouvelles diffusions et utilisations de l’art virtuel 

Bien que l’étude récente de de MacKenzie Trupp et Matthew Pelowski soit basée sur un petit nombre de participants (80), elle suggère de nouvelles possibilités pour l’art-thérapie, et sa version numérique.

Les chercheurs suggèrent ainsi de présenter des expositions virtuelles dans les salles d’attente, les hôpitaux et les zones rurales où l’accès à l’art est limité. « Cela permettrait au plus grand nombre de personnes de profiter des bienfaits de l’art sur la santé ».

« Avec l’omniprésence d’Internet, il est de plus en plus reconnu que les formats numériques en ligne pourraient atteindre un public encore plus large et offrir de nouvelles possibilités d’utilisation liée à la santé. Si l’engagement en ligne pouvait avoir un impact systématique, cela représenterait un moyen encore plus rentable d’atteindre un grand nombre dans la société (Clayton et Potter, 2017 ; Thomson et al., 2018), en particulier les personnes qui ne peuvent pas visiter les musées, apportant des doses d’art dans les maisons, les lits d’hôpitaux ou les lieux de travail sans installation d’une œuvre d’art coûteuse ».

Comme l’a dit un directeur de musée (Gilman, in Rice, 2020), résumant ces tendances modifiant le rôle des arts, « en ce moment, l’art… [est] plus important que jamais. C’est l’un des éléments clés qui nous soutient pendant que nous cocoonons à la maison », en particulier dans sa nouvelle présence en ligne, « … c’est ce qui nous nourrira alors que nous nous adaptons à la nouvelle normalité d’un monde post-COVID-19 ».

  • L’art thérapie confortée

Cette nouvelle étude vient donc conforter les nombreux travaux de recherche menés autour de l’art thérapie. L’engagement avec une variété de formes d’arts et de culture – de manière physique – pour soutenir le bien-être et la santé mentale est maintenant bien documenté. Une revue de l’Organisation mondiale de la santé de 2019 comprenait, par exemple, les résultats de plus de 900 publications (Fancourt et Finn, 2019) suggérant que s’engager dans diverses activités artistiques ou culturelles peut avoir des impacts significatifs à la fois en ce qui concerne les capacités de prévention (maintien du bien-être physique et mental) et la prise en charge d’un large éventail de problèmes psychologiques.

Des études en cours (au Québec et à Paris) analysent l’impact des expositions immersives sur le bien être.

Plus que jamais, art peut donc rimer avec bien-être, que l’expérience soit proposée en présentiel ou en distanciel.

Journal reference:

Trupp, M.D., et al. (2022) Can a Brief Interaction With Online, Digital Art Improve Wellbeing? A Comparative Study of the Impact of Online Art and Culture Presentations on Mood, State-Anxiety, Subjective Wellbeing, and Loneliness. Frontiers in Psychology. doi.org/10.3389/fpsyg.2022.782033.

Principaux résultats de l’étude dans la revue Frontiers in Psychology

SOURCES: Frontiers in Psychology, presse

PHOTOS: Google Arts & Culture

PHOTO du carrousel: l’oeuvre de monet « Blue Water Lilies » en gigapixels (Musée d’Orsay, Google Arts & Culture)

Date de première publication: 15/07/2022

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