En 2025, 9 millions de personnes ont visité le musée du Louvre, soit près de 30 000 entrées quotidiennes. Sur cette jauge en hausse de 300 000 visiteurs sur un an, 40 % (3,6 millions) sont originaires d’un pays hors de l’Espace économique européen. Depuis le mercredi 14 janvier, ces derniers devront s’acquitter de 32 € pour déambuler dans le plus grand musée du monde, soit 10 € de plus que le prix actuel. D’autres lieux culturels hexagonaux (Château de Versailles, Opéra Garnier, Château de Chambord et Sainte-Chapelle) vont également appliquer un tarif supérieur (de 3 à 10 euros) à leurs visiteurs non européens. Cette tarification différenciée est elle une première mondiale ? Combien peut-elle potentiellement rapporter ? Pourquoi cette mesure suscite-t-elle la polémique ?
Le musée du Louvre a déclaré que cette augmentation du prix de 45% s’inscrit dans le cadre d’une politique nationale de « tarification différenciée » annoncée en 2024.
« Je souhaite que les visiteurs venant de pays hors UE paient plus cher leur billet d’entrée et que cette surtaxe serve à financer la rénovation de notre patrimoine national. Les Français ne sont pas censés tout payer eux-mêmes », avait déclaré la ministre de la Culture, Rachida Dati, fin 2024, lors de l’annonce de ces hausses, qu’elle qualifiait de « vraie rupture dans la politique tarifaire ».
- De 3 à 10 euros de plus pour les visiteurs non européens
A partir du 14 janvier 2026, cinq établissements culturels français vont appliquer une tarification différenciée pour les visiteurs extra-européens.
Le Louvre, le Château de Versailles, le Château de Chambord, la Sainte-Chapelle et l’Opéra Garnier font payer plus cher l’entrée aux touristes individuels hors Union européenne, Islande, Liechtenstein et Norvège.
Les citoyens américains, britanniques, japonais et chinois, qui constituent une partie importante (10 à 20%) des visiteurs étrangers de certains musées, seront les personnes les plus touchées.
Dans le détail, la nouvelle tarification différenciée est la suivante :
. Musée du Louvre (Paris) : 32 euros pour les extra-européens, soit 10 euros de plus (22 euros pour les Européens). 40 % des visiteurs du musée (3,6 millions) sont originaires d’un pays hors de l’Espace économique européen. Depuis le 14/01/26.
. Château de Versailles (Yvelines) : le billet qui donne accès à l’ensemble du domaine passe à 25 euros au lieu de 22 euros pour les visiteurs hors-UE, et montera même à 35 euros (32 euros pour les visiteurs de l’EEE) en haute saison (entre le 1er avril et le 31 octobre). Les étrangers ont représenté 81 % des visiteurs du château de Louis XIV. Depuis le 14/01/26.
. Château de Chambord (Loir-et-Cher) : 31 euros pour les visiteurs hors UE, soit 10 euros de plus (21 euros pour les Européens). 10% des visiteurs annuels sont hors UE. Depuis le 01/01/26.
. Sainte-Chapelle (Paris) : augmentation de 6 euros pour les non-Européens, de 16 à 22 euros. 35 % de visiteurs extra-européens. Depuis le 01/01/26.
. Palais Garnier – Opéra national de Paris (Paris) : tarification différenciée appliquée depuis janvier 2026.
Dans l’ensemble de ces monuments et musées, la gratuité s’applique pour les moins de 18 ans, quelle que soit la nationalité.

(graphique extrait de l’article du Dauphiné Libéré : Musée du Louvre, Versailles… Quels sont les nouveaux tarifs pour les touristes non-européens ?)
- De 20 et 30 millions d’euros supplémentaires par an ?
Quel pourrait être l’impact financier de cette nouvelle tarification ?
Selon le ministère de la Culture, cette politique devrait générer « entre 20 et 30 millions d’euros supplémentaires par an ».
Le Musée du Louvre a estimé que l’augmentation de tarif pourrait rapporter entre 15 et 20 millions d’euros supplémentaires par an, après avoir évoqué la somme de 23 millions d’euros en novembre 2025.
Des experts estiment que la recette générée pourrait être inférieure si la surfacturation conduisait certains touristes à choisir de visiter les musées n’ayant pas augmenté leur prix d’entrée.
Josy Carrel-Torlet, directrice du développement économique au Centre des monuments nationaux, qui gère notamment la Sainte-Chapelle, admet franchement dans un article du site sortiraparis : « Le gain financier n’est même pas de l’ordre d’un million d’euros. » D’autant que cette nouvelle tarification s’accompagne de l’abandon de la tarification saisonnière précédemment appliquée. « On perd d’un côté, on va regagner de l’autre », résume-t-elle pragmatiquement.
Le Centre des monuments nationaux prévoit de dresser un bilan de cette expérimentation dans un an, afin d’évaluer l’impact réel de la mesure et comparer avec les lieux parisiens majeurs du réseau qui n’appliquent pas la surfacturation, tels que les Tours de Notre Dame et l’Arc de Triomphe.
- A quoi serviront les fonds générés ?
Le musée du Louvre a déclaré à l’AFP que cette hausse de prix de 45 % vise à « augmenter les recettes annuelles afin de financer des améliorations structurelles au sein du musée d’art le plus visité au monde », qui est encore sous le choc du vol en plein jour de trésors inestimables le mois dernier.
Le Ministère de la culture a précisé que « ces fonds seront notamment alloués au chantier de rénovation du Louvre ». Voulu par Emmanuel Macron et évalué à plus d’un milliard d’euros, le projet baptisé « Louvre, nouvelle renaissance » est pourtant aujourd’hui largement discuté, voire remis en cause.
- Une politique tarifaire unique au monde ?
La politique de « double tarification » mise en place par la France est elle une première mondiale ? Non, mais elle a peu de précédents ailleurs en Europe ou en Amérique, même si elle est plus courante dans les pays en développement.
En Europe, au British Museum de Londres, au Rijksmuseum d’Amsterdam, au Prado de Madrid ou à l’Alte Nationalgalerie de Berlin, les visiteurs sont accueillkis dans les mêmes conditions, quelle que soit leur origine géographique.
Le Metropolitan Museum of Art de New York permet aux résidents de cet État de fixer eux-mêmes leur prix d’entrée « pay as you wish » et offre la gratuité aux étudiants de la ville et de l’état. Tous les autres visiteurs doivent payer 30 dollars (25,74 euros) pour les adultes, 22 dollars (18,88 euros) pour les retraités, 17 dollars (14,59 euros) pour les étudiants.
Toujours aux Etats Unis, les touristes étrangers souhaitant visiter les plus célèbres parcs nationaux doivent s’acquitter d’un supplément pouvant atteindre 100 dollars par personne. Ainsi en a décidé Trump, à compter de 2026.
Des tarifs plus élevés s’appliquent par ailleurs aux touristes étrangers dans des lieux culturels de pays émergents :
. En Égypte, le Grand musée du Caire affiche un tarif de 30 livres égyptiennes (0,65 euros) pour les Égyptiens et autres citoyens de pays arabes et de 550 livres (10 euros) pour les autres nationalités. L’entrée au temple de Louxor coûte 40 livres (0,73 euro) pour les Egyptiens, contre 500 livres (9,11 euros) pour les touristes étrangers.
. En Inde, le Taj Mahal affiche un billet à 50 roupies indiennes (0,48 euro) pour les visiteurs indiens et à 1 100 (10 euros) pour les étrangers. Une tarification intermédiaire s’applique à des ressortissants de pays asiatiques (540 roupies / 5 euros).
. En Jordanie, le site archéologique de Petra fait aussi varier ses tarifs en fonction du passeport : le tarif est de 50 dinars jordaniens (60 euros) pour les visiteurs étrangers restant au moins une nuit à Petra, de 30 dinars (36 euros) pour les visiteurs arabes, 10 dinars pour les résidents (12 euros) et de un dinar (1,2 euro) pour les Jordaniens.
. Au Pérou, le Machu Picchu coûte l’équivalent de 25 euros pour les adultes du Pérou et des pays andins (Bolivie, Colombie, Equateur), contre 51 euros pour les autres ressortissants étrangers.
. Au Maroc, le musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain (MMVI) à Rabat facture l’entrée 60 dirhams (5,59 euros) pour les ressortissants étrangers, 30 dirhams (2,79 euros) pour les adultes Marocains et 15 dirhams (1,40 euros) pour les marocains de moins de 18 ans.
. Au Cambodge, les citoyens cambodgiens bénéficient de la gratuité pour le parc archéologique d’Angkor (temples d’Angkor Wat et environs). Les étrangers, eux, déboursent 37 dollars pour une journée et 62 dollars pour deux jours.
- Une décision qui suscite le débat
Les changements tarifaires opérés par les lieux culturels français font la une de l’actualité internationale. Le 14 janvier 2025, le quotidien britannique The Independent titrait « Visiter le Louvre est devenu beaucoup plus cher pour les touristes ». Le même jour, le site africanews.com écrivait dans un article « Indignation générale après la hausse des prix d’entrée au musée du Louvre pour la plupart des visiteurs non européens » : « la décision de la France d’augmenter les frais d’entrée pour financer des rénovations indispensables a suscité un tollé ». Le Taipei Times pose la question : « Les touristes étrangers devraient-ils payer plus cher que les locaux pour les galeries subventionnées par l’État, ou l’art devrait-il être accessible à tous, sans discrimination ? ».
Cette différenciation fait également grincer des dents en France.
En 2024, la ministre du Tourisme du gouvernement Bayrou, Nathalie Delattre expliquait à Ouest-France que « les Américains et les Chinois sont le premier contingent de touristes étrangers en France, premier pays visité du monde » et soulignait « l’importance de choyer ces publics qui dépensent en moyenne plus de 2 000 € par jour lorsqu’ils séjournent en France ! ».
La politique de double tarification est également largement critiquée par les syndicats du Louvre, engagés depuis mi-décembre dans une des plus longues grèves de l’histoire du musée. ils ont ainsi listé parmi leurs revendications le « renoncement à la double tarification qui foule aux pieds notre histoire républicaine et l’universalisme fondateur du musée du Louvre », selon le texte de leur préavis déposé début décembre 2025. La CFDT a averti que la mesure serait perçue comme une « discrimination ». Le syndicat CGT Culture a dénoncé cette politique, arguant qu’elle transforme l’accès à la culture en un « produit commercial » et crée une inégalité d’accès au patrimoine national.
Les syndicats affirment que « la vaste collection du musée, forte d’un demi-million d’objets, dont beaucoup proviennent du Moyen-Orient, d’Égypte et d’ailleurs en Afrique, revêt une valeur humaine universelle ». Les employés du musée ajoutent qu’ils sont également inquiets pour des raisons pratiques, car ils devront désormais vérifier les papiers d’identité de tous les visiteurs.
Désireux d’assurer un accès au plus grand nombre tout en générant suffisamment de recettes pour leur entretien, « les musées sont sous pression », a reconnu un des comités du Conseil international des musées (Icom), une organisation représentant 139 pays, peu après la décision du Louvre.
Le débat sur la double tarification touche d’ailleurs d’autres pays. L‘ancien directeur du British Museum, Mark Jones, s’est prononcé en faveur de l’instauration d’un droit d’entrée différencié dans l’une de ses dernières interviews en poste, déclarant au Sunday Times en 2024 qu’« il serait logique de faire payer l’entrée aux visiteurs étrangers ». La proposition a suscité des débats mais n’a pas été adoptée. Un document de recherche publié en 2025 par The Cultural Policy Unit, un groupe de réflexion muséal britannique, s’y opposait pour des raisons à la fois pratiques et philosophiques. « Cela réduirait le nombre d’entrées, allongerait les temps d’attente et bouleverserait une politique vieille de plusieurs siècles », concluait le rapport. « La Grande-Bretagne conserve ses collections nationales pour le monde entier, et non seulement pour ses propres résidents », a objecté le think Tank.
SOURCES : Sinapses Conseils, presse
PHOTO : Musée du Louvre / Florent Michel
Date de première publication : 14/01/26
Le musée du Louvre, le CMN, L’Opéra de Paris et le Château de Chambord sont membres du CLIC








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