A l’occasion de l’exposition « Le Mystère Le Nain » au musée du Louvre-Lens, dont le CNRS est partenaire, les deux établissements s’associent pour mener un projet de recherche inédit, sur le regard et l’attention du visiteur face à 7 oeuvres exposées.

Interface de l'application Ikonikat affichant le tableau Famille de paysans, de Louis Le Nain. © RMN-Grand Palais (musée du Louvre)/Jean-Gilles Berizzi/Julien Wylleman/Sarah Landel/Ikonikat

Interface de l’application Ikonikat affichant le tableau Famille de paysans, de Louis Le Nain.
© RMN-Grand Palais (musée du Louvre)/Jean-Gilles Berizzi/Julien Wylleman/Sarah Landel/Ikonikat

Pendant toute la durée de l’exposition (du 22 mars au 26 juin 2017), 600 visiteurs munis d’une tablette indiqueront ce qu’ils pensent pertinent de voir dans sept des œuvres exposées. Les tracés, enregistrés et traités grâce à l’application Ikonikat, permettront aux chercheurs de savoir si l’attention d’un visiteur se porte réellement sur les éléments jugés les plus dignes d’intérêt par les professionnels. Les résultats contribueront notamment à nourrir la politique des publics du musée.

Carte de chaleur indiquant la fréquence d'apparition des tracés de visiteurs (bleu : peu fréquent ; rouge ; très fréquent) sur une représentation de la toile de Jean-Baptiste Wicar, Le Jugement de Salomon (Huile sur toile, 96 × 150 cm, 1785. Lille, Palais des Beaux-Arts). © Palais des Beaux-Arts de Lille/RMN/Julien Wylleman/Ikonikat

Carte de chaleur indiquant la fréquence d’apparition des tracés de visiteurs (bleu : peu fréquent ; rouge ; très fréquent) sur une représentation de la toile de Jean-Baptiste Wicar, Le Jugement de Salomon (Huile sur toile, 96 × 150 cm, 1785. Lille, Palais des Beaux-Arts).
© Palais des Beaux-Arts de Lille/RMN/Julien Wylleman/Ikonikat

Pourquoi demander à un visiteur de dire ce qu’il voit dans une œuvre, alors qu’il peut simplement nous le montrer ? Fruit de recherches coordonnées par Mathias Blanc, de l’Institut de recherches historiques du Septentrion (CNRS/Université Lille3), l’application Ikonikat donne la possibilité à tout un chacun de désigner, grâce au dessin, ce qu’il pense pertinent dans une image. Et ce, sans disposer nécessairement d’un vocabulaire spécifique, ce qui permet d’éviter que la participation des visiteurs ne soit limitée par la prise de parole et la maîtrise de ce vocabulaire.

Groupe d'élèves utilisant Ikonikat au Palais des Beaux-Arts de Lille (c) Cécile Picard-Limpens/Ikonikat

Groupe d’élèves utilisant Ikonikat au Palais des Beaux-Arts de Lille
(c) Cécile Picard-Limpens/Ikonikat

Un fonctionnement intuitif

Concrètement, le spectateur, muni d’une tablette affichant une reproduction de l’œuvre, souligne, entoure les éléments picturaux qui lui semblent essentiels ou qui l’interpellent. Les tracés réalisés par les visiteurs révèlent les zones perçues comme les plus significatives, et permettent de saisir l’ordre dans lequel les éléments picturaux d’une œuvre sont soulignés par le visiteur.

Ikonikat a déjà été expérimenté au Palais des Beaux-Arts de Lille, avec des groupes scolaires. Son déploiement au Louvre-Lens, pendant l’exposition « Le Mystère Le Nain » permet d’envisager une étude inédite avec un public étendu. 600 personnes de tous âges, visiteurs individuels ou en groupes de 2 à 15, seront sollicitées avant ou après leur visite de l’exposition, et utiliseront Ikonikat devant sept œuvres, présentées dans des ordres variables.

Les annotations visuelles de chacun seront collectées par l’application, ainsi que leurs réponses à un questionnaire sociologique. Leur analyse permettra en particulier de savoir si l’attention du public se porte réellement sur les éléments jugés les plus marquants par les experts (professionnels des musées et historiens de l’art). Ou encore de comprendre de quelle manière le contexte social et culturel (visites en famille, groupe scolaire, etc.) ou l’ordre dans lequel les œuvres sont présentées influencent leur perception par les visiteurs.

En retour, ce projet de recherche permettra au musée de s’interroger sur sa politique des publics, notamment sur la manière de présenter les œuvres, tant au niveau de l’accrochage que du discours sur celles-ci.

Restitution en cours d’exposition

Au cours de l’exposition, des séances de restitution seront organisées auprès des publics du musée afin de leur faire part de l’avancée du projet.

L’exposition « Le Mystère Le Nain » accueillera aussi un atelier de recherche international, soutenu en particulier par l’Université franco-allemande, l’IDEX de l’université de Strasbourg, et l’Office allemand d’échanges universitaires (DAAD).

Du 28 au 31 mars 2017, à partir d’un corpus d’œuvres de l’exposition, sociologues et historiens de l’art français, autrichiens, allemands et anglais mettront en perspective leurs approches d’analyse des images, de leur perception (que voit-on ?), de leur réception (quelles significations leur attribue-t-on ?).  Après une journée au Louvre-Lens, l’atelier organisé par Mathias Blanc se poursuivra dans la métropole lilloise.

Ikonikat s’intègre dans le projet VISUALL-tek, bibliothèque d’outils permettant d’interroger collectivement des images. Ils résultent d’un dialogue interdisciplinaire entre des chercheurs en sciences sociales et des informaticiens spécialistes des interactions homme-machine, du Centre de recherche en informatique, signal et automatique de Lille (CNRS/Université Lille 1/École Centrale de Lille).

Pour en savoir plus :
Ikonikat, un autre regard sur l’art, à lire dans CNRS le Journal.
Visuall-tek, une bibliothèque d’applications innovantes et collaboratives pour étudier les images.

Exposition « Le Mystère Le Nain »
22 mars – 26 juin 2017
Originaires de Laon en Picardie, les frères Le Nain figurent parmi les artistes les plus talentueux du 17e siècle. Plusieurs de leurs tableaux sont devenus de véritables icônes de l’histoire de l’art. Pourtant leur attribution et leur signification restent souvent énigmatiques et constituent l’un des plus grands mystères de la peinture française. Au fil de l’exposition, les visiteurs reconstituent le puzzle du « mystère Le Nain » en enquêtant sur Louis le génie méconnu, Antoine le portraitiste et Mathieu l’ambitieux. Ils explorent les archives historiques, retrouvent des portraits cachés sous d’autres peintures, et découvrent les secrets de fabrication des frères Le Nain !

Ikonikat avait fait l’objet d’une présentation lors du 3ème Forum régional CLIC Nord le 19 avril 2016(voir article: 3ème Forum CLIC Nord le 19 avril 2016 à Lille: les photos et les captations audio sont en ligne)

SOURCES: Louvre Lens, Ikonikat, CNRS

Date de première publication: 15/03/2017

Le Louvre Lens et le Palais des Beaux Arts de Lille sont membres du CLIC France.

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