Le QR Code: nouvel outil de communication et de médiation des institutions culturelles

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Crée en 1994 au Japon, le QR code ou « Quick Response » en anglais, est un code barre 2 D, code à matrice de pixels, composé de données numériques et alphanumérique, contenant des données accessibles avec un lecteur de code, un téléphone mobile ou un smartphone. Beaucoup plus performant qu’un simple code barre, petit et rapide, le QR code peut stocker des milliers d’informations et permettre d’accéder à des contenus multiples tels que du texte, des images, du son, de la vidéo et des liens hypertextes… Facile d’utilisation, il suffit de télécharger l’application permettant de lire les QR codes sur téléphone portable, et ensuite de positionner le mobile face au pictogramme qui va scanner et traduire les données. Cette innovation technologique peut révolutionner la transmission de l’information et la relation avec le public. C’est déjà le cas dans le monde des musées et lieux culturels.

Entre technologie et art

Outil à la fois interactif et ludique, la technologie du QR code s’est principalement développée dans le domaine du marketing. Néanmoins, ce module noir et blanc a été rapidement intégré aux travaux d’artistes qui se sont réappropriés le QR code en détournant sa fonction principale. Ainsi dans la peinture et la musique, le code barre 2 D est utilisé pour télécharger un single inédit ou représenter une création artistique.

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On peut citer l’exemple de la collaboration entre Takashi Murakami et Louis Vuitton, qui ont crée un QR code avec les monogrammes de la marque de luxe et des personnages de l’artiste.

Une aide à la visite

Mais c’est avant tout en tant qu’outil de communication voire de médiation que les lieux culturels se sont emparés de cette nouvelle technologie. Mêlant à la fois le monde réel des objets au monde virtuel sur Internet, le QR code a aujourd’hui trouvé sa place dans les musées qui ont adopté cet outil afin de mieux accompagner le visiteur au long de sa visite.

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Reproductible sur n’importe quel support et dans n’importe quelle taille, le QR code représente un complément interactif à la visite. Il donne des renseignements supplémentaires aux visiteurs sur une exposition, un tableau, un artiste, un lieu, une œuvre… Discret, il peut même remplacer les cartels, sans en altérer le contenu mais en enrichissant le parcours du visiteur guidé à travers le musée. Aide à la visite, le QR code offre l’avantage de créer un lien direct entre les œuvres et les visiteurs et la possibilité pour les visiteurs de réagir sur ce qu’ils voient en laissant des commentaires grâce à leur mobile.

Les institutions culturelles et de tourisme utilisent ainsi le QR code pour fournir des informations plus complètes aux visiteurs via un lien vers une page web relié au site concerné, ce qui peut susciter la curiosité et l’envie chez l’utilisateur de s’informer plus et de découvrir un lieu ou une exposition. Cela peut également servir de visite guidée pour un touriste dans la découverte d’une ville et son histoire. Offrant du contenu, cet outil peut servir à l’art en racontant des histoires, des parcours aux passants d’un quartier et offrir une nouvelle forme de divertissement interactive. Cette nouvelle technologie apporte de nouvelles données accessible à chacun grâce aux smartphones tout en étant un outil attractif et intuitif.

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Une communication instantanée et désirée

Le QR code laisse chaque personne libre de scanner le code barre ou de se contenter des informations déjà proposées. Lors de la Nuit des Musées 2010, des tags étaient présents sur les affiches de la ville de Paris. Les personnes avaient ainsi la possibilité d’obtenir via leurs mobiles des informations complémentaires à l’évènement. Cette initiative tend à tester la curiosité des visiteurs et leur capacité à chercher les tags sur des endroits insolites comme des affiches dans le métro, sur les bus…

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Cette nouvelle technologie installe une nouvelle forme de communication entre le spectateur et l’institution culturelle, spontanée et interactive, ce qui donne une nouvelle dynamique à leur relation. Il n’y a plus d’intermédiaire entre le visiteur et le musée mais une connexion directe créée par la connexion entre le pictogramme numérique et le mobile.

Le QR code et les musées français : quelques initiatives

Selon les spécialistes technologiques, la France est le 5ème pays le plus utilisateurs de QR code. Pourtant le QR code n’est pas encore un outil multimédia plébiscité par les institutions culturelles et touristiques. Certaines institutions françaises ont néanmoins lancé le mouvement en utilisant ce code barre 2D sur des lieux d’exposition et ainsi décelé dans cette nouvelle technologie de l’information et de la communication, le moyen de promouvoir d’une nouvelle manière une exposition ou une destination touristique….

L’exposition « Architecture postale, une histoire en mouvement » présentée au Musée de la poste en 2010, est une des premières à avoir introduit le QR code sur ses cartels historiques afin d’expliquer aux visiteurs les œuvres photographiques présentées. Le visiteur se promène parmi les œuvres et photographie avec son smartphone le pictogramme numérique inscrit sur les cartels, qui est directement traduit ensuite grâce à l’application. Le visiteur reçoit ainsi une brève introduction historique ou une explication de l’œuvre présentée, sous une forme ludique et fonctionnelle. Un des avantages est de pouvoir conserver le texte du cartel sur son portable et de pouvoir même le partager par sms ou mail avec ses proches. La circulation de l’information est instantanée et rapide. Résultat : 18% des visiteurs de l’exposition « Architecture postale » ont essayé les QR code (sondage en sortie d’exposition). Su coup, le musée envisage de retenter l’expérience sur sa prochaine exposition artistique (Nils-Udo. à partir du 30 avril prochain).

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Ce type de tag est également présent sur les affiches de la Pinacothèque de Paris à l’occasion de l’exposition « Edward Munch ». Les tags permettaient de découvrir des œuvres du peintre directement sur le mobile, ce qui s’inscrit surtout dans le développement d’une stratégie commerciale et communicationnelle avec le public. Le QR code est également présent sur les affiches des expos de la Cité des Sciences.

Le Palais de la découverte

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Le palais de la découverte a également tenté l’expérience en lançant une application audio via les tags sur son site Internet. Dans la rubrique « coin audio », les internautes ont déjà la possibilité de télécharger et d’écouter des conférences, colloques et commentaires audio avant l’ouverture de l’exposition afin de préparer la visite et de la rendre plus attractive. On trouve également un plan des points d’écoute audio et la possibilité de les obtenir via des QR code sur le site du musée. L’internaute prend la photo du tag sur l’écran de l’ordinateur et reçoit directement sur son mobile les données.

Le Musée archéologique de saint Raphaël, une alternative à l’audioguide

Le Musée archéologique de Saint Raphaël a lui aussi expérimenté les tags en créant un véritable parcours numérique au sein de son musée avec l’installation de QR code tout au long des salles du musée. Le visiteur, s’il ne possède pas de smartphone, reçoit un Ipod Touch ou un Ipad prêté gratuitement par le musée et peut ensuite avoir accès à des commentaires audio, photographies, vidéos réalisés par des scientifiques spécialement pour ce format. Cette initiative tend à dynamiser la visite en remplaçant les cartels et feuilles explicatives, souvent trop longs, et en rendant le lieu et les œuvres  plus attractifs pour le visiteur.

Un outil pour la promotion du patrimoine

Cette nouvelle technologie représente un intérêt certain pour les collectivités, les villes et les musées, qui voient en cet outil multimédia un avenir dans la mise en valeur de leurs biens. Grâce aux tags et au web sur mobile, la communication est rapide et facilite l’accès à un contenu instantanée.
A l’exemple de la ville de Grasse, qui a innové avec un parcours dans tout le centre historique. Les technologies numériques de la réalité augmentée et des tags sont implantées dans toute la ville pour découvrir le patrimoine sous une nouvelle forme interactive. Cette initiative dématérialise la visite guidée traditionnelle et offre des informations de proximité à porté de tous. Pour le lancement de cette nouvelle expérience, la ville a compté sur le buzz crée par un QR code affiché sur le web, à l’image de ceux présent sur le parcours de la ville.
Des tests sont également en cours d’expérimentation à Nice, sur le « mobile sans contact » au Musée d’Art moderne et d’art contemporain.

Des initiatives à l’étranger : le QR code au service de l’évènementiel

A l’étranger aussi, les QR codes sont utilisés par les lieux culturels à des fins de communication et de marketing. Certains musées étrangers n’hésitent pas à mettre à profit cette technologie pour promouvoir de nouvelles expositions ou évènements, voire créer un événement culturel à part entière.

The Virginia Museum of Fine Arts et Picasso!

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Aux Etats Unis, le Virginia Museum of Fine Arts a réalisé avec la collaboration de la Martin Agency, une campagne marketing d’affichage et multimédia pour l’ouverture de la future exposition sur Picasso avec des dessins de la collection personnelle du peintre, prêtés par le Musée national de Picasso à Paris. Cette rétrospective exceptionnelle célèbre les 75 ans du Virginia Museum of Fine, le musée a donc imaginer une stratégie de communication innovante et inédite pour marquer cet évènement exceptionnel. Cette campagne de communication utilise un portrait de Picasso entièrement réalisé avec des QR code. Lorsqu’un smartphone scanne l’image du tag, il est automatiquement redirigé sur une page contenant une œuvre de l’artiste et une invitation pour acheter des tickets pour l’exposition. On retrouve cette campagne marketing sur des médias sociaux comme Facebook, dans de grandes villes américains comme à New York où l’affiche est peinte sur la face d’un building, sur 33 devantures de Starbucks à Richmond qui est partenaire du musée…

Cette exposition est une des plus ambitieuse du musée et l’occasion pour l’institution de se démarquer des autres en utilisant une nouvelle technologie numérique.

Un autre exemple au Canada avec le Musée d’art contemporain de Montréal : chaque semaine, le musée organise les « vendredis nocturnes ». L’originalité de ces soirées est de ne pas donner d’informations sur le programme et le déroulement laissant la surprise au public. Les supports de communication annoncent donc les soirées mais sans en divulguer le contenu. Néanmoins sur chaque support, un QR code est présent qui une fois décrypté, révèle le programme. La communication de ces soirées est basée sur la dissimulation d’information, en lien avec le type d’évènement organisé et du public visé par le musée.

Le Powerhouse Museum

A Sydney, le musée a utilisé les QR codes pour l’organisation du festival Sydney Design 2008, disséminés dans le catalogue de la manifestation et donnant accès à des pages cachées du festival et à des bons de réductions.

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Le recours aux QR code apparait donc comme un moyen simple, efficace et assez universel pour communiquer et promouvoir des évènements auprès du public. Toutefois, il faut être prudent sur les contenus des tags en donnant accès à des informations adaptées à l’évènement et au public visé.

Dossier rédigé par Anne-Sophie Thorel, le 26 février 2011

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