Dans le cadre du projet « Architecture augmentée », la Cité de l’architecture et du patrimoine va déployer trois premiers dispositifs qui mettent en dialogue des œuvres des collections avec les modèles 3D des monuments qu’elles représentent. Une première expérience immersive utilisant la technologie du mapping a été dévoilé à l’occasion de la Nuit européenne des musées. Elle porte sur la reproduction à l’échelle du chœur de l’église Saint-Martin de Vic, au sein de la Galerie des peintures murales. Dans un entretien au CLIC, Diane Anfray, cheffe de projet à la Cité de l’architecture et du patrimoine, Direction du numérique, présente le projet global et la première expérience.
- En quoi consiste le projet « Architecture augmentée » porté par la Cité de l’architecture et du patrimoine ?
Le projet « Architecture augmentée » est lauréat de l’appel à projets « Numérisation du patrimoine et de l’architecture » France 2030.
Il est porté par la Cité de l’architecture et du patrimoine en partenariat avec Iconem, entreprise spécialisée dans la numérisation et la modélisation 3D de sites patrimoniaux.
L’enjeu est d’imaginer et d’intégrer de nouveaux dispositifs numériques de médiation au sein des collections permanentes, afin de réinventer l’expérience de visite, d’en accroître l’attractivité et l’accessibilité, et de réaffirmer notre engagement dans la diffusion de la culture architecturale pour tous.
Au-delà de l’innovation technologique, le projet interroge la manière dont le numérique peut enrichir la compréhension des œuvres architecturales et favoriser l’appropriation des contenus par les visiteurs.

- Quelle forme le projet va-t-il prendre concrètement dans le musée ?
Ces nouveaux dispositifs permettent de proposer dans le parcours de visite quatre portes d’entrée complémentaires vers l’architecture, chacune offrant une perspective singulière en termes d’échelle, de forme, d’époque et d’usage : un décor d’église recréé à taille réelle, une maquette de château fort, une autre d’un hôtel particulier du XVIIIe siècle, et enfin une ville appréhendée dans sa globalité.
Les trois premiers dispositifs mettent en dialogue des œuvres des collections avec les modèles 3D des monuments qu’elles représentent.
Chacun mobilise des technologies différentes afin de répondre aux spécificités des contenus et aux objectifs de médiation.

- Vous avez récemment ouvert au public un premier dispositif. Pouvez-vous nous en parler ?
Le premier dispositif du projet, dévoilé à l’occasion de la Nuit européenne des musées, porte sur la reproduction à l’échelle du chœur de l’église Saint-Martin de Vic, au sein de la Galerie des peintures murales.
Il s’agit d’une expérience de vidéo-mapping projetée directement sur l’œuvre.
L’objectif est double : à la fois valoriser la richesse visuelle et narrative de cet ensemble, et accompagner le visiteur dans sa compréhension.
La densité des fresques peut en effet rendre leur lecture complexe ; le dispositif permet de guider le regard et d’en faciliter le décryptage. Iconem a réalisé la numérisation complète de l’église à Vic, ce qui permet aux visiteurs d’explorer virtuellement l’édifice dans son ensemble, et ainsi replacer la reproduction du chœur dans son ensemble architectural d’origine.
Nous proposons donc une approche à la fois immersive et pédagogique, qui aide chacun à entrer plus facilement dans l’œuvre.
- Comment avez-vous pris en compte les publics dans la conception des dispositifs ?
Impliqués dès le début du projet, les visiteurs jouent un rôle structurant dans la conception des dispositifs.
Un comité d’une vingtaine de visiteurs est associé à chaque étape : élaboration des scénarios, rédaction des contenus, tests de prototypes et évaluation en situation. Cet engagement dès le début du projet est déterminant : les visiteurs révèlent sans détour les idées, les formulations ou les termes difficiles à comprendre, mais aussi les difficultés ou impasses dans l’utilisation des interfaces.
Cette démarche permet d’éviter des erreurs de conception, qu’elles soient éditoriales ou fonctionnelles, et de réaliser des dispositifs plus attractifs et accessibles et réellement en phase avec les attentes des publics.
- Le dispositif autour de l’église Saint-Martin de Vic est également proposé en audiodescription, en langue des signes et en FALC. Pourquoi avoir faire ce choix ?
Nous avons souhaité démontrer que les dispositifs numériques peuvent être conçus comme des outils d’inclusion et non comme de simples compléments de médiation.
Pour cela nous intégrons les enjeux d’accessibilité dès les premières phases de la conception du dispositif, pour pouvoir proposer l’expérience la plus complète et autonome possible pour chaque visiteur.
Pour le dispositif de vidéo-mapping, par exemple, nous avons travaillé avec les publics concernés afin de définir les modalités de présentation de la langue des signes. Ensemble, nous avons fait le choix d’intégrer les interprétations directement sur les surfaces de projection de l’œuvre plutôt que sur un écran séparé, comme cela est souvent pratiqué.
Cette solution permet de maintenir le lien visuel entre le discours et l’œuvre, tout en offrant une expérience plus fluide et plus immersive.
- Quelles sont les prochaines étapes du projet ?
D’ici la fin de l’année, une nouvelle maquette d’un hôtel particulier du XVIIIe siècle rejoindra nos collections permanentes.
Cette grande maquette de 3 mètres de long, est conçue dès l’origine en articulation avec un dimension numérique. A à travers différents scénarios, le dispositif permettra d’aider le public à saisir les notions de confort, d’intimité et de commodité qui apparaissent dans les aménagements intérieurs du XVIIIᵉ siècle.
Sur ce projet, nous sommes accompagnés par Radio France sur la conception sonore afin de créer une expérience spatialisée à l’échelle de la maquette et redonner vie à cet hôtel.
Un peu plus loin dans le parcours du musée, la maquette du château de Coucy sera elle aussi augmentée d’un dispositif numérique permettant de raconter l’histoire du monument et d’animer les volumes de la maquette. Le dispositif doit permettre de rendre compréhensible l’architecture castrale et son évolution tout en proposant une expérience sensible et esthétique.
- Quelle est la particularité du 4ème dispositif de visite virtuelle d’une ville ?
Ce quatrième dispositif ne s’articule pas autour d’une œuvre et propose un changement d’échelle, du bâtiment à la ville.
Le visiteur est invité à s’immerger dans un espace qui lui permet d’explorer Strasbourg à différentes périodes de son histoire et de percevoir les transformations de son tissu urbain, révélatrices des évolutions politiques, sociales et culturelles.
Par son format inédit, cette salle immersive cherche autant à faire comprendre qu’à faire ressentir l’histoire d’une ville. Elle sera pleinement intégrée au nouveau parcours muséographique permanent, qui met en perspective 1000 ans d’histoire de l’architecture. L’ouverture est prévue en 2027, à l’occasion des 20 ans de la Cité de l’architecture.
- Ce projet a-t-il fait évoluer votre façon de concevoir le numérique dans la muséographie ?
Tout à fait. Ce projet se déroule sur un temps long, ce qui nous permet d’expérimenter, de tester et de réaliser des prototypes de manière itérative avec le comité de visiteurs.
Le projet constitue aussi une opportunité pour faire évoluer notre manière de travailler, de manière plus agile et transversale.
Une belle dynamique s’est mise en place avec les équipes scientifiques, les équipes en charge de la politique des publics et de la médiation et les équipes du numérique.
Par ailleurs, collaborer avec Iconem, une entreprise technologique innovante, renouvelle notre approche du numérique.
Cette expérience nous permet d’aborder les futurs projets, notamment la refonte de la muséographie, avec un nouveau regard.
Le premier dispositif du projet « Architecture augmentée » consacré à l’église Saint-Martin de Vic est présenté de manière permanente au sein de la Galerie des peintures murales.

- Exposition « Patrimoines en résistance. De Tombouctou à Odessa », avec Iconem
La Cité de l’architecture et du patrimoine s’est également associé à la société Iconem pour produitre sa nouvelle exposition temporaire « Patrimoines en résistance. De Tombouctou à Odessa » (mercredi 20 mai.2026 au dimanche 3 janvier 2027).
L’exposition réunit un ensemble exceptionnel de documents graphiques, d’oeuvres d’art contemporaines et de répliques numériques des sites perdus.
À la manière d’un grand reportage, l’ensemble tisse un récit documenté, visuel et sensible, où se croisent les regards des acteurs et témoins, des architectes et des artistes.
« De Tombouctou à Odessa, de Bâmiyân à Gaza, les conflits armés font du patrimoine une cible privilégiée. Face à ces destructions, l’exposition Patrimoines en résistance interroge les gestes d’effacement, mais aussi les formes de résistance et de réparation qui permettent de penser l’avenir à partir des ruines. Si la guerre a toujours entraîné des destructions, le début du XXIᵉ siècle révèle une intensification et une systématisation des atteintes portées au patrimoine culturel et naturel ».
L’exposition met en lumière cette réalité contemporaine et pose une question essentielle : comment la guerre révèle-t-elle ce qui est irrémédiablement perdu, tout en faisant émerger les gestes de résistance qui rendent possible une réparation future ?
À travers un ensemble remarquable de cartes, textes, photographies, vidéos, œuvres contemporaines et répliques numériques réalisées par Iconem, l’exposition propose un parcours en trois séquences. Conçue comme un grand reportage, elle tisse un récit documenté, visuel et sensible, croisant les regards d’architectes, d’artistes, de chercheurs, d’acteurs de terrain et de témoins.
L’exposition, en mettant à distance le tumulte du monde, offre au visiteur un temps de réflexion indispensable face au flot d’informations en continu.
« Patrimoines en résistance. De Tombouctou à Odessa »
Cité de l’architecture et du patrimoine
Du mercredi 20 mai.2026 au dimanche 3 janvier 2027
www.citedelarchitecture.fr/fr/agenda/exposition/patrimoines-en-resistance
SOURCE : Cité de l’architecture et du patrimoine
PHOTOS : Cité de l’architecture et du patrimoine
Date de première publication : 25/06/26
La Cité de l’architecture et du patrimoine est membre du CLIC


















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