Quels usages les musées peuvent-ils faire de l’intelligence artificielle (IA) ? Un nouveau rapport de Remuseum, groupe de réflexion indépendant affilié au Crystal Bridges Museum of American Art de Bentonville, Arkansas, considère que cette technologie pourrait aider les musées dans différentes fonctions, sans nécessairement entraîner la perte d’emplois tant redoutée.
Intitulé « Cinq façons dont l’IA peut humaniser les musées », le rapport du groupe de réflexion Remuseum, affilié au Crystal Bridges Museum of American Art de Bentonville, dans l’Arkansas, reconnait et recense d’abord les risques que soulève l’IA en matières éthiques, environnementales, jurdiques (droit d’auteur) et sociales (potentielles pertes d’emplois).
Mais le coeur de cette étude est de présenter cinq domaines d’applications possibles de l’IA dans les musées, allant de la collecte de fonds et de la communication aux services aux visiteurs.
L’étude s’appuie sur une réunion, en janvier 2026, de représentants de sept musées américains, dont le Museum of Modern Art (MoMA) de New York, le Cleveland Museum of Art (CMA), le Toledo Museum of Art, le Detroit Institute of Arts (DIA), le San Francisco Museum of Modern Art (SFMOMA), le Frye Art Museum de Seattle et le Crystal Bridges Museum of American Art de Benton, qui avaient présenté leurs expériences respectives en matières d’IA et avaient dressé un premier bilan de leurs projets.
- L’IA dans les musées : une réalité et des craintes
Le rapport souligne que l’utilisation de l’IA dans les institutions artistiques est déjà une réalité, mais que les employés de musée y résistent souvent par crainte pour la propriété intellectuelle et leur propre emploi.
Une enquête menée en janvier, sondage mené auprès de 2 045 adultes américains par l’American Alliance of Museums a également révélé une résistance du public : plus de 70 % des personnes interrogées se sont déclarées opposées à l’utilisation de l’IA dans les expositions, tandis que 43 % s’attendent à ce que tout le contenu des musées soit créé par des humains.
Dans un contexte de nouvelles inquiétudes concernant les dangers et la réglementation de l’IA, le rapport de Remuseum vise une approche plus neutre.
« Dans le monde des musées et de l’art, la question de l’intelligence artificielle suscite souvent des réticences. Il existe des raisons pour lesquelles les musées et leurs professionnels doivent aborder l’IA avec prudence et progressivité — notamment en raison des enjeux liés à la protection de la propriété intellectuelle et des données, ainsi que des questions éthiques et environnementales majeures soulevées par son utilisation. Toutefois, ces préoccupations ne justifient pas pour autant de rejeter totalement l’IA » peut-on lire dans l’introduction du rapport.
« Il semblait que les musées manquaient d’un dialogue constructif qui reconnaisse les risques liés à l’IA tout en explorant ses opportunités », ajoute Stephen Reily, directeur fondateur de Remuseum, à The Art Newspaper. « En fin de compte, ces opportunités concernaient moins l’automatisation des tâches (et d’éventuelles suppressions d’emplois) que le renforcement du lien humain avec les musées et l’art. »
- Risque de suppression d’emplois ?
Le rapport considère que les musées ne peuvent exclure l’usage de l’IA par principe.
Il constate d’ailleurs que « les musées et leurs équipes utilisent déjà l’IA, que ce soit par le biais de moteurs de recherche comme Google ou via les logiciels d’entreprise omniprésents de Microsoft (tels qu’Outlook) et sa plateforme d’IA Copilot. Comme nous le verrons plus loin, ce recours inévitable explique pourquoi les musées soucieux de protéger leurs données confidentielles ont tout intérêt à former leur personnel à l’usage de l’IA et à sensibiliser les équipes à ce sujet, dans une démarche de prévention des risques. L’évitement n’est pas une option. ».
Par ailleurs, le public et les artistes utilisent eux aussi l’IA. Celle-ci influence donc déjà la stratégie numérique des musées, « leur capacité à attirer des visiteurs, leur compréhension d’un monde de l’art en constante mutation et leur aptitude à remplir leur mission ».
À l’instar de nombreux travailleurs du savoir, les professionnels des musées se montrent légitimement méfiants quant à l’impact de l’IA sur la recherche et la propriété intellectuelle des institutions. Ils craignent également parfois que l’IA ne supprime des emplois au sein des musées.
Le rapport a recensé des exemples — dont certains sont présentés dans ce rapport — qui permettent de répondre à ces deux préoccupations.
« D’une part, l’IA peut élargir l’accès à l’expertise des professionnels des musées, renforçant ainsi potentiellement le rayonnement et la pérennité de ces institutions. D’autre part, si l’IA est susceptible de modifier la répartition des emplois dans les musées, rien ne prouve qu’elle réduira la dépendance globale de ces derniers à l’égard de l’humain, y compris des personnes qui utilisent l’IA pour accomplir leurs tâches. La meilleure façon de préserver et de développer l’emploi muséal consiste à rendre les musées pertinents pour un public plus large ; or, aucune organisation ne peut prospérer — surtout lorsqu’elle est confrontée aux mêmes menaces que les musées — si l’on exige d’elle qu’elle maintienne indéfiniment chaque employé à son poste actuel ».
« Ce document n’a pas pour vocation de trancher des questions spécifiques relatives à l’IA, ni de se substituer aux politiques d’utilisation responsable que les musées élaborent et partagent avec sagesse » concluent les auteurs du rapport dans leur introduction.
- IA et création artistique
La première des cinq applications de l’IA présentées dans le rapport donne vie à l’art et à la technologie grâce à des résidences et des commandes à des artistes.
En 2022, le MoMA a installé dans son hall d’entrée l’œuvre « Unsupervised » de Refik Anadol. Une installation numérique présentant des compositions abstraites générées par intelligence artificielle et inspirées de la collection du musée. Depuis cette première présentation, le « Hyundai Card Digital Wall », situé dans le hall du MoMA, a présenté plusieurs créations d’art numérique.
Le Toledo Museum of Art a lancé un programme de résidence pour artistes numériques en 2023. Ce programme « offre aux artistes du monde entier une plateforme pour perfectionner leur pratique et se consacrer à la création en disposant des ressources du TMA ». Il a pour objectif déclaré « d’encourager le dialogue sur la manière dont le musée d’art du XXIe siècle peut soutenir la création numérique et élargir sa communauté ».
Plus récemment, Google Arts & Culture (GAC) a financé un spécialiste des technologies en résidence au Metropolitan Museum of Art, qui a utilisé l’IA pour concevoir et tester des prototypes portant notamment sur l’orientation au sein du musée et l’observation approfondie des œuvres (annonce de juin 2026), ainsi que plusieurs artistes en résidence au musée Dataland de Refik Anadol (annonce de juillet 2026).
« Les résidences et les commandes destinées aux artistes travaillant avec l’IA et les technologies numériques servent de nombreux objectifs muséaux. Elles soutiennent des artistes à la pointe de nouveaux concepts et médiums, enrichissent le travail des conservateurs, des médiateurs et des autres professionnels du musée, et concrétisent la mission de l’institution consistant à offrir de l’art au public. Elles illustrent ainsi le fait que l’art est toujours créé par des artistes qui, tout comme le public, s’approprient et cherchent à comprendre les nouvelles technologies et plateformes ».
- IA et collecte de fonds
Une autre application de l’IA pourrait concerner la collecte de fonds et la relation avec les financeurs et mécènes.
Alors que de nombreux musées peinent à gérer des bases de données obsolètes, le Detroit Institute of Arts (DIA) utilise ainsi l’IA pour connecter ses bases de données grâce à un « cerveau institutionnel » qui aide le personnel à extraire des informations sur les finaceurs et leurs dons. « La directrice du numérique Jen Snyder utilise l’IA non pas pour remplacer les personnes chargées de gérer ces relations, mais pour leur offrir une vision plus accessible et plus complète de ces dernières, leur permettant ainsi de renforcer le soutien des donateurs et de le développer davantage. »
- IA et communication
La communication est le troisième domaine d’utilisation de l’IA par les musées.

Le musée Frye utilise par exemple l’IA pour maintenir un ton cohérent, basé sur un guide élaboré par son équipe.
« La « voix » d’un musée — c’est-à-dire le ton employé dans ses cartels, ses lettres d’information, ses appels aux dons et sur les réseaux sociaux — constitue l’un de ses atouts les plus précieux, bien que trop rarement analysés. Dans la plupart des institutions, cette voix manque cruellement d’uniformité : les textes sont rédigés par des collaborateurs issus de services parfois cloisonnés, aux compétences variées, et sans qu’une ligne éditoriale cohérente ne soit véritablement appliquée. Le Frye Art Museum de Seattle a eu recours à l’intelligence artificielle pour relever ces défis : après avoir défini une voix personnelle et affirmée, le musée a intégré un style maison dans le système d’IA afin de garantir une identité constante à travers ses multiples points de contact avec le public — renforçant ainsi, par la même occasion, le lien personnel que les visiteurs entretiennent avec l’institution. Les résultats sont remarquables pour une intervention n’ayant coûté que 7 500 $. Le trafic web généré par les visiteurs récurrents a augmenté de 20 % depuis que le musée a associé ce modèle à son nouveau guide de positionnement; la fréquentation a progressé de 18 %, alors même que plusieurs autres musées de Seattle ont enregistré une baisse de 15 à 20 % ; enfin, le nombre d’adhésions a augmenté ».
- IA et formation des équipes
« L’une des craintes les plus répandues concernant l’IA dans les musées est qu’elle serve à remplacer le personnel. Deux institutions adoptent une démarche inverse : elles investissent dans leurs équipes — en matière d’accès, d’autorisations, de formation et de gouvernance — afin de permettre aux employés d’utiliser l’IA de manière efficace et sécurisée. Inciter le personnel à privilégier des outils approuvés constitue en soi l’un des moyens les plus sûrs de protéger les données confidentielles du musée. Ces musées perçoivent la maîtrise de l’IA non pas comme une menace pour l’emploi, mais comme une opportunité de développement professionnel ».

La quatrième application de l’IA pourrait donc consister à investir dans la formation du personnel grâce à cette technologie.
2 exemples sont décrits dans le rapport :
. Le Museum of Modern Art (MoMA) aborde l’IA selon une logique « Humain + IA », en investissant d’abord dans ses équipes. Il propose des formations sur des plateformes qui protègent les données institutionnelles et génèrent des enseignements
capables de soutenir la mission du musée et d’être appliqués dans tous les départements. Il en résulte — dans le cadre d’un processus toujours en cours — que les collaborateurs du MoMA ont compris que l’IA ne remplace pas l’humain ; elle permet d’accomplir les tâches plus efficacement, laissant ainsi aux équipes la possibilité de se concentrer sur des activités à plus forte valeur ajoutée, au service de la mission du musée et de son public.
« Jan Postma, directeur des opérations, a expliqué la démarche du musée : le personnel dispose d’une certaine liberté dans le choix des outils d’IA pour les tâches quotidiennes courantes, dans le respect des bonnes pratiques transmises lors des formations. Pour les tâches impliquant des informations et des données du MoMA, les employés sont orientés vers des outils d’IA pour lesquels le musée entretient des relations de niveau entreprise garantissant une sécurité renforcée. Enfin, pour les initiatives d’IA destinées au public, les idées sont soumises à un comité de gouvernance de l’IA qui se réunit chaque mois, permettant au personnel de présenter questions et propositions pour validation. Comme l’a souligné M. Postma, l’objectif n’est pas d’éliminer le risque, mais de le comprendre — une posture que le musée adopte généralement face à l’incertitude. Au niveau du conseil d’administration, la dimension « risque » liée à l’IA est désormais intégrée au système de gestion des risques d’entreprise du MoMA et relève du comité d’audit, garantissant ainsi une réflexion continue plutôt qu’une simple réaction ponctuelle ».
. La National Gallery of Art a placé la formation de son personnel au cœur de sa stratégie IA. « Partenaire d’OpenAI (ChatGPT) et de Microsoft (Copilot), la National Gallery — qui n’a pu participer à la rencontre organisée par Remuseum mais en a partagé les travaux en amont — entame une phase de montée en compétences de ses équipes, articulée autour de plusieurs cycles de formation et d’un cours d’introduction en cinq volets. L’un des objectifs visés est de développer le « discernement numérique » : il ne s’agit pas seulement d’apprendre à utiliser l’IA, mais de savoir l’employer de manière intelligente et pertinente ».
- IA et personnalisation de l’expérience des visiteurs
La cinquième utilisation de l’IA, la personnalisation de l’expérience des visiteurs, est étonamment selon le rapport l’une des controversées.
« C’est dans les salles d’exposition elles-mêmes — là où la rencontre personnelle entre l’œuvre d’art et l’humain constitue l’essence même de l’expérience — que la crainte de voir l’IA dépersonnaliser le musée se fait le plus vive. Pourtant, plusieurs musées présents lors de cette rencontre utilisent l’IA pour obtenir l’effet inverse de ce que redoutent les sceptiques : ils cherchent à aider chaque visiteur à observer plus attentivement, à trouver sa propre porte d’entrée vers l’œuvre et à prolonger cette rencontre au-delà des murs de l’institution. Leur démarche repose sur la conviction qu’une personnalisation bien pensée ne fait pas écran entre le visiteur et l’art, mais permet au contraire de rejoindre chaque individu là où il se trouve. »
. Le Cleveland Museum of Art (CMA) utilise l’IA depuis 2012, mais cette technologie n’a jamais constitué une fin en soi. À l’instar de la photogrammétrie, de la réalité mixte, de la narration immersive et du design interactif, l’IA figure parmi les nombreux outils employés par le musée pour soutenir l’art, l’apprentissage, l’accessibilité et l’engagement du public. Chaque projet s’appuie sur les enseignements tirés des initiatives précédentes. Le jeu en ligne « Extend the Art », par exemple, apprend aux utilisateurs à rédiger des requêtes (prompts) efficaces pour l’IA en s’appuyant sur des œuvres issues de la collection en libre accès du CMA. La conception du jeu a nécessité un mois de travail, suivi de onze mois consacrés aux tests et aux ajustements, tout en mettant en place les garde-fous appropriés. Le CMA partage ses principes, ses pratiques et ses mesures de protection en matière d’IA dans sa déclaration de vision publique : « L’IA au service de l’art, de l’apprentissage et de l’accessibilité ».
. À la suite d’un atelier organisé en 2023 à la National Gallery of Art, le CMA et la National Gallery ont formé un consortium muséal afin d’explorer comment l’IA pourrait contribuer à la création de descriptions visuelles à grande échelle. Le CMA assure la coordination du groupe, qui se réunit chaque mois pour partager recherches, tests et enseignements. En collaboration avec le cabinet spécialisé Prime Access Consulting, le CMA a élaboré un guide d’une quarantaine de pages, conçu des prompts et des outils à partir de celui-ci, testé plusieurs modèles d’IA et rédigé manuellement quelque 1 500 descriptions servant d’exemples. Grâce à des crédits offerts par Google, le CMA a utilisé Gemini pour étendre ce travail à l’ensemble de la collection. Au printemps 2026, le musée a mis en ligne des descriptions visuelles pour les images principales de plus de 68 000 objets. Chaque description générée avec l’aide de l’IA est clairement identifiée et invite le public à faire part de ses commentaires, perpétuant ainsi une pratique qui suscite déjà environ 50 messages par semaine concernant les données de la collection du CMA. « Il en résulte une collection plus accessible et mieux documentée, où la technologie élargit l’accès tout en maintenant au cœur de la démarche l’expertise muséale, la confiance du public et l’œuvre d’art elle-même ».
. La National Gallery of Art (NGA) explore quant à elle la question complexe de l’utilisation de l’IA pour une meilleure accessibilité des ressources du musée en matière d’histoire de l’art. L’IA y génère des textes à partir des sources officielles du musée, que le personnel peut ensuite utiliser et mettre à disposition du public. « La National Gallery of Art a historiquement proposé peu de textes explicatifs aux visiteurs dans ses salles d’exposition alors qu’elle dispose d’une vaste base de recherches écrites et de contenus relatifs à sa collection. Dans le cadre de la première étape d’un projet à long terme, la National Gallery utilise l’IA pour extraire et résumer des textes issus de travaux universitaires existants, puis exploite ces informations pour créer des liens entre les contenus de ses collections artistiques, de sa bibliothèque et de ses archives. La National Gallery envisage l’IA comme un outil précieux pour transformer des contenus initialement destinés à un public universitaire en textes capables de répondre simultanément aux besoins de publics très variés. Établir des liens entre d’immenses ensembles de contenus aux formes très diverses représente une tâche considérable, qui dépasse les ressources humaines dont dispose la quasi-totalité des musées. Pour la National Gallery, l’IA apparaît comme une alliée prometteuse dans cette entreprise, permettant de faire émerger de nouveaux récits et des pistes d’exploration jusqu’alors négligés ».

. Au musée Crystal Bridges, un chatbot compagnon IA incarné par Rosie propose une autre approche, conçue pour « rencontrer chaque visiteur là où il se trouve émotionnellement, cognitivement et situationnellement ». La conversation s’amorce lorsque les visiteurs pointent leur téléphone vers une œuvre d’art. « L’utilisation de l’IA vise à susciter l’engagement, à partager des informations et à optimiser l’impact de ressources limitées », explique Rod Bigelow, directeur de Crystal Bridges. « Nous commençons tout juste à entrevoir les possibilités offertes et sommes sur le point de découvrir de nouvelles façons d’interagir avec nos publics. »
. Le musée d’art de Toledo développe des expériences d’intelligence artificielle qui pourraient prolonger la visite, en permettant une interaction avec les œuvres qui ont particulièrement retenu l’attention des visiteurs. « Dans un scénario illustratif, le président du musée Levine a imaginé d’inviter les vingt visiteurs qui s’attardaient le plus longtemps devant une toile particulière de Monet, au cours d’un mois donné, à une conversation privilégiée avec un conservateur — non pas pour leur vendre un sac en toile, mais pour transformer un moment d’attention en une relation et, peut-être, en un engagement et un soutien plus profonds ».
À l’instar d’autres secteurs, les musées ont mis au point divers outils pour attirer et fidéliser un public en ligne, en s’appuyant sur les principes du référencement naturel (SEO). Comme d’autres musées (et entreprises), la National Gallery a vu le trafic de son site web affecté par l’adoption, par Google, de résumés générés par IA dans les résultats de recherche à la mi-2025. « Cette situation a donné, ainsi qu’aux autres musées, une raison supplémentaire de diffuser ses contenus sur davantage de plateformes et selon des modalités variées, plutôt que de dépendre uniquement du SEO pour attirer les visiteurs via les moteurs de recherche traditionnels ».
« Rob Stein, directeur des systèmes d’information de la National Gallery of Art, a soulevé les questions complexes inhérentes à cette démarche : celles concernant les médias synthétiques et les contenus falsifiés, la réutilisation responsable des ressources propres au musée, et le risque de conflit entre la longue tradition du secteur en matière d’accès libre aux données des collections et les nouvelles approches davantage axées sur la propriété exclusive ».
Selon Remuseum, « le rapport ne résout pas toutes les questions sur l’utilisation de l’IA dans les musées, mais chaque institution devra y faire face ».
Le rapport souligne également que l’utilisation de l’IA exige des directives éthiques et un contrôle rigoureux.
Remuseum considère enfin que l’IA ne saurait par ailleurs remplacer le lien entre une œuvre d’art et son spectateur.
« De Seattle à New York, de Detroit à Bentonville, et à travers tous les exemples présentés dans ce rapport, une philosophie commune se dessine. Entre leurs mains, la personnalisation par l’IA ne se substitue pas à la rencontre avec l’art ni n’évince l’humain de l’institution ; elle honore au contraire ces rencontres ainsi que l’institution qui les rend possibles. Elle aide chaque visiteur à tisser des liens plus forts, plus profonds et plus personnels avec l’art et le musée lui-même, tout en permettant aux professionnels du musée de mieux mettre leur expertise au service de leur travail et de la mission de leur établissement. Elle maintient les conservateurs, les restaurateurs et les artistes au cœur du processus plutôt que de les en exclure, et considère le visiteur non pas comme une simple donnée à collecter, mais comme une personne à rencontrer. Les exemples réunis ici n’apportent pas de réponse définitive aux questions complexes soulevées par l’IA — qu’il s’agisse de propriété intellectuelle, de données, d’environnement, d’emploi ou d’éthique. Les musées ont raison de prendre ces enjeux au sérieux et de les aborder par le biais de politiques rigoureuses, que ce rapport n’a pas vocation à remplacer. Toutefois, ces exemples proposent un point de départ différent de celui qui domine généralement les débats sur l’IA et les musées. Dans chaque cas, l’institution n’est pas partie de la technologie, mais de sa mission — entretenir les relations qui la soutiennent, s’exprimer avec une voix qui lui est propre, investir dans ses équipes et aider chaque visiteur à accéder à l’art — pour ensuite se demander comment l’IA pourrait servir cette mission plus pleinement. Ainsi envisagée, l’IA ne vise pas à transformer les musées en machines, mais à humaniser et à accomplir plus efficacement leur mission : rendre l’art significatif pour chacun ».
Suite à la réunion de Remuseum en janvier 2026, l’Institut Devos a publié en mars 2026 un rapport présentant une perspective similaire. Intitulé « Feuille de route IA pour les organismes artistiques et culturels à but non lucratif : enseignements pratiques et études de cas de l’initiative A3 (Arts x Administration x IA) de l’Institut Devos », ce rapport propose une feuille de route IA, fondée sur une recherche appliquée menée en partenariat avec 16 organismes artistiques américains, et comprenant 12 études de cas clés.
Les résultats de la première enquête mondiale UNESCO-Conseil international des musées (ICOM) sur l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les musées ont été présentés le 17 septembre 2026. (ARTICLE CLIC : L’enquête mondiale UNESCO-ICOM révèle que les musées adoptent l’IA, mais sans réelle stratégie)
- A propos de Remuseum
Remuseum est un groupe de réflexion muséal qui vise à promouvoir l’innovation au sein des organisations dédiées aux arts visuels et aux arts du spectacle à travers les États-Unis. Remuseum mène cette mission par le biais de recherches, de rencontres et d’un soutien catalyseur destiné aux leaders du secteur artistique (directeurs, éducateurs, conservateurs et membres de conseils d’administration) porteurs d’innovation. En 2026, Remuseum a lancé « The Vanguard », un programme associant une dotation de 100 000 dollars et un accélérateur de 12 mois pour les leaders innovants des arts visuels et du spectacle, en partenariat avec la Doris Duke Foundation. La première promotion de lauréats du programme Vanguard sera annoncée à l’automne 2026. remuseum.org
remuseum.org/5-ways-that-ai-can-humanize-museums/
SOURCES : Remuseum, presse
PHOTOS : extraites du rapport du Remuseum
Date de première publication : 28/09/2026




















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