Alors que le phénomène du financement participatif ou crowndfunding  prend de plus en plus d’ampleur en France et mobilise chaque année des ressources plus importantes, une jeune plateforme a fait le choix de se concentrer sur le secteur culturel. Un an après le lancement de Culture Time, Laurence Boursican, directrice générale et cofondatrice, répond aux questions du Clic France.

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(c) Julien Vachon

Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?

J’ai longtemps travaillé en comme responsable financier dans le secteur privé, puis j’ai créé des institutions dans la micro finance au Brésil et à Paris en m’intéressant à ces nouveaux outils financiers. Culture Time est une idée magnifique de start-up numérique dans le secteur culturel qui correspondait à mes objectifs.

Comment est née Culture Time ?

Nous avons décidé de créer Culture Time en 2013 avec Thérèse Lemarchand et Jean-Noël Juston. Nous nous connaissions par des relations personnelles, et nous avons eu envie de relever le défi du crowdfunding pour la culture et le mécénat participatif en mettant en commun nos profils complémentaires (ingénieur, développeur et commercial) et notre volonté d’innover dans le numérique pour la culture, l’art et l’éducation.

Nous sommes tous les trois passionnés à la fois de culture et d’innovations. Nous connaissions bien le monde financier, et notre idée était alors de croiser les potentialités du mécénat et du crowdfunding pour que les structures culturelles professionnelles (musées, théâtres, festivals, etc….) s’approprient de nouveaux outils numériques et aillent plus loin dans leurs initiatives et leur interactions avec les publics.

Le contexte est porteur dans une période de très forte croissance du crowdfunding : +100% / an  (38 M€ collectés en don contre don en France en 2014), et d’intensification des besoins de financement des structures avec la baisse des subventions publiques et du mécénat d’entreprise.

Par ailleurs, les nouveaux usages culturels entrainent un fort besoin de renouvellement des publics et d’appropriation des outils numériques.

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Spécialiser une plateforme de crowdfunding sur un secteur était un pari fin 2013. Désormais, le crowdfunding sectoriel se développe et plusieurs acteurs spécialisés émergent, dans le sport, la santé, etc…. Ce phénomène de communauté d’intérêts ou de valeurs est en train de se développer très rapidement. C’est une démarche qui a beaucoup de sens pour les structures culturelles pour développer leurs ressources propres dans une relation avec les publics construite sur la participation et la collaboration.

Pourquoi avoir choisir plus spécialement la culture et l’éducation ? 

Nous avons lancé Culture Time car nous pensons que la culture et l’éducation ont besoin d’un outil adapté pour fédérer une communauté, sur un engagement sur le don.

Le mécénat participatif est très démocratique, à la croisée de la philanthropie et du soutien financier à l’innovation. Cette nouvelle forme de crowdfunding citoyen est porteuse de sens et de valeurs partagées, autour de l’engagement personnel et de la prise en main économique des thématiques sociales d’avenir (empowerment).

Le mécénat participatif embarque dans le numérique tous ses acteurs : contributeurs, porteurs de projets, grand mécène. Le mécénat participatif offre un laboratoire unique sur les actions collaboratives, les pratiques numériques et les nouveaux usages culturels.

Le mécénat participatif porte des valeurs d’engagement et d’ouverture, tout en donnant place à la valeur plaisir. Dans le monde numérique, les attentes des communautés demandent toujours plus de nouveauté, de divertissement et de surprises. La valorisation personnelle, l’engagement (génération « G »), et la participation active sont des moteurs puissants de constitution et fidélisation de ces communautés.

Comment devient-on mécène sur Culture Time ? 

Culture Time permet à chacun de devenir mécène sur internet à partir de 10 euros et en 3 clics. Les donateurs peuvent choisir sur le site des projets près de chez eux et conformes à leurs goûts et passions culturelles. Ils décident de leur niveau de don en visualisant les contreparties non financières qui leur seront offertes, et le montant de leur avantage fiscal, tous les projets présentés étant reconnus d’intérêt général. Ils sont incités à partager leur expérience et reçoivent des informations uniques sur la vie du projet et ses coulisses de la part des professionnels, artistes etc… qui leur ouvrent les coulisses de cette aventure unique.

Quand ont été lancé le portail et ses premières campagnes ?

Nous avons lancé le site en mai 2014, il y a un an.

La première campagne participative a été celle des Jeunes Talents par le Théâtre des Champs-Elysées, qui a réuni plus de 80 nouveaux mécènes donateurs. Étaient également présents à l’ouverture de la plateforme deux programmes annuels, celui du festival de Musique à l’Emperi et celui du réseau d’art contemporain Botox(s) de la Côte d’Azur. De beaux projets, divers et riches. Nous sommes honorés un an plus tard de continuer une relation privilégiée avec ces clients, qui présentent actuellement de nouveaux projets sur la plateforme.

Le lancement de Culture Time avec le Théâtre des Champs-Elysées a tracé un chemin particulier, qui a orienté naturellement vers nous les projets musicaux de festivals, orchestres etc…. Nous constatons une vraie richesse autour du spectacle vivant et de la musique pour la dimension participative : coulisses, inédits, rencontres avec les artistes, répétitions, etc… véhiculent par la magie des instants partagés des liens forts, créateurs d’une relation privilégiée et sans doute durable.

Nous développons également des projets très divers avec les musées. Ces acteurs de la sphère publique, gérés par des collectivités territoriales, s’emparent avec dynamisme des outils numériques et des pratiques collaboratives. Leurs actions donnent une perspective citoyenne au crowdfunding qui nous semble très porteuse.

Culture Time popularise le don en mécénat au sein d’une communauté large et réunie par des valeurs fortes : plus de 100 M de visiteurs culturels/an – 1 million de mécènes culturels en France. C’est un vivier formidable !

Près d’un français sur 3 se dit prêt à participer à un projet d’intérêt général en faveur de la culture ou du patrimoine porté par une collectivité territoriale. Le mécénat participatif est une nouvelle forme de crowdfunding citoyen, porteur de sens et d’engagement sur des valeurs partagées.

Quel premier bilan tirez-vous de la première année ?

En un an, Culture Time a :

- rassemblé 36 clients de référence (réalisés ou signés), avec une pénétration importante du secteur musical (Théâtre des Champs Elysées, Opéra de Rennes, Centre de Musique Baroque de Versailles, UGAB – 100 ans de mémoire…), des Musées (MUDO-Musée de l’Oise, Musée d’Histoire Naturelle de Lille,..), Festivals (Festival Berlioz, Rendez-vous de l’histoire…), Centres d’arts, dans une dynamique de croissance actuelle de 7 projets/mois. ;

- converti plus de 800 nouveaux donateurs pour la culture dans une nouvelle forme d’expérience culturelle privilégiée, et animé des communautés croissantes sur les réseaux sociaux alimentées par du marketing de contenu : 4300+ fans Facebook et 1000+ followers Twitters, linkedin (500+), et scoop.it ;

- obtenu un don moyen en ligne de 110 euros, plus du double des plateformes de crowdfunding généralistes, confirmant l’intérêt des donateurs pour les projets culturels, et l’impact de la fiscalité favorable, pour un montant total collecté de près de 100 000 €.

Le mécénat participatif est un dispositif populaire, ouvert à tous, qui porte un formidable potentiel de synergies autour des projets, en en donnant la possibilité aux citoyens de devenir pleinement acteurs de l’art, de la musique, du patrimoine qu’ils aiment.

Quelle est votre spécificité par rapport aux plateformes de crowdfunding existantes ?

CT_logo_03 copieCulture Time a fait le choix d’une plateforme professionnelle et sectorielle, réservée aux structures / personnes morales d’intérêt général de la culture, de l’art et de l’éducation. Notre objectif est de rendre le mécénat culturel accessible à tous, professionnels et donateurs mécènes.

Nos concurrents viennent de différents horizons : crowdfunding (plateformes généralistes de don avec contreparties présentes sur tous les marchés), logiciels de collecte en ligne (pour solution en compte propre), fundraising. Tous ont inclus le mécénat culturel dans leur marché de départ. Nous sommes les premiers à porter une démarche numérique, participative, et 100% mécénat culturel, avec la conviction que va se construire une communauté online, rassemblée et qualifiée, réunie autour du rayonnement de la culture et de son actualité.

Les solutions de mécénat participatif pour compte propre  sont assez dispersées, et concernent très peu de gros acteurs (type Le Louvre « Tous mécènes »). Le coût unitaire d’un site web transactionnel est élevé pour un nombre de campagnes qui n’a rien à voir avec celui d’une plateforme. La fondation du Patrimoine, est également très présente par son réseau sur le terrain et qui se consacre au bâti et au patrimoine architectural. La Fondation propose un mécénat populaire sous un nouveau format numérique (paiement en 1 clic), mais sans offre de contreparties et gère les campagnes sous son nom.

Quels outils et services apportez-vous ? 

La différenciation de Culture Time repose sur l’adaptation des outils et services du crowdfunding aux besoins du mécénat culturel :

  • Les structures ont la possibilité sur Culture Time de réaliser des campagnes de mécénat participatif à durée et objectifs déterminés de type crowdfunding, mais également des programmes annuels de mécénat (type cercle des mécènes),
  • Les campagnes ne sont pas contraintes par un seuil de ‘tout ou rien’ en-deçà duquel les montants levés seront remboursés aux donateurs. Toute la collecte est acquise à la structure, car nous nous situons strictement dans le domaine du don à des structures professionnelles.
  • Les structures disposent en back-office d’un outil de gestion des campagnes, post-campagne, et des donateurs, incluant l’émission automatisée de leurs reçus fiscaux,
  • La plateforme traite tous les modes de paiement en ligne et en logistique : CB, virement, et chèques via un Prestataire de Service de Paiement agréé Lemonway, et gère les flux des dons participatifs sur un compte bancaire ségrégué ;
  • Un service d’accompagnement stratégique est intégré en amont, conseil en structuration et communication de campagne, s’appuyant sur des bonnes pratiques, méthodes et outils.
  • Par ailleurs nous lançons ce mois un module de don dédié aux entreprises et tourné vers les TPE, de façon à adresser plus largement tout le mécénat diffus pour lequel internet apporte une valeur ajoutée importante en terme de communication et gestion.

Culture Time s’appuie sur une vision de relation long terme, aussi bien pour les structures que pour les donateurs. Cette recherche de répétition des dons et des projets, et de fidélisation des communautés professionnelles et de donateurs est assez originale dans le crowdfunding.

Quels chiffres de collecte pouvez-vous nous donner sur les campagnes actuelles et achevées ? 

9 projets de type campagne ont déjà été réalisés et terminées sur www.culture-time.com, et une dizaine sont en cours actuellement.

Les objectifs étaient de 3 000 à 50 000€, et en cumul de 103 000€

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Le montant global des collectes a été de 66 500 € sur ces campagnes, soit 66% en moyenne de l’objectif, un bon score pour le crowdfunding de don, que nous expliquons par la qualité des projets et le partage des expertises et bonnes pratiques que nous mettons en œuvre avec les porteurs de projet de la plateforme.

Nous avons par ailleurs ouvert une quinzaine de programmes de mécénat annuel qui collectent des fonds en continu en soutien à leur mission. Certains sont extrêmement actifs, ils ont collecté au total près de 40 000 €.

Quel pourcentage de collecte conservez-vous ?

Culture Time rémunère ses outils et services stratégiques amont à 8% HT sur les fonds levées incluant les frais de transaction (CB, virement, ou chèque). Nous avons également développé une offre de service d’accompagnement de campagne très personnalisée, qui s’applique en sus de ce montant en fonction des besoins exprimés. Ces montants s’appliquent strictement à la structure dans un mécanisme de non compensation, aucun frais n’est à la charge du donateur…

Comment pouvez-vous expliquer le succès / l’échec éventuel des premières campagnes ?

C’est une question difficile car il n’y a pas de réponse miracle. En premier vient la motivation du porteur de projet, et c’est le même constat dans le crowdfunding pour les structures culturelles professionnelles que pour les indépendants, une valeur constante du participatif quel que soit l’objectif en taille de collecte. S’emparer des outils numériques de communication participative demande de l’énergie et de la constance, or les donateurs sont également des consommateurs très sollicités et seuls les porteurs de projets motivés et transparents vont percer.

En second très certainement la qualité du projet : exceptionnel mais accessible, incontestable mais innovant, concret mais porteur de lien et de symboles, avec une proposition de valeur pour les donateurs … C’est une alchimie étonnante, mais les structures culturelles sont riches de projets magnifiques qui sont dans les cartons et attendent de voir le jour, c’est un vivier assez incroyable.

En troisième la force de la communauté. J’hésite à le placer en premier, car une partie de ces communautés va se créer à l’occasion de la campagne participative, mais sans aucune doute aucune campagne ne démarre bien sans un soutien visible de son premier cercle, celui qui est fidèle au rendez-vous et va propager la confiance entre donateurs par les outils de partage et de mobilisation.

Quelle a été la part du patrimoine (musée, monuments, culture scientifique) dans votre collecte à ce jour ?

Deux musées ont collecté plus de 18 000€, la campagne en cours du Musée de Lille dépasse son objectif en quelques semaines de collecte, il reste 45 jours, ce qui laisse présager un très grand succès. On constate une grande amplitude des dons, avec aussi bien de petits dons de 10€ que des dons importants de 1000€ et plus, qui rendent hommage au patrimoine et à sa transmission. L’attachement au territoire et à sa richesse culturelle est un lien fort qui réunit beaucoup d’acteurs, de toutes générations et de tous profils. Les musées ont un rayonnement qui dépasse aussi celui de leur région, et des donateurs éloignés participent également à ces campagnes symboliques d’une richesse et d’une diversité nationale.

Le panier moyen du MUDO a été de 100€, en ligne avec le panier moyen de la plateforme. Pour Lille il est encore trop tôt pour le dire, c’est actuellement une campagne très populaire avec un panier moyen de 55€, et pour laquelle le niveau de don moyen peut encore remonter avec quelques dons de 550 ou 1000€ ou plus.

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Quel a été votre meilleur succès tout secteur confondu ?

Je trouve très intéressant le succès du projet du MUDO Musée de l’Oise, porté par une équipe remarquable.

Le MUDO Musée de l’Oise, fermé pendant 2 ans, s’est emparé du numérique sous toutes ses formes pour faire une vraie révolution et se hisser au niveau des plus grands en France.

Pour sa réouverture, le MUDO –Musée de l’Oise voulait présenter une version restaurée de l’enrôlement des volontaires de 1792 de Thomas COUTURE, toile majeure de son nouveau parcours de visite. Cette impressionnante toile inachevée de Thomas Couture, artiste originaire de l’Oise, maitre d’Edouard Manet, pourra enfin déployer ses 9 mètres sur 5 dans une salle dédiée.

L’opération de mécénat participatif « Ils portent la liberté » avec Culture Time a réuni 154 donateurs et 14700 €, un vrai succès populaire. Le nom des plus grands donateurs est inscrit sur un cartel permanent dans le Musée, le nom de tous le mécènes participatifs au générique de fin de Helium Film qui retrace près l’aventure de la restauration de cette toile magnifique, à voir ici

Quelle est la recette d’une campagne réussie ?

Le but du projet proposé est la motivation première des futurs mécènes. Rénovation, acquisition, nouvelle programmation, tous les projets ont leurs atouts et leurs défis.

culture time mudo image bilanPour un projet participatif, nous conseillons de choisir un but simple, innovant mais concret, qui crée du lien, qui s’explique en quelques mots. Il est important que le projet soit à la fois concret, compréhensible et crédible, et qui peut toucher rapidement un large public, le faire rêver et le mobiliser. La question suivante est : à quoi va servir l’argent récolté grâce aux mécènes ? La transparence est clé, tant sur les chiffres que la future réalisation. Dans la dynamique du mécénat participatif, chacun doit pouvoir se sentir utile et fier dans l’aventure du projet.

Le second moteur important selon moi est la proposition de contreparties. La loi mécénat impose un cadre précis aux contreparties offertes aux individus et entreprises (valorisées à un maximum de 25% du montant du don, 65€ en valeur pour les particuliers). La contrainte extra financière induit des opportunités de créativité et d’innovation. Les structures ont des ressources formidables pour proposer des expériences unique et créatrices de lien, par exemple une visite des réserves, une invitation à un accrochage ou vernissage, des rencontres avec les conservateurs, experts etc… Ces cadeaux sans prix sont des éléments importants de motivation qui font entrer dans une nouvelle expérience culturelle.

L’objectif de campagne est une question complexe et il n’y a pas de recette. Le mécénat participatif est le plus souvent une source de financement complémentaire, en appui des ressources budgétaires habituelles qui ont besoin de complément pour aller plus loin. C’est souvent une bonne idée de les citer en transparence pour les mécènes participatifs, qui peuvent valoriser leur action dans un ensemble d’acteurs. Dans le même esprit, détailler l’objectif de la campagne par paliers, ou par lots, donne plus de lisibilité, et de rythme dans la campagne. Enfin la dynamique participative se nourrit du succès et de la confiance, il est recommandé d’être raisonnable dans l’objectif annoncé, et nous constatons que les campagnes qui dépassent 100% continuent naturellement à collecter.

Quelle est la durée idéale d’une campagne ? 

Combien de temps pour une campagne ? Suffisamment pour laisser le temps d’atteindre l’objectif, mais il faut aussi éviter qu’elle s’étire en longueur, pour garder un bon dynamisme. Rallonger la durée ne donne pas toujours plus de chance de réussir. En général, les campagnes ont des moments forts au début et à la fin de celles-ci. Les campagnes les plus efficaces durent entre 30 et 60 jours. Plus de temps ne veut pas forcément dire plus de collecte, il s’agit de bien gérer les moments forts. Le démarrage de la campagne dans les premiers jours est très important, d’où l’importance accordée à la préparation amont.

Enfin, pour les structures culturelles, positionner la campagne dans l’agenda annuel est extrêmement important. Une campagne de mécénat participatif est un exercice intense de communication. Attention aux autres évènements de communication présents ou prioritaires dans l’agenda professionnel : vernissages, annonces de saisons, abonnements. La campagne va demander une prise de parole prioritaire pendant sa durée pour transmettre motivation et dynamique.

Le fonctionnement des institutions muséales (règles des marchés publics, organisation …) ne rendent-elles pas plus difficiles les opérations de crowdfunding ?

Un sujet nous tient à cœur sur lequel nous travaillons depuis plusieurs mois avec nos syndicats professionnels, AFPF (association française du financement participatif) et AFDEL (association française des éditeurs de logiciel). Il s’agit de donner une égalité d’accès au financement participatif pour les acteurs publics territoriaux, dans une solution robuste au regard de la comptabilité publique. Aujourd’hui nous sommes contraints de mettre en place à chaque opération des régies de recette temporaires de façon à permettre à la plateforme le recouvrement des dons pour le compte de la collectivité.

Le Projet de Loi de Simplification a simplifié l’accès aux dons en crowdfunding pour l’État et ses EP (article 25.II) ou ouvrant la possibilité à l’établissement de confier un mandat de recette en faveur d’un organisme public ou privé, mais pas encore pour les collectivités territoriales. Pour les collectivités locales et leurs EP (article 25.I), art. 25 – un amendement L. 1611-7 a donné la possibilité d’une convention de mandat exclusivement pour encaisser « des droits d’accès à des prestations culturelles, sportives, ou touristiques » c’est à dire les billetteries.

Actuellement sans modification, les collectivités territoriales et leurs établissements publics restent donc contraintes par la mise en place de régies de recette temporaires.

Cela est contraignant opérationnellement pour les structures et discriminatoire pour leur accès aux plateformes de crowdfunding alors qu’il a été facilité pour les structures centrales. Cette inégalité nous semble injustifiée, et nous demandons d’ajouter une simple mention dans la prochaine loi de finance donnant les mêmes droits aux collectivités territoriales et leurs établissements publics.

C’est un travail de longue haleine, sur lequel nous recevons un accueil favorable du gouvernement, avec de bons espoirs.

Pouvez-vous faire un bilan de vos opérations pour le MuDO et le Muséum de Lille, deux opérations menées avec des collectivités territoriales ?

Nous avons rencontré la direction du MUDO Musée de l’Oise très en amont lors de la création de Culture Time et convenu plusieurs mois en avance du lancement de la campagne dans une chronologie adéquate pour la réouverture du Musée. Notre rémunération et la taille du projet (objectif de 10.000€) n’ont pas nécessité de procédure d’appel d’offre formalisé, mais une simple consultation. Une régie de recette temporaire a été mise en place et clôturée. La volonté et l’énergie des équipes du MUDO et du Conseil Général pour structurer et réaliser le projet avec le succès qu’on lui connaît ont été déterminantes.

Dans le cas du Museum d’histoire naturelle de Lille, la Ville de Lille a procédé à une mise en concurrence dans le respect du code des marchés publics avec une procédure allégée : l’offre de Culture time était celle qui répondait le mieux à leurs critères avec une attention portée aux contraintes des collectivités territoriales (gestion, image…), absence de tout ou rien, outil, services d’accompagnement amont. Bien que simplifiées, ces procédures restent coûteuses pour un marché de ce montant, mais l’idée de la Ville était de sélectionner un acteur avec lequel elle pourrait déployer ce type d’opérations dans le futur.

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La campagne est en cours et très dynamique, il est encore tôt pour dresser un bilan, la direction du Musée et la Ville de Lille ont créé une remarquable campagne de communication, à la fois très professionnelle et innovante, avec un ton un peu décalé « adopte les animaux » qui a séduit le public. La communication et l’animation sont très intenses sur les réseaux sociaux mais aussi offline avec un affichage nombreux, des signalétiques dans le musée. L’organisation et la coordination multi canal sont exemplaires. La page facebook est remarquable, intense, décalée, renouvelée, elle résume tout à fait l’esprit participatif, festif et très efficace de la campagne. Les donateurs ne s’y trompent pas et répondent massivement présents à l’appel de leur musée, trouvant dans leur geste de mécène un témoignage de leur attachement.

Dans quel secteur du patrimoine, musée d’art/d’histoire, monuments ou culture scientifique, voyez-vous le plus grand potentiel de crowdfunding ?

Le crowdfunding et le mécénat participatif ont de beaux jours devant eux : il y a une pression sur les financements, la culture et le patrimoine évoluent à grande vitesse avec le numérique et les nouveaux usages culturels, le crowdfunding est un outil très pertinent pour créer et animer les communautés, et faire vivre ce lien personnel avec le patrimoine et la culture.

Les projets patrimoniaux d’acquisition et de restauration sont aujourd’hui très fédérateurs quelle que soit la discipline de l’établissement, et que l’on soit ou non sur le bâti.

Ils s’inscrivent en effet sur le long terme. Les projets d’expositions restent pour l’instant moins porteurs mais nous pensons que cela va changer avec l’appropriation du crowdfunding et la curiosité qu’ont les personnes pour les métiers et les coulisses.

Auriez-vous un projet ou une institution avec laquelle vous rêveriez de travailler ?

Impossible de choisir : toutes ! Culture Time a en permanence le défi d’être à la pointe de l’innovation et à l’écoute, à la fois des donateurs et des porteurs de projets. Notre métier est passionnant aussi bien par les rencontres que nous faisons que par les innovations numériques qui nous propulsent toujours plus en avant.

Interview réalisée par mail le 18/05/2015

Date de première publication: 27/05/2015

Culture Time est membre du Clic France

Clic-separateur(A LIRE SUR LE SITE DU CLIC) (3)

. Mars et avril 2015: ateliers Ulule / Clic France sur le thème « crowdfunding et patrimoine » à Bordeaux, Lyon, Lille et Paris

. Campagnes de crowdfunding en cours dans les lieux de patrimoine historique, artistique et scientifique français (au 04/05/2015)

. Anne Carré (Musée d’histoire naturelle Lille) « Le financement participatif est fondé sur des valeurs partagées par le musée »

. Avec Culture Time, Crozon devient « la Presqu’île du crowdfunding » !