La BNF envoie en Chine les copies numériques de plus de 5 000 manuscrits des grottes de Dunhuang

Plus de 5 300 manuscrits de Dunhuang ont été « renvoyés » en Chine par la France sous forme numérique. Depuis le début de mars 2018, ces documents rares sont disponibles en ligne sur le site web de la Bibliothèque Nationale de Chine. Ces ressources numériques ont été fournies par la Bibliothèque Nationale de France BNF, qui détient plus de 7 000 exemplaires originaux des manuscrits de Dunhuang.

Ces manuscrits sont des documents découverts dans les Grottes de Mogao dans la province chinoise du Gansu au début du XXe siècle. Datant du 5ème au 11ème siècle, la plupart des documents sont en chinois, mais certains sont représentés dans d’autres langues comme le khotanais et l’hébreu.

Paul Pelliot analyse des manuscrits empilés dans les grottes de Dunhuang, au moment de sa mission en Chine
(c) Musée Guimet, archives photographiques

Plus de 50 000 manuscrits, présentant des documents uniques, historiques, linguistiques, artistiques et religieux ont été découverts dans ces grottes.

Sûtra des noms des mille bouddhas de l’actuelle bonne période
Traducteur : inconnu, VIe siècle (?)  Dynastie des Tang, VIIIe siècle. Rouleau composé de 14 feuilles suivies de 6 feuilles de papier montées sur une feuille de restauration présentant au total 597 colonnes ; 17 à 20 caractères par colonne ; restauré au Xe siècle.
26,5 x 801,5 cm.
Dunhuang. Mission Pelliot, 26 avril 1910.
(c) BNF, Manuscrits orientaux, Pelliot chinois 4639

Plus de 7 000 manuscrits conservés par la BNF

A l’heure actuelle, environ 16 000 manuscrits de Dunhuang sont conservés à la Bibliothèque nationale de Chine, tandis que le reste est dispersé à l’étranger en Russie, en Grande-Bretagne, au Japon et en France.

En 1908, le sinologue français Paul Pelliot emmena 7 000 manuscrits de Dunhuang en France et ces documents sont largement reconnus comme les parties les plus importantes et précieuses. Plus de 2.700 manuscrits de Dunhuang sont en chinois, et plus de 4 000 pièces sont des documents tibétains ou en sanskrit, ouïghour, khotanais, sogdien, hébreu, etc.

Foshuo wuliangshou jing. Sûtra du Bouddha de longévité incommensurable, Sukhavativyuha-sûtra. T 360, vol. 12. Traducteur : Kang Sengkai (Sanghavarman), actif en 252 (période des Trois Royaumes). Dynastie des Wei du Nord, 5e année de l’ère Huangxing, soit 471. Rouleau manuscrit d’un seul lé de soie ocre foncé ; 20 caractères par colonne. 27 x 221 cm. Dunhuang. Mission Pelliot, 26 avril 1910
(c) BNF, Manuscrits orientaux, Pelliot chinois 4506 bis

Ces manuscrits de Dunhuang peuvent être consultés sur le site web de la BNF et sur Gallica. Ils ont également fait l’objet de modules interactifs éducatifs.

Images de la mission Pelliot,  sélection de manuscrits rapportés par la mission Pelliot et images des grottes de Dunhuang aujourd’hui.

Coopération numérique entre la BNL et la BNF

En 2007, la Chine a lancé le projet de préservation des livres anciens et a commencé à recenser et à récupérer des millions de documents classiques chinois dispersés sur la planète. En 2015, la Bibliothèque nationale de Chine a lancé un projet de coopération numérique, utilisant du contenu numérique ou de l’impression haute définition pour populariser les classiques chinois anciens.

Le NLC (Centre national chinois pour la préservation et la conservation des livres anciens) s’est consacré à la numérisation, au partage et à la publication de livres anciens sous forme numérique. A ce jour, 25 768 livres anciens composés de  plus de 10 millions de scans sont publiés dans la « Base de données des ressources des livres anciens chinois ».

Le 11 mars 2018, dans le quotidien national China Daily, Lin Shitian, directeur du NLC, expliquait: « la BNF a donné à la Bibliothèque nationale de Chine, en 2015, des versions numériques de la série de peintures « Quarante scènes du Yuanmingyuan », le Palais d’été. A l’occasion de ce don, les deux partenaires ont décidé d’une coopération plus poussée sur les reliques de Dunhuang ».

Deux ans plus tard, plus de 5.300 documents composés de plus de 31 000 scans ont été « renvoyés » à la BNL sous forme numérique haute définition. Ces précieux manuscrits de Dunhuang sont maintenant disponibles en ligne, sur le site NLC dans la «Base de données des ressources des livres anciens chinois».

Les 5 300 manuscrits de Dunhuang ne sont pas réservés aux chercheurs, le grand public peut dorénavant se connecter au site Web de la Bibliothèque Nationale de Chine pour la recherche et la consultation en texte intégral de ces trésors.

« Ces documents sont une vitrine pour que les lecteurs de tous les horizons puissent comprendre et étudier l’histoire de la Chine, c’est la seule façon de faire vivre ces précieux livres anciens » s’enthousiasme Liu Bo, chef de projet des documents de Dunhuang au NLC.

Cette coopération entre les deux institutions complète un ambitieux programme de recherche et de coopération numérique autour de Dunhuang, qui réunit aujourd’hui plus de 15 institutions internationales.

International Dunhuang Project : La Route de la soie en ligne

En 1994, grâce à des financements externes, l’International Dunhuang Project (IDP) est né de la volonté des institutions dépositaires d’œuvrer de concert pour surmonter ces difficultés d’accès, en regroupant l’ensemble de ces objets grâce à des photographies numériques de la plus haute qualité, en coordonnant les travaux des équipes internationales de conservateurs, de catalogueurs et de chercheurs, pour « assurer la bonne conservation et le catalogage de toutes ces collections, et enfin, en repoussant les frontières des nouvelles technologies de l’Internet pour mettre ce patrimoine à la portée de tous ».

La direction générale de l’IDP est basée à la British Library. Des antennes locales IDP se sont ouverts en Chine (Beijing, Dunhuang)Russie (Saint-Pétersbourg), au Japon (Kyoto), en Allemagne (Berlin) et, depuis 2008, en France.

L’IDP a également formé le personnel local aux techniques de numérisation et aux matériels informatiques les plus sophistiqués, partageant systématiquement avec toutes les parties prenantes les avancées de la science et de la conservation. L’IDP reste très largement financé par des fonds extérieurs.

L’IDP est un projet collaboratif international, dont le but est de rendre accessibles gratuitement sur Internet les informations et les images de tous les manuscrits, peintures, textiles et objets d’art provenant de Dunhuang et des sites archéologiques de la Route orientale de la soie. L’IDP vise également à encourager leur usage dans des programmes pédagogiques et de recherche.

Les institutions membres d’IDP et partenaires de la constitution du réseau de sites web sont :

Parmi les principaux membres d’IDP fournissant des données pour le réseau :

De nombreuses autres institutions membres d’IDP participent à de multiples projets de collaboration.

L’IDP est le projet le plus ambitieux et le plus abouti de ce type. On y trouve des informations sur des milliers de peintures, d’objets, de tissus, de manuscrits, de photographies historiques et de cartes, ainsi que des catalogues et des informations contextuelles. De nouvelles données viennent enrichir le site chaque jour (cf. Statistiques). Toutes les informations et les images sont libres d’accèsCliquez ici pour explorer la base de données.

Pour en savoir plus sur l’IDP…

Nombre d’images dans la base de données IDP 26/03/2018

Total Royaume-Uni Chine Russie Japon Allemagne Dunhuang France
391,410 149,181 75,834 22,671 17,364 67,803 2,873 55,684

La réalisation du site web de l’IDP a bénéficié du soutien du Programme Culture de l’Union européenne.

Les manuscrits de Dunhuang conservés par la France sont accessibles en ligne sur le site de l’iDP.

Les universités de Harvard, d’Oxford, et la British Library renvoient également des versions numériques de leurs trésors chinois

Plus de 50 volumes de « The Yongle Canon », une très ancienne encyclopédie, ont également été récupérés sous forme numérique auprès de l’Université Harvard, de l’Université d’Oxford, de la British Library et d’autres organisations à l’étranger, a annoncé Lin Shitian, directeur du NLC.

Son collègue du Centre national pour la conservation des livres anciens, Zhao Wenyou, explique « qu’à moins que certains collectionneurs privés ne donnent ou ne vendent, la plupart des copies papier des livres anciens chinois dispersés à l’étranger sont difficiles à récupérer. La numérisation peut ramener des documents anciens sous forme numérique, ce qui est une solution plus réaliste et réalisable. Ces collections de papier sont fragiles et sujettes à l’acide, nous devons nous battre contre le temps pour faire ces travaux ».

SOURCES: China Daily, BNL, BNF, IDP

Date de première publication: 25/03/2018

La BNF est membre du CLIC France

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