Le musée de Berlin « restaure » numériquement des centaines de tableaux détruits pendant la Seconde Guerre mondiale

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Des centaines de tableaux perdus à cause des ravages de la guerre — dont des œuvres de Peter Paul Rubens, Paolo Veronese, Anthony van Dyck et Caravaggio — seront bientôt visibles en ligne grâce à une initiative de numérisation de la Gemäldegalerie de Berlin. La vaste collection de tableaux de maîtres anciens du musée a été endommagée par deux incendies vers la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais comme l’annonce la publication The Art Newspaper, des reconstitutions numériques réalisées à partir de négatifs sur verre haute résolution issus d’une campagne de documentation photographique commencée en 1925 redonnent progressivement vie à ces œuvres.

En mai 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, deux incendies ont ravagé la tour de DCA de Friedrichshain où étaient entreposés, pour leur protection, environ 430 œuvres de grand format du musée.

Parmi elles figuraient des tableaux de certains des artistes européens les plus célèbres, dont dix de Rubens, cinq de Paolo Veronese, cinq d’Antoine van Dyck et trois attribués au Caravage.

« Ces pertes ont longtemps constitué une lacune majeure dans le patrimoine visuel et ont considérablement affecté la recherche sur l’attribution, la provenance et la conservation des œuvres » explique The Art Newspaper.

Le Christ au Mont des Oliviers, Caravage, v. 1603, présenté sous forme de négatif sur verre photographié par Gustav Schwarz et présumé détruit lors d’un incendie à Berlin en 1945 Staatliche Museen zu Berlin, Gemäldegalerie / Gustav Schwarz
  • Des négatifs précieusement conservés 

Avant ces incendies dévastateurs, le musée avait heureusement lancé en 2025 une vaste campagne de photographies de ses salles et de ses oeuvres.

La plupart des négatifs ont été réalisés par Gustav Schwarz (1871-1958), photographe qui a commencé à travailler pour les musées berlinois en 1906.

Katja Kleinert, directrice adjointe de la Gemäldegalerie et responsable du projet, explique que « les œuvres étaient généralement photographiées peu après leur acquisition. La série s’est poursuivie jusqu’en 1944 et inclut des acquisitions réalisées pendant la guerre ».

Les documents constitués par les négatifs sur verre ont été conservés et retrouvés. Leur numériosation et mise en ligne devraient permettre de rendre ces œuvres accessibles.

« Ces documents ont une valeur documentaire inestimable, non seulement pour le musée et la collection elle-même, mais aussi pour le public », précise à TAN Katja Kleinert. « La numérisation des négatifs sur verre permet d’appréhender l’importance de la collection sous un jour totalement nouveau. »

« Compte tenu de leur fragilité, l’état de conservation de la collection est remarquable », a déclaré Franziska May, chercheuse en provenance au musée. « Seules quelques plaques ont été endommagées. » 

Katja Kleinert a précisé que le musée prévoit de numériser les négatifs sur verre d’autres pertes enregistrées dans ses catalogues, notamment d’anciens prêts jamais rendus, des tableaux confisqués par l’armée soviétique et non rapatriés, des pertes antérieures à 1945 et des œuvres enregistrées comme volées ou détruites, ce qui porterait l’inventaire des pertes à environ 585 objets.

  • Numérisation des archives photographiques

Pour réaliser les nouvelles reproductions numériques, les négatifs sur verre ont été photographiés à nouveau avec du matériel haute résolution dans la salle des archives photographiques de la Gemäldegalerie, afin d’éviter de déplacer les plaques fragiles.

Une fois les images numériques mises en ligne sur le portail collection du musée (« probablement plus tard cette année », selon TAN ), les spectateurs pourront zoomer et isoler des détails des œuvres, et les télécharger, même si les versions téléchargeables ne seront pas en pleine résolution.

Cette numérisation permettra ainsi aux chercheurs et au public d’accéder à l’une des pertes muséales les plus importantes de cette époque.

SOURCES : TAN, smithsonianmag.com, presse

PHOTO du carrousel : Une photographie prise en 1926 représentant des peintures de Peter Paul Rubens qui ont probablement brûlé dans un incendie en 1945. Staatliche Museen zu Berlin, Zentralarchiv

Date de première publication : 23/04/26

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