Le Centre Pompidou Hanwha de Séoul est la 3ème implantation internationale de l’institution muséale française

Partager :
Temps de lecture : 7 min

En 2023, le Centre Pompidou a signé un accord de partenariat d’une durée initiale de quatre ans en vue de la création du Centre Pompidou Hanwha en Corée du Sud. 3 ans plus tard, le 4 juin 2026, le lieu a ouvert ses portes avec une exposition inaugurale consacrée au cubisme. Conçu par l’architecte Jean-Michel Wilmotte, le nouveau musée prend place à Yeouido, principal quartier financier de Séoul, dans un bâtiment de plus de 10 000 m² et quatre niveaux. Séoul est la 3ème implantation internationale du Centre Pompidou, après Malaga et Shanghai. Le réseau s’enrichira prochainement d’un site à Bruxelles et un autre au Brésil. L’inauguration du centre a provoqué une polémique en raison des activités industrielles du partenaire, la défense et de ses clients.

Alors que son site historique parisien est fermé pour 5 ans, le Centre Pompidou continue de tisser sa toile internationale. Après Malaga et Shanghai, avant Bruxelles et Parana, l’institution s’installe à Séoul. Le Centre Pompidou devient ainsi la structure muséale la plus internationale devant le réseau Guggenheim (NYC, Venise, Bilbao et Abu Dhabi prochainement) et celui de Fotografiska (Stokholm, Berlin, Talinn, Shanghai). Cette stratégie de déploiement mondial vise plusieurs objectifs : promouvoir la marque, générer des ressources propres permettant notamment de contribuer à financer la rénovation (plus de 450 millions d’euros de budget), valoriser et enrichir la collection (seconde collection mondiale d’art moderne et contemporain après le MoMA).

Le nouveau Centre Pompidou Hanwha a ouvert ses portes le samedi 4 juin 2026. L’ouverture au public coïncidait précisément avec le jour du 140e anniversaire du traité d’amitié franco-coréen.

  • Un partenariat public-privé

Pour sa première implantation en Corée du Sud, le Centre Pompidou a conclu en 2023 un accord de partenariat d’une durée initiale de quatre ans avec la Hanwha Foundation of Culture, en vue de la création du Centre Pompidou Hanwha.

« En commençant par des expositions qui redéfinissent la collection mondialement reconnue de chefs-d’œuvre modernes du Centre Pompidou à travers le contexte culturel et social de la Corée, nous présenterons des expositions thématiques mettant en avant de grands artistes contemporains ainsi que des expositions organisées qui introduisent les artistes coréens émergents sur la scène internationale. À travers ces initiatives, nous visons à devenir un pôle culturel où passé, présent et futur — ainsi que les perspectives régionales et mondiales — se croisent. De plus, en nous connectant étroitement à des programmes de soutien aux artistes tels que la bourse Youngmin International Artist Residency de la Hanwha Foundation of Culture et Space ZeroOne à New York, nous découvrons de nouveaux artistes et encourageons l’expérimentation créative. Nous continuerons à construire un écosystème artistique mondial durable pour les générations futures en élargissant les partenariats et échanges internationaux » explique la Fondation.

La Fondation Hanwha de la Culture, créée en 2007 par le groupe industriel Hanwha, est une organisation à but non lucratif dédiée au soutien des artistes et à la promotion du développement durable des arts et de la culture coréens.

Grâce à des collaborations avec des institutions du monde entier, la fondation organise des expositions diverses, des programmes de résidence et des initiatives d’échanges culturels qui élargissent les opportunités pour les artistes émergents et construisent des réseaux internationaux.

La Fondation est née en 2006 avec le don de la collection privée d’art de Mme Kang Tae-young (épouse du fondateur du groupe Hanwha, Kim Chong-hee) à la nouvelle structure philantropique. Perpétuant l’héritage de Mme Seo Young Min, la fondation administre également la bourse internationale de résidence Youngmin, soutenant la participation d’artistes coréens talentueux à des programmes de résidence internationaux de premier plan.

Après l’ouverture d’un musée à Séoul en 2017, la fondation a inauguré en novembre 2025 Space ZeroOne à New York — le premier espace d’exposition directement exploité par une fondation culturelle d’entreprise coréenne — afin de promouvoir les artistes coréens contemporains sur la scène mondiale et de renforcer les échanges artistiques internationaux.

L’implantation à Séoul résulte donc d’une coopération avec une entité privée qui financera l’initiative. Ce partenariat public-privé est inédit car dans ses autres projets internationaux, le Centre Pompidou a plus souvent conclu un accord de partenariat avec des collectivités publiques, souvent locales, à Malaga, Shanghai ou Bruxelles.

Une des salles de l’exposition inaugurale Cubisme au Centre Pompidou Hanwha
  • Un ancien aquarium

Conçu par l’architecte Français Jean-Michel Wilmotte, le nouveau musée prend place dans l’emblématique 63 Building, situé à Yeouido, principal quartier financier de Séoul. Il occupe un bâtiment entièrement rénové, qui s’étend sur plus de 10 000 m² et quatre niveaux.

La structure préexistante, qui abritait un aquarium, a été repensée afin de créer une véritable « boîte de lumière », laissant pénétrer profondément la lumière naturelle pendant le jour; éclairant la ville la nuit.

L’enveloppe translucide en double vitrage évoque les courbes des tuiles traditionnelles coréennes.

  • Deux expositions par an

Au cours des quatre prochaines années, le musée proposera deux expositions par an à partir des collections moderne et contemporaine du Centre Pompidou, fruits d’un commissariat conjoint, dans deux galeries dédiées de 1500 m2 chacune.

Il présentera en parallèle une série d’expositions qui mettront en lumière les artistes contemporains coréens et les grandes tendances qui façonnent aujourd’hui la scène artistique internationale.

Des actions culturelles et éducatives destinées aux publics coréens complèteront un espace éducatif où les jeunes visiteurs pourront explorer et interagir avec les œuvres d’art.

« Le Centre Pompidou Hanwha ambitionne de devenir un pont culturel entre la Corée, la France et la communauté artistique internationale tout autant qu’une nouvelle plateforme pour l’art contemporain en Asie » explique l’institution.

Le droit d’entrée est fixé à 28 000 won pour les adultes, le prix le plus élevé pour les musées d’art en Corée. Mais il reste néanmoins raisonnable, entre 9,5 et 15 euros en fonction de l’age du visiteur.

Une des salles de l’exposition inaugurale Cubisme au Centre Pompidou Hanwha
  • Exposition inaugurale sur le cubisme

Déployée sur 3 000 mètres carrés, l’exposition inaugurale «Les Cubistes: inventer la vision moderne» s’articule autour d’une muséographie aux courbes en béton brut.

Ce parcours, à la fois chronologique et thématique, rassemble 91 oeuvres de 43 artistes. Il retrace les premières expérimentations de Pablo Picasso et Georges Braque au début du XXe siècle en France, suivies notamment par les oeuvres de Fernand Léger, Juan Gris ou Robert Delaunay.

«Je crois pouvoir dire que c’est la principale exposition cubiste en Asie de ces 50 dernières années avec une réunion de plus d’une centaine d’oeuvres», s’est récemment félicité le président du Centre Pompidou, Laurent Le Bon, lors d’une présentation à la presse.

En parallèle, une section spéciale intitulée «Korea Focus», conçue pour cette exposition inaugurale, illustre au travers d’une vingtaine d’oeuvres la signification symbolique et culturelle de Paris dans la formation de l’art coréen moderne au début du XXe siècle.

Le musée consacrera sa saison 2026/2027 à Marc Chagall, Vassily Kandinsky, ainsi qu’à Henri Matisse et au fauvisme, avant la première grande rétrospective consacrée à Constantin Brancusi en Corée du Sud.

  • Une inauguration perturbée

L’inauguration du Centre Pompidou Hangwha a été perturbée par des manifestants dénonçant un partenariat controversé.

Cette première journée d’ouverture au public a toutefois été marquée par une manifestation dénonçant la coopération du musée français avec le conglomérat sud-coréen Hanwha. 

En France aussi, des voix se sont élevées pour dénoncer le partenariat avec cet acteur majeur des systèmes de défense. Les détracteurs l’accusent d’être impliqué dans la production et la fourniture d’équipements militaires utilisés par Israël, remettant en cause la légitimité d’un mécénat lié à un marchand d’armes. Dans une tribune publiée dans le quotidien français Libération, un collectif d’artistes et d’intellectuels avait appelé au boycott du musée, le syndicat Sud de son côté dénonçant «l’artwashing» de l’industrie de l’armement et exigeant la fin du partenariat.

  • Prochaines implantations internationales

Séoul devient la troisième antenne du Centre Pompidou à l’étranger, après Malaga en Espagne (2015) et Shanghai en Chine (2019). Mais ce n’est pas la dernière.

Le déploiement international du musée se poursuivra dès novembre 2026 avec l’ouverture attendue, en Belgique, de sa nouvelle branche européenne, Kanal Pompidou Bruxelles.

En 2017, une convention de partenariat structurel est nouée entre le Centre Pompidou, la Région de Bruxelles-Capitale et la Fondation Kanal en vue de la création d’un nouveau pôle culturel et pluridisciplinaire, KANAL-Centre Pompidou, dans l’ancien garage Citroën, place de l’Yser, à Bruxelles. Ce projet urbain est destiné à favoriser la revitalisation et la redynamisation du territoire bruxellois. Dans le cadre de cette collaboration qui court jusqu’en 2031, le Centre Pompidou met à disposition des œuvres de sa collection pour présenter des parcours semi-permanents pluridisciplinaires, ainsi que deux fois par an, des expositions temporaires.

Dans la continuité d’une mission de conseil engagée depuis 2022, le Centre Pompidou a signé au printemps 2025 un protocole d’accord d’une durée initiale de cinq ans avec l’État du Paraná (Brésil) pour la création d’un Centre Pompidou à Foz do Iguaçu. Fidèle à l’ADN de l’institution parisienne, ce centre d’art proposera une programmation pluridisciplinaire associant expositions d’art moderne et contemporain, spectacles vivants, cycles de cinéma, festivals, rencontres et résidences d’artistes. Implanté au cœur de la Triple Frontière où se rencontrent le Brésil, l’Argentine et le Paraguay, il mettra à l’honneur la création artistique du continent sud-américain, ainsi que les dynamiques spécifiques qui animent son territoire. Situé à proximité du site naturel des chutes d’Iguaçu, classé au Patrimoine mondial de l’Unesco, ce centre participera de la dynamique culturelle et touristique forte de la région. Il ambitionne d’accueillir un large public : visiteurs locaux, brésiliens, sud-américains et internationaux. La conception du futur bâtiment est confiée à l’architecte paraguayen Solano Benitez, primé à la Biennale de Venise de 2016. Le Centre Pompidou Paraná devrait ouvrir en 2028.

De plus, le projet AlUla en Arabie Saoudite comprendra un nouveau musée d’art contemporain, conçu en partenariat avec le Centre Pompidou. 

Centre Pompidou Parana (c) Solano Benitez
  • Informations pratiques

Centre Pompidou Hanwha

Bâtiment 63, 50 63-ro, Yeongdeungpo-gu, Séoul

Horaires d’ouverture : Mar, jeudi, vendredi, dimanche 10h00-18h00 (Dernière entrée : 17h30), Mercredi, samedi 10h00-21h00 (Dernière entrée : 20h30)

Fermé tous les lundis, le 1er janvier, le Nouvel An lunaire et Chuseok.

Tarifs : Adulte (19-64 ans) 28 000₩ (15,9 euros); Jeunesse (13-18 ans) et Senior (65+) 19 600₩ (12 euros). Enfant (4-12 ans) 16 800₩ (9,5 euros);

www.hanwhafoundation.org/en/business/pompidou

SOURCES : Centre Pompidou, Hanwha Culture Foundation, presse

PHOTOS : Hanwha Culture Foundation

Date de première publication : 09/06/26

Le Centre Pompidou est membre du CLIC

Laisser un commentaire