Relooted : le jeu vidéo qui invite à restituer les oeuvres pillées de l’art africain

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Temps de lecture : 3 min

Développé par le studio Nyamakop, basé à Johannesburg, le nouveau jeu « Relooted » (“Repillé” en français) met les joueurs dans la peau de « braqueurs » chargés de récupérer des œuvres africaines conservées dans des musées occidentaux pour les rendre à leur pays d’origine. À travers son univers narratif, le jeu met en scène la question de la visibilité et de la réappropriation de l’art africain, en invitant les joueurs à réfléchir aux enjeux historiques et culturels liés à ces restitutions. Lancée le 10 février 2026 sur la plateforme Nintendo, Relloted est donc une fiction vidéoludique hautement politique, ancrée dans un débat très contemporain: la restitution du patrimoine africain.

Quel est le point commun entre un masque Yehoti du Burkina Faso, des bâtons d’ishango congolais et un tambour Ngadji du Kenya ? Ces objets proviennent tous de territoires africains, ils ont été pillés lors des périodes de colonisation, ils se trouvent aujourd’hui dans des musées occidentaux et grâce au jeu Relooted du studio sud-africain Nyamakop, ils peuvent maintenant être virtuellement rapatriés sur le continent africain.

Relooted – « re-pillé », en français – est sorti le 10 février 2026 sur plusieurs plateformes de jeu, dont Nintendo, Xbox et Steam.

Avec Relooted, le studio Nyamakop assume une triple ambition : panafricaine, culturelle et politique.

  • Mission : récupérer 70 objets volés

Nous sommes en 2099. Le Traité transatlantique de restitution est en train de s’effondrer, les musées occidentaux trouvant des moyens de se soustraire à leurs promesses de restituer les trésors africains volés.”

Le jeu met en scène la professeure Grace, experte en art africain. Exaspérée par l’attitude de la diplomatie et des musées occidentaux, elle décide de passer à l’action et de constituer une équipe de « braqueurs ». Les joueurs vont alors devoir récupérer 70 objets volés en volant des musées occidentaux et les rapporter à bon port, au musée des Civilisations noires de Dakar, au Sénégal (un établissement inauguré en 2018).

On trouve notamment dans le jeu des bronzes du Bénin, pillés par l’armée britannique, un tambour sacré confisqué au Kenya, ou encore l’emblématique Homme de Broken Hill, un crâne datant d’environ 300 000 ans, découvert en Zambie, mais conservé au Muséum d’histoire naturelle de Londres.

Ces 70 objets existent tous et leur histoire est détaillée par des « fiches » dans le jeu.

  • Re-piller les musées occidentaux

Lors de cette quête présentée comme réparatrice, léquipe de « Robins des bois » venus du continent Africain doit donc reprendre à plusieurs musées occidentaux les objets africains qui s’y trouvent. Objectif : restituer à l’Afrique les objets d’art volés au cours de la période coloniale.

Relooted reprend tous les mécaniques classiques du jeu de braquage : une équipe de voleurs, de la stratégie et de la tactique, et les préparatifs du vol.

  • « Est-ce vraiment du vol, si c’était déjà volé ? ».

Cette question, posée par l’un des personnages, résume tout le positionnement du jeu.

“Vos coéquipiers sont des citoyens ordinaires, originaires de différents pays d’Afrique, menant des vies tout à fait normales. Leur mission : dérober des objets anciens africains dans des musées occidentaux.”

Le jeu “n’est pas seulement un braquage – c’est une mission de sauvetage”, écrit le studio sud-africain Nyamakop pour décrire le concept de Relooted.

Les experts estiment que 90 000 objets issus d’Afrique subsaharienne se trouvent dans des musées, seulement en France. Au niveau mondial, c’est plus de 85% du patrimoine africain qui se trouve en dehors du continent.

  • Représentations et visibilité africaines dans le jeu vidéo

Relooted est le premier jeu produit en Afrique diffusé de manière globale sur une console Nintendo. En ce sens, le jeu est donc aussi un geste de soft power et de pomotion de la créativité africaine.

« Dès le début, il était évident pour nous que les personnages devaient être noirs, africains car ils sont en quête de l’héritage de l’Afrique noire », a expliqué Ben Myres, le cofondateur du studio Nyamakop. « On s’est aussi dit que c’était une très bonne opportunité de travailler sur le design de personnages venus de tout le continent. Par exemple, on a un personnage camerounais qui a donc un accent africain francophone, ou encore un personnage venu d’Angola qui lui, a un accent anglais-africain. C’est très important pour nous de concevoir des personnages vraiment intéressants et profondément authentiques, en fonction d’une région et d’une ethnicité bien spécifiques ».

La musique a délibérément des accents africains. « On a écarté les instruments occidentaux ou les symphonies et les orchestres qu’on entend souvent dans le jeu vidéo. Là, il n’y a que des instruments africains traditionnels et des synthés modernes. L’idée, c’est que la culture africaine est magnifique, incroyable et profondément intéressante. La plupart des gens dans le monde ne la connaissent pas assez, et ce jeu est vraiment un point d’entrée pour apprendre à mieux connaître le continent et ses cultures. »

nyamakop.co.za/relooted/

SOURCES : Nyamakop, presse

PHOTOS : Nyamakop

Date de première publ:ication : 11/02/26

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